Nos 20 films cultes de 2008
9 février 2009 par Marine Bienvenot
Classé dans Cinéma, Classements 2008, Critiques, Dossiers, En projet
Il nous aura fallu un peu de temps pour rattraper les (quelques) films qui nous avaient échappés en 2008, un peu de temps pour établir clairement les films qui nous paraissent indispensables dans votre vie de cinéphiles, les films qui traverseront les ans avec le statut de film culte, générationnel, incontournable … Mais voici ENFIN les 20 long-métrages qui sont pour nous, les meilleurs de l’année cinématographique 2008. Ils peuvent être d’animation, de fiction ou documentaires ; être sérieux ou comique ; nous faire réfléchir ou juste passer un bon moment ; s’inspirer de faits réels, retracer la vie d’hommes et femmes ayant eu un destin exceptionnel (les fameux biopics) ; ils ont connu un succès d’estime ou un véritable engouement populaire ; ils ont remporté des Césars, des Oscars voire des Palme d’Or ! Bref ils sont exceptionnels et/ou inoubliables.
1. Into the Wild : dans le monde du cinéma il existe des personnalités au-dessus du lot, ces acteurs ou réalisateurs qui semblent intouchables, sorte d’icônes vivantes qui nous intimident par leur talent ou leur personnalité. Sean Penn est de ceux-là. Et pour son quatrième film (quatrième seulement!) hommage à la Beat Generation et au Sur la Route de Kerouac, il a décidé de passer à l’écriture pour raconter le destin incroyable d’un jeune homme qui lui aussi aurait pu devenir une icône. On le connait la clope à la main et les lunettes de soleil vissé sur le nez, on a tous connaissance de sa nonchalance légendaire et de ses convictions politiques marquées. Sean Penn s’est servi de tout ça pour retracer le périple de Christopher McCandless qui décide de tout laisser tomber pour partir en quête d’authenticité, périple qui le mènera jusqu’en Alaska. Mais bien entendu ce voyage initiatique est également l’occasion pour le réalisateur de dénoncer une société de consommation où la jeunesse se perd et où tout va trop vite. Mélancoliques, tristes, contemplatives, poétiques, émouvantes, colorés … les mémoires, les rencontres et les réflexions de Christopher McCandless sont magnifiées par les images d’une pureté saisissante que Sean Penn y apposent et les musiques qu’Eddie Vedder composent dessus. Into The Wild est, comme son nom l’indique, une ode à Dame Nature, qu’Emile Hirsch illumine d’une prestation sans faille, permettant à Christopher McCandless de finalement devenir une icône ou du moins un personnage de cinéma inoubliable. La fin du film vous procurera sans aucun doute une émotion incommensurable mais comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas la destination qui importe, c’est le voyage.
2. The Dark Knight : si vous attendiez un blockbuster estival où un gentil super-héros sauve la population d’un méchant pas content, vous avez dû être déçu … puis impressionné. The Dark Knight est loin de ce postulat popularisé par la saga Spider-Man, on est en effet face à un polar des plus noirs politico-socialo-économique sur lequel plane le spectre du 11 septembre. Toutes les attentes se portent bien entendu sur la performance du regretté Heath Ledger, déjà déclaré par un buzz persistant depuis sa tragique disparition et une campagne médiatique sans précédent comme l’auteur d’une performance sans précédent et phénoménale. Et effectivement, possédé par son personnage il n’interprète pas, il EST, et ça fait peur. Le Joker est sans aucun doute le méchant le plus immoral est inhumain de l’histoire du cinéma : il ne porte aucun intérêt au genre humain, aime le faire souffrir et fait de sa folie un étendard, non sans y apporter un humour psychopathe. La prestation de Jack Nicholson est instantanément balayé, paraissant désormais bien fade. Bien entendu, nous restons face à un film d’action et la course-poursuite d’un Joker au volant d’un poids-lourd finissant sa course par un triple salto avant restera un monument du genre. N’oublions tout de même pas le personnage principal, le Batman interprété par Christian Bale avec plus de profondeur, plus de noirceur car conscient des responsabilités qu’engendre sa double vie. Et saluons l’arrivée d’un méchant mythique de la saga, Double Face-Harvey Dent dont l’ambivalence est admirablement mise en place par l’impeccable interprétation d’Aaron Eckhart. Bref, Christopher Nolan prouve avec The Dark Knight qu’on peut prendre en main une saga sur un super-héros, aussi sombre soit-il, et en faire un sommet du film de genre, un polar sombre et violent d’ores et déjà entré dans la légende.
