OSS 117 : Rio ne répond plus

29 avril 2009 par Marine Bienvenot  
Classé dans Cinéma, Critiques

Hubert Bonisseur de la Bath, alias OSS 117, est de retour avec peut-être moins de Sean, mais toujours autant de Connery! Trois ans après ses aventures débridés au Caire (véritable nid d’espions), l’agent secret le plus débile de France (mais paradoxalement désigné comme le meilleur) repart en mission. Il est en effet envoyé au Brésil afin de récupérer auprès d’un nazi en fuite des micro-films compromettant de hauts dignitaires français ayant collaboré avec les allemands lors de la 2è Guerre Mondiale.

Si seulement trois ans séparent les deux films de Michel Hazanavicius, douze ans se sont écoulés entre les intrigues du Caire nid d’espions et de Rio ne répond plus. En 1955, OSS était raciste, macho et un peu limité intellectuellement il faut bien l’avouer, et bien en 1967 il l’est toujours autant, et c’est tout le problème. En plein mouvement contestataire sixties le monde démarre une révolution des mœurs mais Hubert n’a pas évolué d’un pouce. Au cours de son investigation, il se verra contraint de collaborer avec le Mossad (services secrets israéliens) et aussi surprenant que cela lui paraisse, c’est une femme qui devient son alter-ego dans l’enquête, qui plus est une femme en pleine émancipation qui le confronte à ses valeurs démodées et qui (c’est un comble) refuse de céder à ses avances. Perdant en estime de soi, Hubert devient touchant et laisse entrevoir une certaine fragilité. En 1955, il était un modèle de masculinité, aujourd’hui il est has been. Il ne comprend absolument pas pourquoi les jeunes hippies veulent changer ce monde qu’il trouve parfait, même si ces derniers l’initient au plaisir du « faites l’amour pas la guerre », reposant les questions quant à l’homosexualité refoulée de l’agent.

Si Jean Dujardin est toujours au sommet de son art avec un jeu tout en sourcils à se tordre de rire, son OSS Girl à bien du mal à le suivre. Même si on sait que la partenaire féminine du héros sert souvent de faire-valoir (comme c’est aussi le cas pour son collègue James Bond), Dolorès manque un peu d’auto-dérision, nous apparait un peu trop maussade (maussade=Mossad … rooooooh c’est bon je sors!) mais nous permet tout de même d’entrevoir le gros potentiel de Louise Monot. Le reste du casting est rempli (comme pour le premier épisode) de « gueules » inoubliables et ayant toutes des interactions inoubliables avec notre héros.

Sur le fond, on savoure ce petit bijou d’insolence et d’impertinence car Michel Hazanavicius et Jean-François Halin ont réussi à éviter les écueils d’un numéro 2. Rio ne répond plus n’étant pas à proprement parler la suite du Caire nid d’espions, l’évolution d’OSS permet des dialogues plus fins  et transcendés de répliques savoureuses déjà promises à devenir cultes. Le comique de situation est également un ressort très utilisé par nos compères et qui atteint son apogée dans une scène comme celle de la course-poursuite au ralenti à l’hôpital, un sommet du genre!

Sur la forme, Michel Hazanavicius est bourré de références cinéphiles et ce maître de la parodie (on lui doit le cultissime et génial Grand Détournement) en fait partager quelques-unes dans son film (entre autres Vertigo, Dr. No, Sueurs Froides, La Mort aux Trousses …). Du côté de la mise en scène un travail hallucinant a été fait pour recréer toute l’esthétique sixties : les vêtements, les coiffures, les décors, la musique et même les effets spéciaux old school ont tout du kitsch qui symbolise cette époque.  Et la ville de Rio de Janeiro s’intègre complètement dans cette optique grâce à l’architecture d’Oscar Niemeyer et à des lieux cultes tels que le Christ du Corcovado ou la plage de Copacabana. La réalisation s’attarde aussi sur l’ambiance particulière de cette époque et des films qui y ont été produit, Michel Hazanavicius introduit donc un soupçon de psychédélisme dans ses images et abuse du split-screen pour un effet plus que réussi.

