Maïwenn mène Le Bal des Actrices
11 février 2009 par Marine Bienvenot
Classé dans Cinéma, Critiques
Si le premier film de Maïwenn (Le Besco), intitulé Pardonnez-Moi, tournait autour des relations conflictuelles qu’elle entretient avec sa propre famille, Le Bal des Actrices propose de s’arrêter sur la vie et la carrière de quelques-unes d’entre elles qui, au final, brossent un véritable auto-portrait de la réalisatrice elle-même.
Le Bal des Actrices pourrait facilement chercher à se faire passer pour un documentaire mais il s’agit en fait d’un film de fiction sur une femme réalisant un documentaire à propos d’actrices et où tout le monde endosse son propre rôle. Je n’oublierais pas de préciser que pour nous nous embrouiller encore plus dans son
mélange des genres, Maïwenn glisse des morceaux de comédies musicales dans son bal et que c’est réussi, puisque ses saynètes chantées et dansées sont de véritables bouffées d’air frais. On peut donc dire que l’on se trouve face à un docu-fiction allié à une comédie romantico-musicale. Vous suivez ?
Si le genre du film est assez difficile à déterminer, il en est autrement de sa qualité. Véritable mise en abîme du cinéma, la réalisatrice avoue avoir pour but avec ce film d’explorer puis d’envoyer valser les différents clichés qui existe sur les actrices. On nous présente donc une belle brochette de comédiennes, toutes à un stade différent de leur carrière. Maïwenn voulait plusieurs profils de comédiennes : débutantes, connues, pas connues, has been, sex symbol, « filles de »… Mais là où toutes ces femmes se rejoignent c’est dans le fait d’avoir voulu faire ce métier pour apaiser un manque affectif. En effet, il s’agit peut-être là de la seule étiquette que l’on colle aux actrices et qui soit vraie : elles font souvent ce métier pour répondre à un besoin de se sentir aimé et regardé.
Le casting est d’ailleurs plus que savoureux côté actrices : Karin Viard en égérie du cinéma français qui prend la grosse tête en songeant à s’exporter, Marina Foïs qui n’arrive pas à décoller l’étiquette Robin des Bois, Julie Depardieu actrice un peu lunaire qui ne joue que des mères alors qu’elle ne peut pas avoir d’enfants, Jeanne Balibar que l’on cantonne au cinéma intello et qui finit par p
éter les plombs, Romane Bohringer qui cumule le côté has-been et « fille de » contrainte à ne plus faire que des présentation de produit en espérant voir sa carrière rebondir, Muriel Robin bouleversante en clown triste, Mélanie Doutey en starlette Angelina Joliesque, Estelle Lefébure ancienne mannequin devenue actrice et que l’on ne prend absolument pas au sérieux, Linh Dan Pham adulée par la critique mais considérée comme une ratée par sa famille, Charlotte Rampling qui n’a plus rien à prouver à personne mais cherche toujours à se renouveller et Karole Rocher, peut-être la plus bouleversante, actrice en devenir suivant une formation théâtrale tout en travaillant à côté et en pleine désillusion sur le monde du spectacle. Il ne faut pas oublier Maïwenn qui joue son rôle de réalisatrice à l’écran face à toutes ces actrices qui sont parfois des amies, parfois juste des collègues, parfois des femmes qu’elle admire ou même ne connait pas. Et c’est en les voyant à travers sa caméra qu’elle commence à se comprendre elle-même mais aussi ses attentes de la vie et du cinéma. On n’est pas en reste du côté masculin puisque la prestation de Joey Starr est excellente. On lé découvre à l’aise, drôle et surtout ré
aliste en compagnon de la réalisatrice, il est (bizarrement) l’atout charme du film.
Si chacune porte son nom à l’écran et semble jouer son propre rôle, quelle est la part d’authentique, quelle est la part de romanesque ? La question se pose en permanence, influencés que nous sommes par ces fameux clichés sur les actrices et les ragots colportés par la presse people que nous finissons tous par lire à un moment ou à un autre. Chacune d’entre elles arrive sans doute à un portrait juste, charmant et plein d’auto-dérision. Et nous, pauvres spectateurs, perdus entre le réel et l’inventé, on se trouve bien malin de démêler le vrai du faux. Il y a probablement un peu des deux, chacun des actrices semblant mettre dans son histoire un peu de son vécu, qu’il soit bon ou mauvais.
Bref, ce Bal des Actrices porte en lui la grâce de toutes ces femmes, une originalité et une audace qui semblent être la marque de fabrique de Maïwenn, qui elle aime son métier et sait comment en parler avec justesse et créativité.
| Publié par Marine
| 11 Février 2008 22:46












Tellement bien ce film!C’est un joyeux cocktail qu’on savoure sans modération!Les portraits des actrices par Maïwenn sont géniaux.
Courez dans vos salles obscures!