Bloody Sunday à Carhaix

Moby (© A.Somvang)

Moby (© A.Somvang)

Le voilà ce fameux dernier jour, où le cerveau semble comme embrumé, trop occupé à passer outre la douleur physique et la fatigue (ouais on est vraiment très vieux!). Bizarrement c’est aussi celui dont on se rappelle le plus, celui qui marque la fin de l’aventure et les souvenirs les plus fous. Dans le désordre :  dégagement d’un couloir au milieu des festivaliers en plein concert pour courir un 100 mètres à quatre pattes, terminer son régime kebab-frites à une moyenne d’environ six pour trois jours, vivre les yeux fermés tout le concert de Francis Cabrel et par la même passer pour un aveugle auprès des festivaliers qui viennent proposer leur aide, partir dans un slam non-désiré et atterrir juste à côté d’un camarade, récupérer son crédit à minuit et appeler la terre entière pour faire profiter de Moby, retrouver votre oncle (aveugle et les genoux en sang) alors que vous ne l’avez pas vu depuis la veille au soir … j’en passe et en oublie sûrement. Tout ça pour vous dire que les Charrues ça se termine dignement : bien accompagné, avec le beau temps (enfin), le cerveau plus qu’ouvert à la (bonne) musique et les semelles trouées à force de sauter. Let’s Go!

Moby – Julien Doré – The Ting Tings – The Rakes – Francis Cabrel – Two Many DJ’s – L’Angle Mort

Julien Doré (© M.Bienvenot)

Julien Doré (© M.Bienvenot)

Sorti tout droit de la Nouvelle Star édition 2007 avec les honneurs et une sympathique petite couronne de lauriers tressée sur sa blonde et frisée chevelure, Julien Doré et plus qu’attendu au tournant. Si les reprises faites à Baltard avait lancé le buzz autour de lui et laissé entrevoir un talent certain, restait à savoir si le Doré pouvait aussi faire vivre ses propres chansons. Avec son premier album, Ersatz, il m’avait un peu décontenancé, des petites pépites mais rien de transcendant non plus. Et bien sur scène c’est pareil. Pour ses premières Charrues il a les honneurs de Glenmor en ouverture de la dernière journée, mais durant toute la première partie du spectacle, le jeune homme ne convainc pas : too much dans son personnage (et vas-y que j’escalade le mur d’amplis et que je sais pas redescendre, et vas-y que je me dandine et hurle dans tous les sens…), une musique trop lourde avec son groupe The Bash. Mais le voilà qui mixe les deux chansons qui l’ont lancé (la reprise de « Moi Lolita » d’Alizée et « Les Limites ») et Julien Doré est comme libéré. Le concert prend enfin de l’ampleur et on reconnait volontiers que la nouvelle star n’est pas là par hasard et que sa musique a tout de sincère.

Vient ensuite l’heure de la sieste de Francis Cabrel. Bon autant le dire clairement je ne pense pas être la tranche d’âge touché et visé par l’homme à la moustache, même si je connais tous ces tubes par cœur (la fameuse cassette des vacances 1994). Bon je n’ai pas été jusqu’à vivre le concert les yeux fermés (comme certains), juste assise. Humble et heureux de vivre un concert devant plus de 40 000 spectateurs (et Alain Souchon venu incognito), Francis Cabrel avoue être fier de jouer dans « un festival qui est plus connu que les gens qui y passent » et nous livre ses chansons en toute tranquillité en passant par les tubes, repris en cœur par tous et à tous âges : « Petite Marie », « Je L’aime à Mourir », « Sarbacane », « La Cabane du Pêcheur », « La Corrida », « Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai »

