L’Etrange (et magnifique) Histoire de Benjamin Button

24 février 2009 par Marine Bienvenot  
Classé dans Cinéma, Critiques

Imaginez-vous vivre à rebours, à contre-courant. Cette idée folle est née de l’imagination de Francis Scott Fitzgerald il y a de cela près d’un siècle, dans une nouvelle intitulée L’Etrange Histoire de Benjamin Button. Son héros est un homme ordinaire, à ceci près qu’il est né à l’âge de 80 ans, un pied dans la tombe, et qu’il ne cesse de rajeunir à partir de là.

Eric Roth, choisi pour écrire le scénario de l’adaptation de cette au nouvelle, trace ici des portraits intimes très fouillés sur un arrière-plan historique, tout comme il l’avait fait pour Forrest Gump. Mais c’est l’alliance du réalisateur David Fincher et de son acteur fétiche, Brad Pitt qui marque le début de l’aventure. C’est en effet la troisième fois que ces deux là travaillent ensemble après avoir marqué les esprits avec Se7en et Fight Club. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’avec L’Etrange Histoire de Benjamin Button, ils vont également marquer les mémoires et l’histoire du cinéma à jamais.

Le moins que l’on puisse dire c’est que je l’attendais de pied ferme ce Benjamin Button, et les gens qui me connaissent savent à quel point attendre un film pour moi peut virer à l’obsession et à l’hystérie. Et pourtant en prenant mon ticket, en m’installant dans mon fauteuil, en triturant nerveusement mes doigts pendant les bandes-annonces, je me demande si je ne vais pas être déçue (bon ça me fait ça à chaque fois aussi). Et puis les lumières s’éteignent, des centaines de boutons apparaissent à l’écran (bouton=button, JOKE!) et l’incroyable destin de ce vieux bébé commence.

La première chose que tout le monde souligne à la vision du film sont bien sûr les prouesses techniques dont il fait preuve. Brad Pitt est de tous les plans et surtout de tous les âges, ce qui est sidérant. Mais il serait impardonnable de ne réduire le film qu’à ça. Eric Roth en a fait une histoire somptueuse, un conte poétique et fantastique ; une réflexion sur l’homme, le temps qui passe et ce qu’il en fait ; une histoire

d’amour épique mais aussi une ôde à la différence. En effet, Benjamin est différent mais son histoire est la même que la nôtre : il aime et souffre, chaque étape marquante de sa vie apparait au même moment que les nôtres, seule son enveloppe corporelle trahit sa différence et l’éloigne des gens de son âge. Car même si Benjamin vit sa vie dans le sens enverse de celui des autres il vit chaque étape de la vie humaine de façon intemporelle : la vie, l’amour et la mort frappent aussi à sa porte. Le film débutant en 1918 et s’étalant sur près d’un siècle, le scénario lie habilement la vie de Benjamin à l’Histoire américaine, de la Première Guerre Mondiale à l’Ouragan Katrina.

L’Etrange Histoire de Benjamin Button, c’est aussi la virtuosité de son metteur en scène, David Fincher, qui en changeant complètement de registre a pris une toute autre dimension. C’est sûr qu’à côté de Fight Club, sa réalisation semblera un brin classique, mais cela sert le film et l’histoire avant tout. Il arrive à donner une identité propre à chaque personnage et à chaque époque grâce à des détails (historiques entre autres) très soignés. La lumière est également magnifique, donnant lieu à des scènes de toute beauté, comme le lever de soleil partagé avec Daisy (Cate Blanchett) ou son père (Jason Flemyng). Si l’on voit parfaitement le parcours que fait Benjamin à travers son rajeunissement, je regrette toutefois un peu que le film ne montre pas plus son parcours intérieur, la tragédie qu’il vit de voir s’éloigner les gens qu’il aime avec l’âge, a fortiori quand il devient père.

Enfin, Benjamin Button c’est Brad Pitt. Benjamin est un être à part, aussi semblable aux autres soit-il, sa particularité physique l’éloigne toujours d’une vie « normale ». Néanmoins, il ne se laisse pas happer par la solitude et se confronte à la réalité à travers des rencontres exceptionnelles qui jalonneront sa vie d’homme : il y a tout d’abord Queenie (Taraji P. Hinson), sa mère adoptive qui ne se laisse destabiliser ni par sa couleur ni par son apparence, puis le Capitaine Mike (Jared Harris) qui l’emmène dans un véritable voyage initiatique à travers le monde où Benjamin rencontre son premier amour Elizabeth Abbott (Tilda Swinton). Mais l’histoire qui a le plus construit l’homme qu’est Benjamin, c’est bien sûr cet amour inconditionnel qu’il porte à Daisy (Cate Blanchett). Un amour inné alors même que leurs apparences physiques sont à l’opposé l’une de l’autre, une évidence pourtant condamné par le chemin inverse que prennent leurs vies, un chassé-croisé qui les réunit à la moitié du chemin. Le duo Brad Pitt-Cate Blanchett est un sommet du genre, un couple de cinéma dont on se rappellera de l’alchimie à l’écran.

Alors oui Benjamin Button ne se regarde pas aussi facilement que d’autres films, certains le trouveront trop long (2h35, là non plus ce n’est pas classique), mais pour la première fois depuis longtemps j’ai eu l’impression de me retrouver devant un grand film de cinéma. Une fable fantaisiste qui parvient malgré tout à nous faire croire qu’elle pourrait être vraie, une histoire qui nous emporte très loin pour nous reposer doucement dans nos sièges quand les lumières se rallument.

Commentaires

2 Réponses pour “L’Etrange (et magnifique) Histoire de Benjamin Button”
  1. Margaux dit :

    D’un autre côté Brad Pitt et Cate Blanchett depuis Babel, on savait que ça fonctionnait plutôt bien !

  2. z'abelle dit :

    Bravo à tous pour ce site ! Félicitations particulières à Marine pour ses articles de qualité très documentés et fournis, ses analyses percutantes et pertinentes…

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