Rachel se marie … mais Kym n’est pas à la noce
22 avril 2009 par Marine Bienvenot
Classé dans Cinéma, Critiques
Ne nous méprenons pas, il y a certes mariage, mais Rachel se marie n’est pas une comédie romantique, loin de là. Ne nous méprenons toujours pas, le prénom dans le titre est bien Rachel mais la vraie héroïne se nomme Kym. Quant à l’homme derrière la caméra, pas de méprise possible il s’agit bien de Jonathan Demme, Mr Le Silence des Agneaux, Mr Philadelphia, Mr Un Crime dans la Tête … bref, quelqu’un dont on avait très envie de découvrir le nouveau film, d’autant plus quand on sait qu’il a été écrit par la fille de Sidney Lumet (Douze Hommes en Colère, Serpico et récemment 7h58 ce Samedi là) Jenny, qui en a fait son tout premier scénario.
Rachel (Rosemarie DeWitt) se marie donc et sa sœur cadette, Kym (Anne Hathaway), en profite pour quitter une énième fois sa cure de désintoxication et revenir sur les lieux de son enfance, retrouvant au passage sa famille (ce qui engendrera crises et conflits) et des souvenirs parfois douloureux. On peut de prime abord être désarçonné par la mise en scène, Demme ayant décidé de garder certains automatismes de la réalisation de documentaires pour sa fiction (caméra à l’épaule, gros plan sur le visage des personnages, musique omniprésente, long plans fixes, lumière blafarde). Mais on se rend vite compte que ce parti pris permet de mieux rendre compte de chacun des membres de cette famille, éclatée par un drame mais paradoxalement toujours unie. De nous les rendre plus proches et plus compréhensibles.
Le mariage n’est pas le sujet principal mais il n’en reste pas moins l’occasion d’aborder des thèmes sensibles et forts pour cette famille tels que l’addiction, la compétition au sein d’une fratrie, comment un drame peut faire imploser une cellule familiale ou bien encore le couple inter-racial. Si certaines longueurs peuvent se faire sentir dans les préparatifs du mariage, cela ne devient jamais rébarbatif grâce au jeu irréprochable d’un casting non loin du sans faute. Anne Hathaway prouve ici (même si on s
‘en doutait après ses nominations aux Golden Globes et Oscars 2009) qu’elle est capable d’une performance inoubliable entre émotion, rébellion et rédemption. Bien loin de ce qu’on l’on a pu découvrir d’elle dans Princesse Malgré Elle, Max la Menace, Meilleures Ennemies et dans une moindre mesure Le Diable s’habille en Prada, elle crève l’écran alors qu’elle n’est pourtant pas à son avantage physiquement parlant. A ses côtés Rosemarie DeWitt tente de garder son sang-froid face à une soeur qu’elle aimerait pouvoir détester, Tunde Adebimpe interprète le futur mari calme et compréhensif, Debra Winger campe une mère dont la relation avec ses filles est rongée par les non-dits et Bill Irwin joue un père pétri de remords qui fait tout pour garder sa famille à flot, quitte à en être étouffant.
Le cinéma regorge de portraits de famille, mais Rachel se marie réussit le tour de force de nous dépeindre l’une d’entre elle, loin de la perfection et dont les membres ont tous leur part d’ombre. Kym est seulement celle chez qui elle est la plus visible et donc peut-être celle qui souffre le plus. Constamment à fleur de peau, ce personnage offre à Anne Hathaway un rôle que l’on n’oubliera pas pour un film à la fois passionnant, drôle et extrêmement émouvant.










