Critique de S.O.S, le nouvel album de Diam’s

21 novembre 2009 par Eloïse Trouvat  
Classé dans Critiques, Musique

« Je vous emmerde » dit-elle. On peut la résumer ainsi. Une éternelle emmerdeuse. Une petite emmerdeuse très douée dont la France a besoin. Une petite nana à la verve énervée et franche. Le diamant brut est sorti de sa bulle. Après deux ans d’absence, la rappeuse Diam’s revient sur la scène française avec un nouvel album à la hauteur de son talent. Avec ce SOS, disque intime et polémique, entre clichés et vérités, Diam’s s’efface devant Mélanie Georgiades. L’interprète disparaît devant l’auteure. Une douloureuse et violente renaissance.

Diam’s dans sa bulle

En 1999, une jeune femme d’origine chypriote vient s’égarer dans un univers de mâles : le rap. La jeune demoiselle s’appelle Mélanie Georgiades mais son nom de scène sera Diam’s en référence au diminutif de « diamant », qui vient du grec adamas et signifie  » indomptable ». Petite banlieusarde ayant grandi dans une zone pavillonnaire, cette brut de femme rappe, avec des rimes indomptables habitées de fêlures intimes et de coups de poing contre une société française bien-pensante. En 2006, son troisième album Dans ma bulle la sacre star féminine du hip-hop français. Plus qu’un phénomène de banlieue, Diam’s a le mérite d’avoir touchée toutes les couches sociales du pays. Dévastée par le succès, elle ira se perdre dans l’abîme de la dépression. De ses maux, elle créera ses mots à elle, son SOS.

En guise de dossier de presse pour ce nouvel album, les médias ont reçu un étrange objet : une bouteille avec un message titré SOS. Tout est dit. L’idole de « la génération nan nan », ne veut plus avoir à faire aux journalistes. Diam’s ne désire plus parler juste rapper. Lundi dernier, sur le plateau du Grand Journal, elle est apparue l’instant d’un seul titre : L’honneur du peuple. Rien de plus ne sera accordé à la presse. Une attitude déconcertante pour les médias et le public qui relance l’éternel débat sur la valeur des mots. Peut-on rapper sans s’expliquer? Telle est la question qui reste en suspens en écoutant le nouvel opus de la jeune femme qui fut bercée trop près des rugissements de Joey Starr à l’arrière de la merco benz.

Incassable

Diam’s est la fille cachée des NTM. Une âme forte qui a pour arme le rap. Reine de la rime, elle ouvre son nouvel album par une dispute avec son double, Mélanie. L’une va au front tandis que l’autre écrit. Diam’s prend toute la place pendant que Mélanie, la sensible, se tourmente. En un titre le décor est planté. L’une est la rage, l’autre la princesse fragile. Le disque tourne en boucle autour de cette schizophrénie permanente et dévastatrice. L’artiste fait de sa souffrance sa matière première, la critique lui reproche souvent cette facilité, en commettant la légère erreur d’oublier que l’art repose en majorité sur des blessures. Les mots de la rappeuse oscillent entre les fêlures, les désirs, les angoisses et les révoltes d’une jeune femme incassable que la vie n’a pas épargné. Diam’s ne karcherise point sa vie, non, elle l’assume pleinement, et l’étale en un tour de force de 9 minutes : I am Somebody. Autobiographie rappée où Diam’s s’affirme la boss et en profite au passage pour « dégommer les médias ». « Avec du cœur, elle fait du rap » crache t-elle avec rage, et malgré quelques tubes faciles comme Peter Pan, on ne veut voir d’elle que ce rap compulsif et enragé, si rare aujourd’hui dans le paysage du rap français.

La fêlure la plus joliment exprimée de cette album n’est pas celle de la jeune femme à la vie sentimentale chaotique (SOS, Dans le noir, Cœur de bombe). Non, la fêlure du cœur est aussi douloureuse et puissante que la fêlure de sa France à elle. Diam’s chronique son pays comme dans ses précédents albums avec beaucoup de style et la rage en plus. Avec ce mélange exquis d’enthousiasme, de naïveté et de colère, elle tacle en beauté les politiques intolérants dans L’Honneur du peuple : « Ils se prennent pour qui pour vouloir faire la morale et nous faire croire que ce pays c’est des petits blonds dans une chorale ». Un titre aux allures de droit de réponse aux événements politiques actuels. Chez Diam’s, tout le monde en prend pour son grade, Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy en première ligne se prennent quelques jolies coups bien esquissés.

Avec une force incroyable, Diam’s interpelle Marianne, cette république française qui l’a laissé peu à peu sombrer, elle et ses frères à la frontière de la ville. Le message n’a pas évolué, diront certains sans avoir imaginer un instant que le message n’a aucunement les chances d’évoluer si les problèmes ne sont pas résolus. Album complexe où Diam’s notamment entre sur le terrain délicat du port du voile dans un magnifique titre baptisé Lili, SOS est un livre ouvert sur une jeune femme profondément abimé par le succès. « La vie de star est un pute » crache Mélanie. Diam’s, elle, continue à être entière et n’oublie aucunement la mission première du rap : chanter les douleurs communes d’un peuple à la dérive.

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