Yukio Mishima

3 mars 2009 par Margaux  
Classé dans Livres

Il est peut-être un peu risqué de me lancer dans une entreprise aussi ambitieuse mais je vais quand même tenter de relever le défi suivant : trouver et « extraire » l’essence de l’œuvre de Mishima.

Auteur japonais né en 1925 à Tokyo, son nom évoque pour beaucoup celui d’un extrémiste qui s’est donné la mort en 1970 devant les objectifs des journalistes, dans une tension dramatique à son comble. Cependant je n’en dirai pas plus à ce sujet, car ce n’est pas l’objet de cet article. Une explication plus précise serait du ressors d’une personne plus compréhensible que moi en matière de politique, et elle nécessiterait de s’intéresser à l’homme alors que je compte m’en tenir à l’écrivain.

Sa bibliographie est particulièrement riche et elle comprend divers types d’écrits tels que des romans et des nouvelles ainsi que plusieurs pièces de théâtre.

Son style est simplement virtuose, et sa culture vient perfectionner ce don, faisant de chaque écrit une œuvre complète et originale. Pourtant, le but de Mishima était moins de se démarquer que de se placer dans une continuation. On sent dans sa prose des influences romantiques, pathétiques et parfois dramatiques. Ses descriptions parnassiennes sont d’une finesse exceptionnelle bien que l’on ne puisse pas les qualifier de réalistes. une exactitude trop terre-à-terre, justement, dans ce cadre précis, relèverait d’une sorte de vulgarité : comment se représenter « la balustrade basse de style européen, ainsi que la façade également en marbre, [réfléchissant] les rayons éblouissants du soleil couchant, formant une toile d’un blanc pur [venant] souligner leur décor éclatant d’or et de vermillon » (La mer de la fertilité III, Le temple de l’aube), sinon en laissant une importante part à l’imagination ? Car justement, chez Mishima, le rêve est omniprésent, comme le montre par exemple le rôle prépondérant joué par le « Journal de Rêves » de Kiyoaki Matsugae, dans les quatre tomes de La mer de la fertilité.

Fidèle aux valeurs du style romantique classique, impliquant une utilisation fréquente de la métaphore, Mishima allie à la perfection l’artificiel des apparences avec la profondeur des sentiments humains poussés à leur paroxysme. Bref, un style très XIXème siècle français, qui s’adapte parfaitement aux évènements historiques relatés par Mishima.

L’amour, la mort, les passions en général sont des thèmes essentiels de l’œuvre de Mishima, mais il ne faut pas s’attendre à en trouver des évocations aux styles très variés : ses personnages sont tous ou presque issus de classes sociales privilégiées, d’où une certaine noblesse dans la description des sentiments en question. De ce fait, l’auteur ne décrit pas un Japon « dans tous ses états » mais un Japon perçu par la haute-société. On peut trouver quelques exceptions au type de personnage le plus présent sous la plume de Mishima : Kiyoko et Kenzo (Trois millions de yens dans La mort en été) ou encore les geishas des Sept ponts (dans Dojoji), mais ces deux textes n’offrent pas une vision très lyrique du Japon du XXème siècle, contrairement à d’autres œuvres. Je vais m’arrêter là, angoissée à l’idée de me perdre dans trop de détails et frustrée à celle de ne pas en avoir dit assez. De plus, je ne suis pas assez érudite pour oser commenter très précisément une œuvre d’une telle richesse et d’une telle envergure.

Pour ne citer que quelques œuvres déjà lues : Une soif d’amour, La musique (particulièrement génial), La mort en été, Dojoji, Confessions d’un masque (autobiographie) et le point culminant de son œuvre, achevée peu avant son seppuku (suicide rituel) : la tétralogie La mer de la fertilité : Neige de printemps, Chevaux échappés, Le temple de l’aube et enfin L’ange en décomposition.

J’espère avoir donné l’envie de lire Mishima, et je serai RAVIE d’en parler davantage si désaccord il y a, et ce dans les commentaires, c’est fait pour ça !

| Publié par Margaux
| 3 Mars 2009 14:50

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