Welcome

20 mars 2009 par Marine Bienvenot  
Classé dans Cinéma, Critiques

Après Welcome on ne pourra plus douter du statut de cinéaste social acquit par Philippe Lioret. Il n’en fallait cependant pas plus que la ligne Je vais bien, ne t’en fais pas sur le CV du réalisateur pour me faire aller voir son film. Le bouche à oreille et la polémique créée entre Lioret et Eric Besson ne l’en ont rendu que plus attirant,  mais nous y reviendrons.

« Welcome » ça veut dire bienvenue, mais chez les ch’tis depuis la fermeture du centre de Sangatte on voit d’un mauvais œil ces clandestins coincés dans la ville de Calais et ses environs, cherchant par tous les moyens à conquérir leur eldorado, l’Angleterre si proche mais si lointaine à la fois. Bilal est un jeune Irakien de 17 ans parvenu à pieds à quelques encablures de l’Angleterre où il doit retrouver celle dont il est amoureux. Mais traverser la Manche est la partie de son voyage qui s’avère la plus difficile et il se retrouve coincé à Calais, refoulé par les autorités luttant contre l’immigration clandestine. Condamné à voir les côtes anglaise à l’horizon il se résout à traverser la mer à la nage et prend pour cela des cours de natation avec Simon. Simon, en pleine procédure de divorce, ne parvient pas à laisser partir sa femme Marion (Audrey Dana), elle-même bénévole auprès des réfugiés et fervente militante des droits de l’Homme. Simon, qui tente d’abord de décourager Bilal, va finalement l’aider à s’entrainer, espérant secrètement reconquérir sa femme, avant de réellement s’attacher au destin du jeune Irakien.

Philippe Lioret prend le pari risqué de s’attaquer à un sujet on ne peut plus d’actualité et choisi la dénonciation plutôt qu’un simple état des lieux. Point de vue salutaire pour le film, car il donne ainsi une véritable couleur à l’histoire. Une douleur aussi, celle de comparer les mesures policières envers les immigrés à celles utilisées contre les juifs pendant la seconde guerre mondiale. Dans le désordre : l’aide à personne irrégulière passible de 5 ans de prison, les bénévoles surveillés, les immigrés numérotés ou bien encore la dénonciation par des voisins qui ont pourtant un paillasson « Welcome » au pied de leur porte. Et c’est ce parallèle qu’a dénoncé par voie de presse Eric Besson, ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, trouvant que le réalisateur « avait franchi la ligne jaune », sans mauvais jeux de mots malheureusement. Ce à quoi le réalisateur à répondu :« Sachez qu’en l’occurrence, je ne mets pas en parallèle la traque des juifs et la Shoah, avec les persécutions dont sont victimes les migrants de Calais et les bénévoles qui tentent de leur venir en aide, mais les mécanismes répressifs qui y ressemblent étrangement ainsi que les comportements d’hommes et de femmes face à cette répression ». Comme quoi le pays des droits de l’homme est plein d’hommes sans droits.

Parallèlement, Philippe Lioret choisit une réalisation sobre, belle et pointant avec élégance les moments  d’émotions, eux-mêmes interprétés avec pudeur par des acteurs au service de l’histoire et de la réflexion. Je n’aime pas le jeu de Vincent Lindon, mais derrière  tous ses tics d’acteur il parvient à faire passer toute l’ambivalence de Simon. Celui qui au début n’aide Bilal que pour impressionner son ex-femme se laisse prendre au piège et voit bientôt en celui-ci un fils. Bilal justement, qui nous donne à découvrir un acteur tout en retenue et en justesse, Firat Ayverdi. Son personnage, un idéaliste romantique teinté de naïveté lui colle à la peau et nous laisse espérer qu’on le retrouvera bientôt sur grand écran.

Si je devais reprocher quelque chose au film se serait son côté manichéen : tous les policier sont des ordures et les bénévoles, à contrario sont des héros. La vision des clandestins reste, elle, assez juste, ce ne sont pas des martyrs, ils commettent également leur lot d’erreurs et ne sacrifieront pas leur propre réussite à celle du groupe, la solidarité restant pour eux une notion assez abstraite.

Sans surpasser Je vais bien, ne t’en fais pas (selon moi), Welcome est un très beau film revendicatif mais juste, tragique mais pas larmoyant, révoltant et bouleversant, laissant découvrir un talent encore brut, celui de Firat Ayverdi.

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