3. Juno : imaginée par Diablo Cody (que l’on retrouve actuellement à l’écriture de la série de Steven Spielberg, The United States of Tara), Juno détonne dans l’univers des teenage movie avec son humour teinté d’un cynisme ravageur, son aplomb hors du commun et ses goûts musicaux loin de coller aux standards radiophoniques (alléluia!). Disons-le tout de go Juno est le dernier bijoux du cinéma indépendant US au plus haut ces dernières années (Little Miss Sunshine, Half Nelson, Garden State, Cashback …). Derrière la caméra, Jason Reitman déjà adulé par moi depuis le brûlot Thank You For Smoking, et devant celle qui porte littéralement le film sur ses frêles épaules de jeune fille d’à peine 21 ans, Ellen Page. Toujours entre humour et émotion Jason Reitman rythme la grossesse de Juno au fil des saisons qui jongle entre interrogations, choix, responsabilités, honnêteté et obstables. Elle est épaulée par des seconds rôles tous plus fantastiques les uns que les autres : JK Simmons en père attentionnée mais un brin dépassé, Jennifer Garner en potentielle mère adoptive à un tournant de sa vie, Jason Bateman en potentiel père adoptif resté coincé à l’adolescence, Olivia Thirbly pour jouer la copine déjantée, Michael Cera en petit copain lunaire et attachant (They sure are cute for two ugly people) … Sans oublier la musique, partie intégrante du film et de la vie de Juno, qui regroupe toute la fine fleur du folk indé contemporain : The Moldy Peaches, Antsy Pants, Belle & Sebastian, Cat Power, Kimya Dawson… Dialogues savoureux saupoudrés de critiques acerbes, Juno véhicule un portrait très juste de la jeunesse d’aujourd’hui et gagne ses galons de comédie de l’année.
4. Two Lovers : James Gray restait pour moi l’orfèvre de polars mafieux très sombres (The Yards, La Nuit nous Appartient…) et ce fut une surprise de le retrouver à Cannes (d’où il repart toujours bredouille) avec un drame romantique porté par l’habituel Joaquin Phoenix et les deux faces de son dilemme amoureux : Gwyneth Paltrow et Vinessa Shaw. A première vue en lisant un synopsis qui nous vend un film sur un banal triangle amoureux, chose vu, revu et corrigé par Hollywood, on se demande ce qui a bien pu passer par la tête de James Gray? Et puis on voit le film, on souffre avec le fragile Leonard (Joaquin Phoenix), on souffre de le voir devoir choisir entre la raison et la passion. Car ce film représente le summum du romantisme : un amour impossible, le choix imposé par la famille, la tragédie qui poursuit le personnage principal. Mais là où Gray m’emporte c’est dans son traitement à la fois réaliste et pudique des sentiments. Enfin rien ne serait possible si le film n’était pas porté par la grâce d’un Joaquin Phoenix, le retour en grâce d’une incendiaire Gwyneth Paltrow et de l’éclosion d’une fraîche Vinessa Shaw.
5. There Will Be Blood : ce film était peu-être le plus attendu de l’année : un réalisateur devenu culte (Paul Thomas Anderson) avec seulement trois films, mais trois chefs d’oeuvre (Boogie Nights, Magnolia & Punch-Drunk Love) et l’acteur le plus talentueux -et pourtant le plus rare- de sa génération (Daniel Day-Lewis) chacun de ses films devenant incontournable (My Beautiful Laundrette, My Left Foot, Gangs of New-York…). There Will Be Blood met mal à l’aise, car on assiste purement et simplement à la descente aux enfers d’un homme, à sa folie destructrice pour l’amour de l’or … noir. Car Daniel Plainview (Day-Lewis) pense que la réponse à ses problèmes se trouve dans le pétrole, que grâce à lui il va devenir quelqu’un et fait est dit, il devient un vrai magnat assoiffé de pouvoir, quitte à se perdre. Face à lui on a le pendant religieux de l’histoire, et ce n’est gère plus rassurant. Eli Sunday, jeune pasteur (Paul Dano) utilise la religion pour cacher ses propres démons, il en devient un gourou religieux grotesque, galvanisant les foules à coups d’incantations grotesques. L’affrontement entre les deux hommes ne fera ressortir qu’une violence extrême, jusqu’à leur chute et le basculement dans la folie d’un Daniel Day-Lewis au sommet de son art.
