Filmer pour ne pas oublier

22 février 2010 par Eloïse Trouvat  
Classé dans Actualités, Cinéma, En projet

Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac préside la cérémonie commémorant le 53ème anniversaire de la rafle du Vél d’Hiv. Face à un public composé d’anciens résistants et de survivants de la Shoah, il reconnait la responsabilité de l’État français dans la déportation du peuple juif. C’est la première fois qu’un Président de la république parle ouvertement de ce crime commis par les nazis et secondé par des français. Regarder l’histoire droit dans les yeux pour ne pas l’oublier et pour ne pas la répéter tel était l’écho du discours de Jacques Chirac ce jour-là. Ce discours sera de nouveau sous nos yeux dans quelques jours avec la sortie en salle, le 10 mars prochain, de La Rafle. Un film important sur «ces heures noires qui souillent à jamais notre histoire».

Alors qu’il existe de nombreux très bons films sur la Shoah (notamment La Liste de Schindler, Le Pianiste, Nuit et Brouillard), l’événement tragique de la rafle du Vél d’Hiv’ trouve, quant à lui, très peu d’écho au cinéma. Seul Joseph Losey avec son Monsieur Klein, en 1967, s’était risqué à filmer l’inimaginable : la police française séparant les mères juives de leurs enfants dans le sombre décor du Vélodrome d’Hiver où des centaines de juifs étaient parqués avec pour destination finale les camps de la mort. Parce que relater l’histoire des 16 et 17 juillet 1942 revient certainement à pointer du doigt une certaine partie du peuple français, peu de cinéastes se sont confrontés à cette délicate mission. Il aura fallu 68 ans pour voir éclore sur grand écran un film ayant pour sujet même la rafle du Vélodrome d’Hiver.

Jo, ses copains juifs comme lui et leurs familles, apprennent à vivre dans un Paris occupé, celui de la Butte Montmartre, où ils ont trouvé refuge. Du moins le croient-ils, jusqu’à ce matin du 16 Juillet 1942, ou tout bascule… Du Vélodrome D’Hiver, au camp de Beaune-La-Rolande, de Vichy à la terrasse du Berghof, La Rafle suit les destins des victimes et des bourreaux. Cela fait maintenant quelques semaines que la bande-annonce circule sur la toile. Premiers plans sur le Montmartre des années 40, sa communauté juive, le tout sur une musique d’époque très vite détruite par l’arrivée fracassante de la police française dans la vie de ces français à l’étoile jaune. Certains ne désireront pas voir La Rafle parce que soi-disant c’est le genre de film vu et revu, schéma toujours identique et têtes d’affiches bien trop « stars à la française » (Jean Reno, Gad Elmaleh, Mélanie Laurent). Mais est-il possible de se lasser de cette histoire effroyablement honteuse? L’Holocauste a une résonance universelle, ce n’est pas seulement l’histoire d’un crime contre l’humanité, l’Holocauste est aussi l’histoire de toute l’humanité, de toutes ces persécutions de tous temps qui sévissent partout dans le monde.

Avec La Rafle, la réalisatrice Rose Bosch, ancienne journaliste, a entrepris un véritable travail d’investigation. Sous ses airs de film à devoir de mémoire, La Rafle dissimule trois longues années de documentation, de recherches intenses sur des témoignages de survivants de la Rafle du Vél d’Hiv’ et des camps de concentration. Avec l’aide de Serge Klarsfeld, célèbre avocat surnommé «le chasseur de nazi» pour avoir amené devant les tribunaux Klaus Barbie, Rose Bosch a constitué une multitude de témoignages et d’anecdotes sur le sujet. Ainsi, La Rafle retrace le parcours funèbre de la communauté juive de France à partir de personnages ayant tous réellement existés et d’événements étant tous issus de cette période trouble. Parmi cette réalité redessinée pour les besoins du film : le regard du petit Joseph Weismann, 11 ans, condamné à porter une infâme étoile jaune sur la poitrine. L’histoire contée par les yeux d’un enfant soumis aux erreurs et monstruosités des adultes a souvent, hélas, beaucoup plus de poids dans l’émotion suscitée par les images.

Entre pédagogie et émotion, La Rafle s’avère d’utilité publique. Une piqûre de rappel pour tous ceux qui ont entendu parlé un jour de ces 13 000 raflés du Vélodrome d’Hiver. Une autocritique nécessaire de notre nation dont les erreurs peuvent être à la fois universelles et intemporelles. « Qui ne connait pas cette histoire est condamné à la répéter » se plait à citer la réalisatrice dans ses interviews et il est vrai que derrière ces décors d’un passé indigne résonnent un appel à la vigilance contemporaine. Face à tout ordre immoral, il est toujours possible de faire le choix de désobéir.

Bande-annonce La Rafle

Site Officiel du film La Rafle

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