Yes they Cannes !

Ça y est c’est fait, nous connaissons le jury et les films sélectionnés pour la 62ème édition du prestigieux Festival de Cannes et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle n’est guère surprenante, d’autant plus  qu’il n’y a aucun premier film en compétition cette année. Du 13 au 24 mai, nous retrouverons donc sur la Croisette bon nombre de réalisateurs ayant déjà fait les beaux jours du Festival. Mais si leurs noms (et leurs films) ont déjà fait vibrer le festival au cours des éditions passées, ce n’est  pas un gage de qualité pour leur productions à venir cette fois-ci, il faudra attendre de les avoir vus pour juger. En attendant certains chouchous cannois ne pointeront pas le bout de leurs nez : pas de Soderbergh, de Mann, de Jarmush ou de Scorsese.

LE JURY

Si l’on connaissait déjà le nom de la Présidente, Isabelle Huppert (actrice française), nous avons découvert ce midi ceux de ses collègues membres du jury. Il y aura donc Asia Argento (actrice, réalisatrice et scénariste italienne), Nuri Bilge Ceylan (réalisateur et acteur turc), Lee Chang-dong (réalisateur coréen), James Gray (réalisateur et scénariste américain), Hanif Kureishi (acteur et scénariste britannique), Shu Qi (actrice et scénariste chinoise) et Robin Wright Penn (actrice américaine).

La plupart d’entre eux ont déjà eu des expériences cannoises avec des films en compétition (Two Lovers pour James Gray, Marie-Antoinette pour Asia Argento…) et parfois mêmes des récompenses (Prix d’interprétation pour Isabelle Huppert avec La Pianiste, Grand Prix pour Nuri Bilge Ceylan avec Uzak…) voire des maris présidents du jury (Sean Penn l’an dernier). Ils auront donc à cœur de découvrir les 20 films de la sélection officielle et de leur décerner les récompenses cannoises.

LA SÉLECTION OFFICIELLE

  • Les habitués

Parmi ces habitués dont on vous parlait un peu plus haut, nous retrouverons donc Quentin Tarantino avec son Inglourious Basterds. Palme d’Or en 1994 avec le cultissime Pulp Fiction, il revient cette fois-ci avec un film de genre sur la Deuxième Guerre Mondiale porté entre autres par Brad Pitt et Diane Kruger. Fait rare, il est le seul américain en compétition cette année.

Il y aura également Ken Loach, lui aussi lauréat d’un Palme d’Or pour Le Vent se Lève en 2006, qui présentera Looking For Eric. Le Eric en question étant Eric Cantona, qui selon un postier de Manchester peut l’aider à reprendre sa vie en main.

Lars Von Trier qui a déjà remporté trois Prix à Cannes, dont le Grand Prix du Jury en 1996 pour Breaking The Waves et la Palme d’Or en 2000 pour Dancer in the Dark, reviendra cette année avec le d’ores et déjà très controversé Antichrist. Willem Dafoe et Charlotte Gainsbourg, un couple au bord du déchirement s’isole en pleine forêt espérant sauver leur mariage, mais tout va alors de mal en pis.

Récompensé d’un Grand Prix du Jury en 2001 pour La Pianiste et d’un Prix de la Mise en Scène en 2005 pour Caché, Michael Haneke arrive cette fois-ci avec Le Ruban Blanc, l’histoire des membres d’une chorale protestante allemande et de leurs familles au seuil de la Première Guerre Mondiale. D’étranges accidents prenant de plus en plus l’aspect d’un rituel punitif leur arrive, les poussant à se demander qui est derrière tout cela et surtout pourquoi?

Pedro Almodòvar viendra (comme tous les 3 ans à peu près) présenter avec son égérie Penélope Cruz, Les Etreintes Brisées, l’histoire d’amour à mort entre un scénariste devenu aveugle suite à un accident de voiture, et Lena, sa femme pourtant disparue dans ce même accident. Almodòvar a déjà été lauréat du Prix de la Mise en Scène en 1999 pour Tout sur ma Mère et du Prix du Scénario pour Volver en 2006.

Jane Campion, première réalisatrice à avoir jamais remporté une Palme d’Or en 1992 avec La Leçon de Piano, sera cette année sur le tapis rouge pour présenter Bright Star, un drame sur les amours du poète romantique et britannique John Keats.