6. A Bord du Darjeeling Limited : que ceux qui aiment Wes Anderson prennent au plus vite le Darjeeling Limited ! En à peine quelques films le réalisateur le plus loufoque de la place s’est imposé comme radicalement à part : drôle, imaginatif, complètement décalé et réalisant des histoires atypiques. Bref, pour son dernier film, Wes Anderson décide d’engager trois frères dans un voyage initiatique en Inde, et pour se faire il prend trois acteurs qui selon lui peuvent se compléter et se valoriser mutuellement. C’est sans surprise qu’Owen Wilson rempile pour une cinquième collaboration, il est Francis Whitman le frère qui manie l’ironie pour mieux cacher sa solitude, puis viennent Adrien Brody-Peter Whitman le désinvolte, et Jason Schwartzman-Jack Whitman le romantique. Ces trois frères qui ne se connaissent plus, membre d’une fratrie devenue bancale après la mort d’un père et la disparition d’une mère vont vivre les péripéties les plus burlesques et cocasses pour finalement se rendre compte qu’il leur aura fallu venir en Inde pour se rappeler qu’ils sont frères et que la famille qui leur manquait se trouve juste là.
7. Le Premier Jour du Reste de ta Vie : on avait adoré le premier film de Rémi Bezançon, Ma Vie en l’Air, qui montrait déjà un réalisateur au service de l’histoire alliant bon mots, style et importance de la musique. Le réalisateur a décidé cette fois-ci de s’attarder sur la famille dans tous ses états : quel héritage nous laisse-t-elle ? Sommes-nous toujours influencé par les histoires qu’elle laigue ? Serions-nous différent sans elle ou avec une autre qu’elle ? Pour se faire Rémi Bezançon s’appuie sur un scénatio extrêmement bien ficelé, divisant le film en 5 journées, chacune d’entre elles ayant changé à jamais le cours de la vie du membre de la famille qu’elle concerne. Et venons-en à cette famille justement, les Duval, dont chacun des cinq membres est interprété avec une justesse touchante. Le couple tout d’abord, Jacques Gamblin-Zabou Breitman, l’archétype des parents parfaits qui au fond sont tout aussi dépassés que les autres par leurs progénitures. Et les voici les divins enfants : Déborah François, au plus juste pour une fois dans son rôle d’ado rebelle, Marc-André Grondin, qui après C.R.A.Z.Y redécouvre les joies de la vie en famille, et la découverte, Pio Marmaï épatant. Et comme pour le premier long-métrage du réalisateur, c’est Sinclair qui signe la B.O ce qu’il devrait faire plus souvent. Bref ces cinq membres d’une famille vont s’aimer, se faire souffrir, se découvrir, avancer sous nos yeux en nous faisant rire et pleurer.
8. Il y a longtemps que je t’aime : point de chauvinisme ici, ce n’est pas parce qu’Il y a longtemps que je t’aime a été tourné à Nancy et par un nancéien que je l’érige comme l’un des meilleurs films de cette année. Non, le drame que nous conte Philippe Claudel (et on reconnait bien là tout le talent de l’écrivain : « Les Ames Grises », « La Petite Fille de Mr Lihn« …) est bouleversant. Bouleversant car profondément humain en abordant avec délicatesse et profondeur des thèmes tels que l’éthique, la culpabilité, la réinsertion sociale, et cela sans jamais émettre le moindre jugement. Bouleversant car Philippe Claudel décrit plutôt bien la relation que peuvent avoir deux soeurs que la vie a séparé pendant 15 ans, et on ne peut à cela que saluer la prestation hallucinante de Kristin Scott-Thomas (d’ailleurs nommée au Golden Globes pour celle-ci), qui nous prend aux tripes en interprétant cette femme broyée par la vie et etouffée par son secret. Il y a longtemps que je t’aime, et pour reprendre la chanson … jamais je ne t’oublierais.
