Initials BB

26 octobre 2009 par Eloïse Trouvat  
Classé dans Expositions

« Initials BB ». Initiales mythiques et complexes. Lettres enchanteresses pour l’ancienne génération et effrayantes pour la nouvelle. Les uns ont en tête une certaine  Juliette Hardy dansant pieds nus sur une musique au rythme endiablé, véritable blasphème en 1957. Les autres gardent en mémoire une vieille femme abîmée, une ex-idole des jeunes, pestant sur les plateaux de télévision après les homosexuels, les musulmans, et hélas, tant d’autres choses encore. Il faut bien se résigner un jour ou l’autre. Accepter enfin. Se dire que la femme crée par Vadim n’est plus. Cette femme, beauté ingénue, n’existe dorénavant que sur papier glacé et vieilles bobines de films. Si l’envie vous prend de (re)découvrir l’artiste Brigitte Bardot allez donc faire un tour du côté de Boulogne-Billancourt. BB, l’icône, ouvre les portes de ses années « insouciance ».

Les Hommes préfèrent les blondes

« Ce qui comptait pour elle, ce n’était pas d’avoir du succès ou de devenir une grande actrice, mais que tout le monde soit toujours follement amoureux d’elle ». C’est ainsi que Roger Vadim définissait Brigitte Bardot. Frappants de vérité ces mots auraient pu aussi bien définir une autre icône du XXe siècle. Une autre femme en mal d’amour. Une autre blonde sur laquelle tous les hommes et toute une société fantasmaient. Ils avaient Marilyn, nous avions Bardot. Deux tornades lancées dans le cinéma et dans leurs sociétés respectives. Destin similaire? Marilyn est partie, un jour d’été 62 et Bardot s’est éloignée des projecteurs en 1973.

Le mythe Bardot se ravive l’espace d’un instant, le temps d’une expo-hommage où Henri Jean Servat dévoile la vie du sex-symbole. Vie privée et vie publique du mythe se côtoient et s’alimentent sur plus de 900 m². Les premiers pas de mannequin succèdent aux premiers pas de danseuse classique. Brigitte Bardot délaisse les ballerines pour l’amour de la caméra et celui de Vadim. Nous sommes en 1957 et Dieu créa la femme. Tendre et cruelle, Brigitte Bardot bouleverse le champ cinématographique avec un jeu bien à elle. « Moi, je joue » s’amusera t-elle a chanté quelques années plus tard. Oui, elle joue, fait des hommes son jouet préféré, collectionne les moues charismatiques, les répliques légendaires, les déhanchés frénétiques, les metteurs en scène et acteurs de renoms. Car évoquer la Bardot c’est aussi invoquer la fine fleur du cinéma français d’antan. L’exposition se plait à rafraichir les mémoires. Chez Bardot, on croise Delon, Trintignant, Gabin puis Malle, Verneuil, Godard… A travers objets personnels et costumes, le mythe Bardot se met à nu et rappelle avec malice qu’elle n’était pas la ravissante petite idiote qu’elle incarnait sur grand écran sous les yeux contemplatifs des hommes.

Et Dieu créa la femme de Roger Vadim (1957)

Le Mépris à la Bardot

En 1963, Jean Luc Godard la choisit pour incarner Camille. Une femme d’instinct qui vit de sentiments pleins et simples. Une femme prête à bafouer les codes et la morale d’une société sclérosée. La Bardot du Mépris demeure à jamais cette femme nue dans la pénombre d’une chambre à la réplique mythique (« Tu les aimes mes fesses? »). Film visionnaire, Le Mépris décelait les méandres d’un cinéma nommé désir où la femme était l’objet de tous les désirs. Brigitte Bardot était cette femme. Cette fille libre au soleil qui posait sur les plages de Saint-Tropez, arrivait en pantalon et décoiffée à l’Élysée, collectionnait les conquêtes et voyait sa vie privée étalée à chaque instant. Icône de la révolution sexuelle et de la libération de la femme avant l’heure, Brigitte Bardot était venue nous annoncer l’avènement de Mai 68. Un Ève sans le péché originel venue exploser, par surprise, la morale d’une société française bien-pensante, celle des trente glorieuses. Plus qu’un phénomène de salle obscure. Elle était phénomène de société.

Le Mépris de Jean Luc Godard (1963)

L’exposition rend hommage à ce phénomène. Elle salue l’artiste qui un beau jour, à l’aube de ses 39 ans, après 21 ans de carrière, 48 films et 80 chansons, a eu le courage de tourner le dos au Septième Art pour se consacrer à la cause animale. En cette année 1973, Bardot comme Camille, l’héroïne du Mépris, prend la fuite et refuse son statut de femme objet. BB est allée jusqu’au bout de son personnage à la liberté totale et effrénée. Elle décida seule de son propre sort. La suite chacun la connait. La magie s’arrête là, et c’est ici que commence le véritable scandale celui des opinions de Brigitte Bardot et non des courbes envoûtantes de la Bardot. Il n’empêche que le mythe demeure intact, qu’il reste dans les mémoires des années insouciantes de la France des yéyés cette femme, symbole même de toute la complexité du sexe féminin. Délicieuse ingénue impudique à l’authenticité dévastatrice, Bardot, malgré ses incartades actuelles, ne cessera jamais de fasciner notre passé, de captiver nos regards et de satisfaire nos désirs. Peut être parce que, à sa manière, elle fait partie de ces femmes qui ont révolutionné le « deuxième sexe ». Et en cela, on la remercie.

Exposition Brigitte Bardot les années « insouciance » du 29 septembre 2009 au 31 janvier 2010 (Espace Landowski, Boulogne-Billancourt)

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