Prisonniers du paradis – Arto Paasilinna
Cela fait déjà trois ans que j’ai commencé à me frotter à Arto Paasilinna. Finlandais d’origine, il fut bûcheron, ouvrier agricole, journaliste puis poète. ne vous fiez pas à ses deux premières activités, M. Paasilinna possède toutes les qualités d’un virtuose littéraire de notre époque. C’est ici une littérature plus accessible, plus « grand public » que celle de Brautigan dont je vais vanter les mérites. Ayant donc entamé mon ascension paasilinnesque il y a de cela trois ans, je vais pouvoir parler ici d’un auteur dont je commence à bien connaître l’œuvre. A l’époque j’ai lancé la machine par la lecture de Petits suicides entre amis, comment faire une entrée plus in media res ? Mélangeant un réalisme presque intégral (on doute de la réelle efficacité d’une toile de nylon mouillée en guise réfrigérateur dans une jungle équatoriale) et un burlesque défiant toute concurrence, Paasilinna réussit presque à créer un nouveau genre (n’oublions cependant pas nos chers auteurs de la beat generation), que je pense inimitable. Nous avons donc affaire, dans Prisonniers du paradis, à un crash d’avion transportant à son bord principalement des infirmières et aides-soignantes suédoises et des bûcherons finlandais, le tout sans oublier le narrateur et le personnel de bord. Ces « joyeux naufragés », presque tous rescapés, vont alors se reconstruire peu à peu sur une île qu’ils pensent être déserte, rendant leurs conditions de vie meilleures par des loisirs qui semblent être chers à Paasilinna. On retrouve ici des thèmes inévitables chez Paasilinna : l’alcool, les rapports hommes/femmes (originaux parce que dénués de toute idée reçue), et la vieillesse banale voire exagérément stéréotypée (ici se limitant au personnage principale, elle est d’ailleurs modérée).
Paasilinna réussit l’exploit de raconter une histoire intégralement absurde et incroyable en gardant un style toujours léger, frôlant même la nonchalance. Chez Paasilinna, tout paraît banal : la mort d’une infirmière suédoise déchiquetée par un requin, la découverte puis l’utilisation visant des fins différentes de milliers de stérilets…
Bref, je conseille ouvertement à chacun de lire Paasilinna, sans garantir le résultat toutefois, la prise de positions est tranchée ; tout ou presque paraît dérisoire et risible, et je suis d’ailleurs d’avis de dire que c’est ce qui fait son charme et son intérêt. D’autres lectures recommandables (toujours de Paasilinna) : La cavale du géomètre, La douce empoisonneuse, Le lièvre de Vatanen, Petits suicides entre amis, Le fils du dieu de l’orage, Le meunier hurlant, et d’autres encore.