9. Entre les Murs : 21 ans qu’on attendait ça. Une Palme d’Or française et c’est Laurent Cantet qui ramène le bibelot à la maison avec un film sur l’éducation. On savait les français friants de films parlant de leur école, leur système éducatif (voir le succès surprise de Etre et Avoir en 2002), mais que le film subjugue tout un jury du plus grand festival du monde, qui plus est présidé cette année par un américain, ce n’était pas gagné. Laurent Cantet adapte à l’écran le roman du prof-écrivain-journaliste François Bégaudeau (qui reprend d’ailleurs son rôle de prof de français) en plongeant dans l’univers du collège Françoise Dolto, dans le 20è arrondissement (au bout de ma rue soit dit en passant) et de sa 4ème3. Laurent Cantet a pour habitude de documentariser ses film pourtant toujours fictionnels et il sublime ce genre ici, notamment grâce à ses acteurs qui mêlent habilement le canevas voulu par le scénario et les improvisations savoureuses. Les situations approchées sont justes, drôles, émouvantes et souvent rattachées au réel (exclusion des sans-papiers…). Bref la fin arrive avec celle de l’année scolaire et on est aussi triste de quitter cette classe vide que content de voir arriver les grandes vacances.
10. L’Echange : c’est sur la Croisette que Clint Eastwood a amené son Echange pour le projeter pour la première fois avec dans son sillage Angelina Jolie (et pis bon suivent Brad, Pax, Zahara, Shiloh, Maddox et Knox & Vivien encore au chaud). Eastwood sort l’artillerie lourde pour faire pleurer dans les chaumières : histoire vraie du combat d’une mère célibataire après la disparition de son fils, corruption de fonctionnaires, état policier, enfance violée … et à côté de ça une réalisation maîtrisé au millimètre près comme à son habitude ainsi qu’une lumière magifique qui sublime le Los Angeles des années 20. Angelina Jolie est magnifié par la caméra de son réalisateur. De tous les plans, elle semble habitée par cette histoire de femme, cette histoire de mère, qui semble la toucher au plus profond d’elle-même. Elle est secondé par des seconds rôles remarquables tels que John Malkovich en homme d’église tentant de dénoncer les manières scandaleuses de la police, et Jeffrey Donovan en inspecteur corrompu.
11. No Country For Old Men : je ne m’y connais pas forcément très bien en Coen brothers, je suis plus habituée à leurs comédies (dont je ne suis pas une grande fan) qu’à leurs polars noirs (où pourtant ils excellent soi-disant), No Country For Old Men était donc le moyen de les découvrir dans leur univers de prédilection. Pour commencer adapter un roman de Cormack McCarthy est un bon début, ce maître du polar bien crasseux fourni un canevas sombre, ironique sur la nature des hommes et peut-être le méchant le plus flippant de la décennie (il faut élever un mémorial à Anton Chigurh-Javier Bardem). Et le fait est que les frangins réussissent à nous accrocher avec une mise en scène sobre, prenante, brillante (bien aidée par les paysages arides du Nouveau-Mexique) ainsi que des dialogues savoureux pour arriver à un final apocalytique. Ne pas oublier Josh Brolin en cow-boy poursuivi et Tommy Lee Jones en shérif dépassé par la violence devenue commune qui offre une interprétation des plus sobre.
12. Julia : Cela faisait 10 ans qu’Erick Zonca nous avait laissé avec La Vie Rêvée des Anges sur les bras et aucune nouvelle (ou très peu) venues du front. Alors quand il nous annonce qu’il revient pour nous présenter Julia on se dit « c’est qui celle là? » et on est pas déçu : menteuse, manipulatrice, alcoolique, dangereuse, criminelle … Julia a tout pour plaire! Oui mais derrière cette carapace c’est une femme au bord de la crise de nerf, fiévreuse et éblouissante qu’il est déjà trop tard pour sauver de sa folie. Alors on la regarde s’enfoncer radicalement dans un road-movie effréné dont on connait tous la fin mais qui porté par l’incroyable Tilda Swinton est obnubilant, passionnant … et inévitable.
