Boy A, un homme anonyme
11 mars 2009 par Marine Bienvenot
Classé dans Cinéma, Critiques
A 12 ans, Eric Wilson est solitaire et très influençable. Son seul ami subit l’horreur quotidiennement et après l’escalade de petites violences ordinaires, ils commettent tous deux l’innommable. Douze ans plus tard, un tuteur bienveillant lui offre une paire de Nike Escape (ça ne s’invente pas), le sort de prison et lui donne une seconde chance de démarrer dans la vie. En devenant Jack Burridge, Boy A comme on l’avait surnommé lors de son procès, efface l’ardoise. Il change d’identité pour se donner un avenir.
Mais est-ce si facile d’oublier son passé, d’oublier l’horreur, la prison et de devenir quelqu’un d’autre, quelqu’un que l’on ne connait pas ? C’est de ce postulat que part John Crowley. Selon Terry (le très bon Peter Mullan), Jack a payé sa dette à la société, il est temps pour lui d’avoir sa part de bonheur, lavé de ses pêchés il
peut enfin aspirer à une vie normale. Mais à 24 ans, Jack ne connait rien de la vie d’un jeune homme normal, complètement déconnecté de la société à laquelle il appartient. Avec 10 ans de retard il comprend ce qu’est vraiment l’amitié, ne comprend pas lorsqu’une fille l’invite à sortir, ne sait pas ce qu’est un poulet à la mexicaine et découvre les effets secondaires de l’ecstasy … Et malgré l’horreur de son acte que l’on découvre par flash-back, Jack nous apparait comme un jeune homme naïf, blessé, maladroit mais terriblement attachant. Car oui, le Jack que John Crowley nous laisse à connaître semble mettre en avant des valeurs telles que la droiture, la fidélité et l’honnêteté. Des valeurs sommes toutes communes mais que l’on ne s’attendraient pas à retrouver chez un ex-taulard.
Mais quand tout va trop bien, c’est louche, surtout dans le cinéma anglais! En s’inventant une nouvelle vie Jack joue malgré tout un rôle, il se fait passer pour quelqu’un qu’il n’est pas. Plus il se contruit, plus il obtient la confiance de ses amis et de la femme qu’il aime, plus ce mensonge devient un poids dur à (sup)porter. Son passé le rattrappe pourtant bel et bien par l’intermédiaire des médias, ceux-là même qui l’avait surnommé « The Face of Evil ». Victime d’un acharnement médiatique, Jack se sent alors abandonné, trahi, désorienté et perd pied. Il redevient le gibier traqué par toute l’Angleterre et abandonné par tous ceux qui constituaient ses repères, comme à l’époque de son procès. Mais alors qu’il pensait avoir prouvé qu’il méritait une deuxième chance, quelles solutions lui reste-t-il alors qu’on le rejette à nouveau ?
Boy A est reparti avec les Prix du Jury à Berlin et au Festival de Dinard, et c’est amplement mérité tant ce film
est une belle surprise. John Crowley s’avère être un digne héritier de Ken Loach dans la veine du cinéma social anglais. Son film s’avère riche d’enseignements sur les difficultés de la réinsertion, la relation si particulière entre un père et son fils, et bien entendu l’Angleterre des tabloïds qui érige des héros pour les trainer dans la boue le lendemain, sans aucune humanité. Pour preuve, il existe un fait divers réel qui n’est pas sans rappeler l’histoire de Boy A : en 1993, deux jeunes garçons enlevaient et tuaient un bébé. Libérés douze ans plus tard avec nouvelles identités et nouveaux domiciles, ils furent pourtant traqués en permanence par la presse qui ne leur laissaient pas une minute de répis. Ils ont demandés à terminer leurs jours en prison, ce qui leur fut refusé. On imagine alors l’enfer quotidien que constitue une tentative de réinsertion alors que la simple évocation de votre nom amène une envie de vengeance.
Avec une mise en scène douce, cotonneuse et une photographie lumineuse, le jeune réalisateur de deux films seulement met en avant un jeune acteur prodigieux, Andrew Garfield. Avec son petit air lunaire, type mais qu’est-ce que je peux bien faire là ?, il constitue le nouvel homme de ma vie la véritable surprise et bouffée d’air frais du film. Une révélation, et on prend le pari ici-même que l’on a pas fini d’en entendre parler.











Mon Dieu Marine tu dois être sacrément en manque !! (cf avant-dernière ligne)
Tu comprends mieux là :
http://www.esquire.com/media/cm/esquire/images/andrew-garfield-WI-0808-lg-17144317.jpg
http://i29.photobucket.com/albums/c290/daveywavy/andrew_garfield1.jpg
http://msnbcmedia1.msn.com/j/ap/a27b5fe8-1b17-4cb1-b684-6ac536fe2e2e.hmedium.jpg
http://innerjoejoe.files.wordpress.com/2008/08/andrewgarfield1.jpg
Non sérieusement je le trouve très charmant !!