The Duchess, formidablement moderne

19 novembre 2008 par Marine Bienvenot  
Classé dans Cinéma, Critiques

Devenue l’égérie des fresques historiques anglaises – Le Roi Arthur, Orgueil et Préjugés, Reviens-moi… – Keira Knightley remets ça avec The Duchess. Enième mélodrame en robe de mousseline et coiffures incongrues, le biopic de la duchesse Georgiana de Devonshire permet au réalisateur Saul Dibb, pour son premier film, de nous offrir un formidable portrait de femme.

Malheureusement, la réalisation un poil trop sobre, ne s’aventure jamais dans l’extravagance que lui autorise pourtant la fougue du personnage. La Duchesse se retrouve en effet au sein d’un mariage sans amour où son mari semble même plus attaché à ses chiens qu’à elle. Cette femme de caractère se tourne alors avec brio vers les mondanités et la politique mais tout se complique lorsqu’elle tombe sous le charme d’un jeune politicien et son mari sous celui de sa seule amie… . On apprécie à nouveau le langage châtié, l’accent impeccable, les décors et les costumes somptueux, l’image léchée. Seuls bémols : une musique sirupeuse omniprésente, et la présence au casting de Charlotte Rampling, nous rejouant exactement le même rôle que dans Deux Sœurs pour un Roi, ce qui confine au cliché.

C’est armé d’une interprétation soignée que le duo Knightley-Fiennes porte le film. Le contrat matrimonial malsain mais allant de soi à l’époque – toucher sa dot à condition de pondre coûte que coûte un garçon – installe une relation pleine d’ambiguïté dans le couple. Ralph Fiennes incarne de façon sidérante ce mélange de cruauté et de flegmatisme dont les Britanniques ont le secret, il compose un remarquable duc de Devonshire, emblématique de la haute société anglaise, prisonnier d’une éducation faisant peu de place aux sentiments, mais finalement infiniment plus nuancé. Quant à Keira Knightley qui est de tous les plans, on en vient à se demander si elle n’est pas plus, finalement, qu’une pâle copie de Natalie Portman.

Vous vous dites sûrement « Ah ! Encore un film d’époque sur un amour contrarié ! ». Vous n’avez pas tort, The Duchess ne brille pas vraiment par l’originalité de son sujet. « Je ne crois pas que l’on puisse être libre modérément, aimé modérément, mourir modérément …ce sont des absolus. ». Comment supporter de vivre avec celui qui ne nous aime pas ? Pourquoi ne peut-on pas tout abandonner par Amour ? Comment vivre librement face à nos obligations et aux codes de la société ? Telles sont les questions d’une modernité étonnante qui se posaient à l’époque et se posent toujours.

Bien que ne bouleversant en rien le genre (le drame historique en costumes) The Duchess lui rend hommage de bien belle façon. On ne peut pas le voir sans repenser à Barry Lyndon de Kubrick ou aux Liaisons Dangereuses de Stephen Frears, références en la matière.

| Publié par Marine
| 19 Novembre 2008  15:02

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