13. WALL.E : Une fois de plus (on aimerait une fois essayer de ne pas avoir à le dire, pour voir) les studio Pixar nous donne à voir avec WALL.E rien de moins qu’un chef d’œuvre de l’animation. Après les jouets animés de Toy Story, l’océan de Finding Nemo, la route 66 de Cars et le Paris illuminé de Ratatouille, voici l’espace et la Terre en décomposition avancé. Car oui, Wall.E se veut un brulôt écologique anti-Bush (pollution, obésité, société de consommation…). A côté de ça, le film multiplie aussi les hommages au grand cinéma passant du muet de Chaplin ou Keaton (ce qui est extrêmement poétique) à la science-fiction (on pense à Star Wars ou 2001, Odyssée de l’espace) pour terminer par la comédie romantique (il n’y a pas plus touchant que l’amour inconditionnel que WALL.E voue à EVE). Bref ce petit robot à lunettes est peut-être bien plus humain que la plupart d’entre nous.
14. J’irai dormir à Hollywood : Antoine de Maximy, l’homme à la chemise rouge et aux deux caméras s’est lancé le défi de partir à la rencontre des gens du monde entier en réussissant à s’inviter à passer la nuit chez eux. En réalisant J’irai dormir à Hollywood, il nous livre un documentaire sincère et touchant. De plus, il faut dire qu’il a le goût du risque ce frenchie… Passer la nuit dans un corbillard ? Pas de problème! Traverser un quartier pas très fréquentable ou tomber en panne au beau milieu d’un désert ? Pas de problème! Il va là où on lui dit de ne pas aller, là où il y a quelque chose à découvrir, des gens à faire s’exprimer. Son but est de dormir chez une star à Hollywood clame-t-il, mais le spectateur connait depuis le début le réel objectif de ce voyage. Car c’est bien d’un voyage qu’il s’agit. Un voyage à travers l’Amérique profonde, une collection de portraits authentiques et touchants, sans jugements. Du bon et du vrai cinéma , tout simplement.
15. Bons Baisers de Bruges : Une cavale loufoque, voilà ce à quoi nous invite Martin McDonagh, en envoyant ces deux tueurs à gages pour lesquels un contrat à mal tourné dans la ville de Bruges en Belgique. Colin Farrell obtient ici l’un de ces meilleurs rôles, loin des bellâtres qu’Hollywood s’obstine à vouloir lui faire jouer. Le cynisme dont son personnage, Ray, fait preuve tout au long du film amène à des séquences drôlissimes avec son accolyte Ken (Brendan Gleeson). Ajoutons à cela des dialogues complètement décalés, des situations burlesques (un tournage de film en costumes avec des nains pour personnages principaux), un méchant psychopathe bourré de principes (Ralph Fiennes) et puis Bruges, personnage à part entière avec son allure médiévale de Venise du nord.
16. Valse avec Bachir : sous la forme originale d’un documentaire d’animation, Ari Folman dénonce intelligemment les dérives de la guerre en général et ici plus particulièrement celle du Liban au début des années 80. Ari Folman met son avatar en scène, il réalise une psychothérapie animée visant à guérir ses blessures et son amnésie liés à un traumatisme post-guerre. Les entretiens qu’il a choisi de dessiner rendent ainsi son propos plus facile d’accès, moins austère et de ce fait, ayant plus d’impact. Reparti bredouille du Festival de Cannes à la surprise général (on pensait que Persepolis avait ouvert la voie), les métaphores et la poésie qu’Ari Folman utilise pour illustrer son propos sont sublimés par le graphisme et les couleurs utilisés. Les dernières images d’archives du film nous rappellent que l’histoire racontée fut malheureusement bien réelle.