Bref, en évitant de resservir les mêmes ingrédients que pour le premier opus mais fourmillant de références intelligentes, Michel Hazanavicius a réussi à donner une ampleure comique rare à ce que l’on peut désormais appeler la saga OSS 117. La maîtrise du scénario et de la mise en scène lui permet d’aller très loin dans le politiquement incorrect sans que cela lui soit reproché, ce qui est aujourd’hui plus que rare dans les comédies françaises. OSS 117, Rio ne répond plus est un vrai bol d’air frais, intelligent qui plus est, et offrant à Jean Dujardin le rôle d’une icône du burlesque amené à traverser les années telle une référence en la matière. Il ne nous reste plus qu’à attendre le troisième volume des aventures d’Hubert Bonisseur de la Bath, que l’on murmure se situant en Afrique à l’aube des années 80… Je languis !

Publié par Marine Bienvenot
|28 Avril 2009 22:01

Commentaires

4 Réponses pour “OSS 117 : Rio ne répond plus”
  1. sarahcarabin dit :

    Autant j’ai trouvé le premier divertissant et rafraîchissant, autant je n’ai pas beaucoup aimé le deuxième (vraiment trop surfait, à la limite du ridicule qui tue). Alors que j’aime beaucoup Louise Monot, je la trouve complètement coincée dans son rôle de colonel, manquant effectivement d’auto-dérision. Et on sort de la séance la tête vide : rien à retenir, ce n’est que du réchauffé. Bref, j’aurais plutôt dit : « passez votre chemin, sauf si vous n’avez rien de mieux à faire. » Et si vous voulez voir une comédie, allez voir « Romaine par moins 30″, qui n’est pas un chef-d’oeuvre mais est assez dépaysant (l’histoire se déroule au Québec) et où Sandrine Kiberlain joue un rôle qui lui va comme un gant.

  2. Marine dit :

    Tout ce que tu reproches à ce deuxième volet c’est ce qu’au contraire moi je salue. Je trouve qu’au contraire les auteurs et Jean Dujardin ont réussi à faire évoluer le personnage que ce soit dans les intrigues, dans les enjeux politiques et même dans son caractère et donc dans le jeu. Effectivement on est plus dans la surenchère d’effets comiques et de running gags comme cela a été le cas (avec succès) dans Le Caire nid d’espions, mais l’écriture devient plus fine, plus intelligente aussi. Bref je trouve le film plus mûr! Et on voit les 2 films comme complémentaires, deux faces différentes d’un même personnage, c’est plutôt malin et évite la redite. Mais je comprend aussi ton point de vue, peut-être qu’en le voyant une deuxième fois tu ne chercheras pas la comparaison avec Le Caire… mais commencera à voir Rio… comme un film à part entière ? Pour Romaine par -30° on devrait le voir dans la semaine, et on te donnera un avis dans la foulée mais on part sur un a priori positif! En tout cas merci de tes commentaires et je me permets une petite question : comment nous-as tu découvert, tu connais l’un d’entre nous ?

  3. Sarahcarabin dit :

    J’ai découvert votre site par hasard en surfant, quand il en était à son tout début, car j’suis boulimique de bouquins et de films (d’ailleurs, je fais partie d’un site où l’on répertorie nos répliques de cinéma préférées).

    Ouh là, c’est peut-être dommage mais j’pense pas que je reverrais pas ce film de sitôt… Je ne trouve pas les dialogues particulièrement percutants et le thème du nazisme me gonfle (et aussi quelle idée de placer une histoire « nazie » en Amérique du Sud ?, c’est carrément pas crédible). Bref, j’ai bien peur que rien n’arrive à me faire changer d’avis… lol

  4. Marine dit :

    Ah bah c’est cool que tu nous suives depuis le début et que tu reviennes ! Très intéressant les répliques de film cultes, on en a tous.

    Juste pour clore le débat : beaucoup de nazi avaient fui l’Allemagne et même l’Europe pour se réfugier dans beaucoup de pays sud-américains, notamment le Brésil, c’est un détail historique véridique.

    En tout cas merci et see you soon !

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