Enfin Marco Bellochio, venu plusieurs fois sur la Croisette (pour Le Saut dans le Vide qui valu à Anouk Aimé et Michel Piccoli un Prix d’Interprétation en 1980, et Le Sourire de ma Mère en 2002), sera là cette année pour Vincere. Le film mettra en lumière l’histoire d’Ida Dalser, la maîtresse de Benito Mussolini, et d’Albino, l’enfant illégitime né de cette aventure.

  • Les asiatiques

Face à cette déferlante d’habitués Cannois, il y aura également une armada de films asiatiques. Le premier d’entre eux est Vengeance, le thriller Hongkongais de Johnny To où un cuisiner ancien tueur professionnel (l’idole des jeunes Johnny Halliday) revient dans cette ville pour rendre justice à sa fille, victime d’un tueur à gages. Johnny To a déjà présenté deux de ses films à un jury cannois, Breaking News et Election, sans remporter de prix jusque là.

Lou Ye le chinois amènera à Cannes Nuit d’Ivresse Printanière, une histoire d’amour torride et érotique alliant jalousie, désir, obsession et passion, censurée dans son pays. Le réalisateur était déjà venu sur la Croisette présenter Purple Butterfly en 2003 et Une Jeunesse Chinoise en 2006, film qui brisait un tabou sur les événements de la Place Tian An Men, lui valant une interdiction de tourner en Chine pendant 5 ans.

Le philippin Brillante Mendoza, déjà en compétition l’an dernier pour Serbis, propose déjà un nouveau film en compétition, Kinatei. Film surprise dont on ne sais (pour le moment) rien.

Si le film est américain le réalisateur, lui, est taïwanais (bon oui presque américain). Après le Prix du Meilleur Scénario en 1997 pour The Ice Storm, Ang Lee amènera cette fois dans ses bagages le film Taking Woodstock, ou comment un jeune homme travaillant dans le motel de ses parents durant l’été 1969 va mettre malgré lui en branle le concert qui deviendra mythique pour toute une génération : Woodstock! Ce film permettra sans aucun doute l’une des plus belle montée des marches avec pour le promouvoir Emile Hirsch, Liev Schreiber, Imelda Staunton, Jeffrey Dean Morgan ou bien encore Paul Dano.

Un autre taïwanais, Tsai Ming-liang, fait tourner nos petits frenchies dans un film appelé Visages. Invité à tourner l’histoire de Salomé au musée du Louvre un réalisateur taïwanais doit apprendre à travailler avec une actrice d’envergure internationale. On retrouve au casting Laetitia Casta, Fanny Ardant, Jean-Pierre Léaud, Jeanne Moreau, Nathalie Baye et Mathieu Amalric.

Park Chan-wook, maître de l’horreur coréenne, revient à Cannes après avoir obtenu en 2004 le Grand Prix du Jury pour Old Boy. Thirst nous conte comment un prêtre dévoué et aimé de tous, se porte volontaire pour une expérience qui tourne mal et le transforme en vampire l’entraînant dans la dépravation et une lutte pour conserver une part d’humanité.

  • Les frenchies

Mais pour faire face à cette armada de film asiatiques, nous aurons notre petite bande de français, prêts à succéder à la Palme d’Or d’Entre les Murs. Le premier d’entre eux, Gaspar Noé, est invité pour Soudain le Vide ou un jeune dealer touché par une balle lors d’une descente de police refuse de quitter la vie suite à une promesse faite à sa sœur de ne jamais l’abandonner. Son esprit navigue alors dans les rues de la ville, victimes de visions cauchemardesques où passé, présent et futur se chevauchent. Gaspar Noé est un habitué de Cannes où ses films engendrent souvent la polémique : Carne, Prix de la Semaine de la Critique en 1991, Seul contre Tous qui choque pour ses propos idéologiques douteux en 1998, et Irréversible dont la scène de viol à fait scandale en 2002.

Jacques Audiard sera également de la partie, lui qui n’était pas revenu à Cannes depuis 1996 et son Prix du Scénario pour Un Héros très Discret. Un Prophète c’est l’histoire d’un très jeune homme, 18 ans à peine mais déjà incarcéré, qui tombe sous la coupe d’un groupe de Corses qui fait régner sa loi dans la prison. Mais très vite, il tente discrètement de créer lui-même son propre réseau.