Par pure curiosité, nous avons lâchement abandonné l’ami Francis pour aller jeter un coup d’œil à la nouvelle formation de l’ancien guitariste de Noir Désir, Serge Teyssot-Gay, appelée L’Angle Mort. Et le choc est assez saisissant, certes la puissance de la guitare à la Noir Dez’ est bien présente, la rage des textes et de l’interprétation aussi mais ce n’est pas Bertrand Cantat au micro, ni même du rock. En effet, le guitariste est accompagné de Hamé et Casey qui scandent leurs textes avec fureur et version rap. On comprend alors totalement ce qui a pu séduire Teyssot-Gay dans le projet, tant on a l’impression de retrouver la rage de chanter et la fureur de vivre qui faisait la classe de Noir Désir. Si le côté instrumental très rock fait plutôt plaisir à entendre le rap posé dessus n’a rien d’original, même si l’on ne peut pas lui reprocher un manque de sincérité et d’énergie.

Bon à cette heure-ci le père Francis nous a quand même bien bercé, c’était sans compter sur les Ting Tings

The Ting Tings (© A. Somvang)

The Ting Tings (© A. Somvang)

pour remettre tout ce beau monde dans le droit chemin de la fête! Un concert d’anthologie où Katie White et Jules de Martino ont soulevé la foule (très dense) à coup de « That’s Not My Name », « Great DJ », « We Started Nothing », « We Walk », et l’imparable « Shut Up & Let Me Go » en fin de set pour nous achever. Katie, dont le charisme sur scène est indéniable, s’autorise même quelques mots en français : « Mon français est merdique mais tout ce que nous voulons faire, c’est vous faire danser comme des oufs !! ». Contrat plus que rempli. Et Jules l’homme-orchestre, de se faire plaisir avec des bootlegs, « Ghostbusters » par exemple. Seul petit regret, que ces grands fous aient du se contenter de Kerouac, la grande scène leur aurait été comme un gant.

Après avoir profité du coucher de soleil (et oui on y a eu droit) et d’une petite pause bien mérité après les Ting Tings, 23h sonne au clocher du coin et un duo de DJ belge arrive en lieu et place de la petite anglaise Lily Allen, qui a annulé sa venue à quelques jours du grand rush sans explication valable (autant vous dire que dans la bouche du programmateur ça signifie plus jamais de Lily Allen aux Charrues. Fuck you very much!). Bref, sur Glenmor se sont donc finalement les 2 Many DJ’s qui ont la lourde tâche de nous faire bouger au son de leurs platines. Bon pour tout vous dire, moi j’ai plutôt bu la tasse : quand ils entament avec leur propres compos ça devient très vitre lassant, mais quand par la suite ils mixent celles des autres (de Gossip à un hommage au feu Roi de la Pop), ça ressemble vite à un cour accéléré de rattrapage « les tubes musicaux des 20 dernières années à la sauce électro pour les nuls ». Barbant.

Mais alors la grosse déception de ce festival en ce qui me concerne, est arrivé juste après … à 00h sur la scène Kerouac. Les cinq dandys londoniens de The Rakes ont été loin d’être la hauteur, et pourtant j’adore ce qu’ils font (sauf le dernier album Klang) donc j’aurais plutôt eu une tendance exacerbée à l’indulgence. Loupé : les morceaux sont bâclés en moins de 3min, Alan Donohoe dont la nonchalance est la marque de fabrique semble complètement halluciné et attendre que ça se finisse (si possible sans lui), il chante faux et pas dans le rythme de son groupe qui fait pourtant tout ce qu’il peut pour rattraper le massacre, très peu d’interactions avec le public même quand résonnent « Open Book » ou « 22 Grand Job ». Bref, pour tout vous dire on est même parti avant la fin. Ça ne méritait pas plus.

