Made in Nouvelle Vague

8 octobre 2009 par Eloïse Trouvat  
Classé dans Actualités, Cinéma

Les 400 Coups. Et Truffaut inventa Antoine Doinel.

Les 400 Coups du jeune Antoine Doinel (Jean Pierre Léaud) filmée par la caméra du cinéaste François Truffaut inflige une explosion au cinéma français. Une explosion artistique créant un cinéma d’auteur où le réalisateur impose un style classique à la poésie moderne. Contrairement à ses comparses, il surprendra, non pour son innovation formelle, mais pour sa capacité à émouvoir dans sa justesse de ton et de sensibilité. Cocteau déclarera n’avoir jamais été autant bouleversé au cinéma. Impossible donc de ne pas être attendrit devant le petit Antoine Doinel, enfant refusé, aimant les mensonges et les salles de cinéma.

Les 400 Coups de François Truffaut (1959)

A Bout de souffle. Et Jean Seberg demanda « C’est quoi dégueulasse? ».

Près de Marseille, un voleur de voitures tue un motard de la police, puis rejoint à Paris une Américaine dont il se dit amoureux. Une fin tragique l’attend. D’une histoire de voyou Jean Luc Godard crée un chef-d’oeuvre où il réinvente le cinéma, où il nourrit ce désir impertinent de faire autre chose et autrement. Personne ne sort intact d’un tel bouleversement. Ni Jean Seberg, ni Jean Paul Belmondo.Film manifeste de la Nouvelle Vague, A Bout de souffle bouscule le conformisme d’un cinéma traditionnel et en profite pour écrire quelques unes des plus belles scènes du cinéma français.

A Bout de souffle de Jean Luc Godard (1959)

Hiroshima mon amour. Une histoire d’amour dans l’Histoire.

L’ouverture de Hiroshima mon amour, premier long métrage d’Alain Resnais, est un choc visuel. Un couple fait l’amour. Seul des épaules apparaissent et ses quelques mots « Tu n’as rien vu d’Hiroshima ». Sur un texte de Marguerite Duras, Alain Resnais s’aventure dans un spectacle à l’esthétisme brutale jamais osé jusqu’ici sur les prudes écrans français. Entre mémoire collective et individuelle, Resnais vacille vers un cinéma engagé (il a notamment réalisé le documentaire Nuit et Brouillard). Ouvrant la voie à un cinéma moderne, le réalisateur réclame l’avènement d’un genre nouveau le cinéma dit « d’art et d’essai ».

Hiroshima mon amour de Alain Resnais (1959)

Le Beau Serge. Chabrol ou la passion des désirs inconscients.

Premier film de la Nouvelle Vague sur le plan formel (décor en extérieur, acteurs inconnus, petit budget), Le Beau Serge n’est pourtant pas un chef-d’oeuvre d’audaces techniques. Chabrol s’aventure à filmer l’histoire d’un jeune homme bourgeois revenant dans son village natal et découvrant l’alcoolisme de son ami d’enfance, Serge. Touché, il se pourvoit d’une mission: sauver Serge. Chabrol prend plaisir à déceler les failles de chacun, ces vices, ces désirs inconscients. Avec ce premier film, il débute une longue carrière admirable où il fait du « réalisme psychologique » sa marque de fabrique.

Le Beau Serge de Claude Chabrol (1959)

Lola. Une conte de fée à la Demy.

En pleine explosion de la Nouvelle Vague, Demy débarque avec sa folle envie de réalisme poétique et de sentiments doux et amers. Résolument créatif comme ses comparses, il se dessine un art à part de la Nouvelle Vague. Il renouvelle lui aussi le cinéma mais à sa manière. Aux antipodes des tranches de vie alors en vogue au cinéma, il filme des personnages ballottés par la complexité des sentiments. Lola, son premier court métrage, met en scène la belle Lola, chanteuse de Cabaret, qui attend le retour de son grand amour. Les mois défilent et les amants aussi. Demy filme du romanesque à l’état pur et crée un univers rêveur où le bonheur est à porter de main.

Lola de Jacques Demy (1961)

Cléo de 5 à 7. L’œil féminin de la Nouvelle Vague.

La Nouvelle Vague n’avait de féminin que son nom. Rare sont les cinéastes femmes à être entrées dans le mouvement. A vrai dire, il n’y en avait qu’une. Et une tellement unique. Agnès Varda débute comme photographe pour le TNP de Jean Vilar, dans les années 50, mais très vite le cinéma l’interpelle. Avant gardiste à sa manière, elle filme Cléo de 5 à 7, les aléas de Cléo, une chanteuse, qui s’égare durant deux heures dans les rues de la Capitale. Filmer en « pseudo temps réel », Cléo de 5 à 7 pose un regard documentariste en s’égarant dans la ville mais aussi dans la profonde vacuité de l’existence.

Cléo de 5 à 7 de Agnès Varda (1962)

Pierrot le fou. Et Godard réinvente l’amour et la vie.

Avec cette fuite vers la mer et le soleil, Godard atteint la perfection. Recherche désespérée et rimbaldienne de l’amour éternelle, Pierrot le fou dégage une vitalité jamais égalée au cinéma. La beauté surgit à chaque plan, à chaque mouvement de Marianne Renoir et à chaque mot de son Pierrot. Imprégné de références à la poésie et à la peinture, ce chef-d’oeuvre est indéniablement une contestation colorée, éclatante et vivante à l’égard d’une société française qui, à cette époque, consomme et colonise. Godard filme ce qu’il a toujours rêver de faire « quitter ce monde dégueulasse et pourri ». Une course folle vers l’Éternité rimbaldienne, subversive, et interdite, à sa sortie en salles, au moins de 18 ans.

Pierrot le fou de Jean Luc Godard (1965)

A découvrir : La Nouvelle Vague : Une génération d’acteurs (Du 23 au 18 Octobre à la Cinémathèque Française).

A lire : Que reste t-il de la Nouvelle Vague? Sous la direction d’Aldo Tassone, Stock 2003.

A voir ou revoir : Coffret 6 DVD « 50 ans de la Nouvelle Vague », StudioCanal.

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