17. Soyez sympas, Rembobinez : il y a le cinéma et il y a les films de Michel Gondry, le réalisateur français a prouvé depuis plusieurs années qu’il avait son propre style. Ses clips pour Daft Punk, les White Stripes ou Björk ont fait émerger une touche Gondry fait de bric et broc travaillé mais aussi complètement magique, donnant à son auteur le statut de Méliès des temps modernes. Quand il passe aux longs-métrages c’est avec la même réussite et un succès public et critique à la clé (Human Nature, La Science des Rêves et surtout Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Oscar du meilleur scénario). Avec Be Kind Rewind, son imagination hors-norme nous transporte à travers l’histoire d’un duo épique Jack Black – Mos Def, employés d’un vidéo club en passe de fermer ses portes et qui à la suite d’une fausse manipulation décide de réenregistrer les plus grand blockbusters du cinéma à leur manière. Ces films « suédés » vont rencontrer un succès inespéré et permettre à Gondry de faire passer son amour du cinéma. Un des personnages du film porte un toast « aux films qui ont du cœur et de l’âme », c’est la cas pour Be Kind Rewind.
18. Australia : Baz Luhrmann aime la grandiloquence, on ne peut pas dire qu’on n’a pas été prévenu avec Roméo + Juliette et Moulin Rouge. Après des succès mitigés (publics mais pas critiques), le réalisateur décide de se lancer dans un projet qui lui tient à cœur depuis des années : faire un film en hommage à son pays, l’Australie. Mais pas seulement, il voudrait également en faire un film de genre, une fresque historique et romanesque rappelant Autant en Emporte le Vent ou Lawrence d’Arabie. Son pari est en parti réussi. Si Australia est bel et bien dans la tradition des grands film hollywoodien ce n’est pas grâce à l’histoire d’amour sirupeuse (pourquoi pas?) qui ne parvient à aucun moment à nous faire frissonner quant à son issue. Non, là où on retrouve la magie de l’âge d’or hollywoodien c’est dans les décors grandioses (et naturels) de l’Outback australien, les couleurs et la mise en scène maîtrisée d’épisodes comme celui du bombardement de la ville de Darwin. Quant au couple Nicole Kidman – Hugh Jackman, a défaut d’être inoubliable il offre une véritable alchimie et complicité à l’écran.
19. J’ai toujours rêvé d’être un gangster : Samuel Benchetrit a bourré son film de références (Scorsese, Jarmush, Tarantino…). Parfois un peu trop présentes elles peuvent bouffer son ton à lui, son inspiration, mais quel plaisir de revoir du cinéma à l’ancienne! Le fait de faire de J’ai toujours rêvé d’être un Gangster un film à sketches ne peut que rappeler le Coffee & Cigarettes de Jim Jarmush, d’autant plus avec le segment de la rencontre décalé entre Arno et Alain Bashung qui rappelle étrangement celle, mythique, d’Iggy Pop et Tom Waits. L’ambiance du film tiens aussi énormément à ce noir et blanc crasseux, cette bande-son sorti tout droit de la Nouvelle-Vague, ces dialogue savoureux que ne renieraient pas Quentin Tarantino (la violence en moins) et surtout ces personnages pour qui (re)devenir un gangster semble être une solution et non pas un choix (Anna Mouglalis, Bouli Lanners, Edouard Baer, Serge Larivière et le gang savoureux d’anciens pieds-nikelés : Jean Rochefort, Jean-Pierre Kalfon, Laurent Terzief, Venantino Venantini et Roger Dumas)
20. Dan in Real Life : Ouh Coup de foudre à Rhode Island … là on se dit « aah non pas encore une comédie romantique commençant par Coup de foudre à … et par habitude on regarde s’il n’y a pas Hugh Grant ou Julia Roberts dans le coin. Première surprise à la place on a Steve Carrell que, mine de rien, on voit différement depuis Little Miss Sunshine, et notre Juliette Binoche qui rien que grâce à sa nationalité remporte tous les suffrages dans un film américain! Bref on se laisse tenter et sur un canevas archi-rebattu, Peter Hedges parvient à nous surprendre et mieux encore, à nous embobiner. Jolis moments de complicité familiale, touches d’humour savament distillées, second rôle savoureux (Dane Cook et Emily Blunt en tête) et B.O parfaite où Sondre Lerche croise Regina Spektor ou A Fine Frenzy. Bref Dan in Real Life (comment a-t-on pu arriver à Coup de Foudre à Rhode Island et laisser faire ?) ne marquera pas l’histoire cinématographique, il vous fera juste passer un bon moment, c’est déjà pas si mal non ?




