Xavier Giannoli a déjà foulé le tapis rouge en 1998 où son court-métrage L’Interview remporte la Palme d’Or (du court-métrage) et en 2006 avec Quand j’étais Chanteur. En 2009, ce sera avec A l’Origine, l’histoire d’un escroc sans vergogne (François Cluzet) qui arrive à se faire passer pour un chef de chantier mais qui, après une rencontre avec une femme (Emmanuelle Devos), découvre les sentiments et cherche à racheter ses mensonges auprès de ses victimes. On y retrouve également Stéphanie Sokolinski (SoKo), Gérard Depardieu et Vincent Rottiers.

Enfin, Alain Resnais ne sera en compétition que pour la deuxième fois. Il était venu en 1980 avec Mon Oncle d’Amérique, qui était reparti avec le Grand Prix du Jury. Avec Les Herbes Folles, il nous sert comme à son habitude un film choral ou les personnages se croisent et se découvrent, pour ce film autour d’un vol de sac à main. On y retrouve les habitués Sabine Azéma et André Dussollier, puis pour les accompagner Emmanuelle Devos (pour son 2è film en compétition), Anne Consigny, Mathieu Amalric (2è fois en compétition également), Michel Vuillermoz, Sara Forestier et Nicolas Duvauchelle.

  • Les challengers

Elia Suleiman, qui a présenté en 2001 Cyber Palestine à la Quinzaine et Intervention Divine en sélection officielle en 2002, viendra cette année avec Le Temps qu’il Reste, une fresque historique de la création de l’Etat d’Israël jusqu’à aujourd’hui à travers le destin du fils d’un résistant palestinien.

Une adolescente à problème se fait renvoyer de son collège et perd tous ses amis, mais un jour sa mère rentre à la maison avec un inconnu qui assure pouvoir faire leur bonheur. Tel est le postulat de départ de Fish Tank, le nouveau film d’Andrea Arnold, réalisatrice de Red Road qui avait bouleversé l’édition 2006 du Festival, lui offrant le Prix du Jury pour son premier film.

Pour finir, l’espagnole Isabel Coixet n’a jamais été sélectionnée à Cannes, mais ses films Ma Vie sans Moi et The Secret Life of Words ont connu des succès à la fois critiques et publiques. Avec Map of the Sounds of Tokyo, elle investit la culture asiatique et raconte comment une jeune employée de poissonnerie (Rinko Kichuchi) devient tueuse professionnelle.

LES SECTIONS PARALLÈLES ET FILMS HORS-COMPÉTITION

On ne saurait se contenter des 20 films en compétition, surtout lorsque l’on voit le programme avec entre autres : un film d’horreur de Sam Raimi (Jusqu’en Enfer), un documentaire signé Michel Gondry (L’épine dans le Coeur), un film d’animation belge (Panique au Village), une fresque historique sur fond  d’antisémitisme et de deuxième guerre mondiale avec L’armée du Crime de Robert Guédiguian, du glamour avec Sophie Marceau et Monica Bellucci réunies dans un film de Marina De Van (Ne Te Retourne Pas), un péplum signé Amenabar (Agora), le retour de Mia Hansen-Love après Tout est Pardonné (Le Père de mes Enfants) et celui de Cristian Mungiu après sa Palme d’Or 2007 pour 4 mois, 3 semaines et 2 jours (Contes de l’Age d’Or).

L’un des moments forts et glamour du Festival sera sans aucun doute la projection hors-compétition de L’Imaginarium du docteur Parnassus de Terry Gilliam avec Johnny Depp, Colin Farrell, Jude Law et un absent vers qui toutes les pensées iront : Heath Ledger. Là-Haut, le nouveau bijou des studios Pixar fera bien l’ouverture du Festival, mais c’est le film français Coco Chanel et Igor Stravisky de Jan Kounen qui le clôturera. Et n’oublions pas Edouard Baer en maître de cérémonie !

Comme le dirait Barbara Carlotti : 15 jours à Cannes, tout est possible.

Publié par Marine Bienvenot
|23 Avril 2009 19:12

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