Et quel final ! Vous vous dites déjà « quoi c’est la fin? l’heure du dernier concert a déjà sonné? ». Et bien oui et si la tradition est de finir (un peu comme en colo) par un temps calme, je m’attendais donc à voir arriver Moby tranquillement, un petit coucou à la foule avant de sa caler derrière ses platines et de nous faire planer avec son électro-pop. Et bien que nenni point du tout, j’irais même jusqu’à dire que je me suis mis le doigt dans l’œil et bien profond. Le divin chauve déboule à toute bringue sur la scène, guitare hurlante en bandoulière et tubes à gogo. On était d’ailleurs à chaque fois surpris de voir à chaque début de chanson un souffle venu des quatre coins de la Prairie et semblant dire : « Bon sang mais c’est bien sûr, ça aussi c’est Moby« . Se sont donc succédés « Porcelain », « Why Does My Heart Feel So Bad »Moby fait la part belle à son incroyable choriste, « Natural Blues », « We Are All Made Of Stars », « In This World », « Extreme Ways », « Lift Me Up » qui déclenche un jump ahurissant et le nouveau et calme « Mistake ». A chaque fois de grands moments de folie, d’émotion et de maîtrise par ce petit bonhomme très simple, concluant chacune des chansons par un « Merci beaucoup, merci beaucoup » en français. Je retiendrais particulièrement sa reprise de « Walk on The Wild Side » de Lou Reed où il nous fait part de son amour pour New-York et où tout le public reprend de concert les fameux « Tou tou dou tou dou… ». Un concert à la fois explosif tant le bonhomme ne se ménage pas côté chant et instruments (guitare, percus, platines pour un hommage à la French Touch), mais aussi plein de charme et de poésie. En réussissant à garder ses 50 000 spectateurs jusqu’à 2h du matin, ce dernier concert des 18è Vieilles Charrues est un succès!

A l'année prochaine (© J.Ledoux)

A l'année prochaine(© J. Ledoux)

Et bien voilà, le dernier concert achevé on écoute avec attention les directeurs et le programmateur dresser un petit bilan (positif) de cette édition où plus de 230 000 personnes se sont croisés au bar 8, au camping 10, aux toilettes sèches 4, voire même aux abords de Glenmor, Kerouac et Grall attirés par de la bonne musique. Et bien entendu, comme une tradition qu’il faut à tout prix respecter, nous applaudissons tout ensemble les 6000 bénévoles qui font des Vieilles Charrues, le plus grand festival de France, un putain de festival même! Alors voilà, tout le monde trainasse un peu, le site se vide lentement et la nostalgie gagne déjà tout le monde. Pour dire, on commence même à compter les gobelets écrasés laissés par terre afin de retarder la terrible échéance, celle du départ. Et puis voilà, on finit par se diriger vers le camping pour un dernier verre plutôt calme aux allures de bilan où ceux que nous avons rencontré ici se joignent à ceux avec qui nous sommes venus. La nuit aussi est plus calme, l’euphorie retombée (et la fatigue accumulée aidant) le réveil est plus doux, plus tard aussi. Le démontage des tentes se fait au ralenti mais il a quand même fallu qu’Eric oublie son portable dans la poche de la tente … redémontage. Après un petit pèlerinage et une minute de silence sur le lieu du GADIN (voir samedi), on remonte jusqu’à la voiture et les mouchoirs blancs s’agitent à chaque carrefours tout comme les promesses de se revoir l’an prochain et de se payer la première bière au bar 4. Et bien vous me croirez où non, mais dès qu’on a mis le contact il s’est mis à pleuvoir à torrent et ce jusqu’à Brest et jusqu’au lendemain. De là à se dire qu’il y a un Dieu des festivaliers il n’y a qu’un pas que je franchis aisément! Je finirai par vous dire que les Charrues 2009 c’était hyper top, qu’il y a eu beaucoup de surprises, de révélations et de confirmations et quelques déceptions. Que l’on repart avec l’idée d’y revenir le plus vite possible car on sait qu’on sera toujours bien reçu dans ce putain de festival! Un petit top pour terminer :

1. Izia

2. Moby

3. Charlie Winston / Ghinzu

4. Lenny Kravitz

5. The Ting Tings / Joseph Arthur & The Lonely Astronauts

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