Precious, éprouvant mais sensible

24 mars 2010 par Thomas Lapointe  
Classé dans Cinéma, Critiques

En adaptant le roman Push, de la poétesse afro-américaine Sapphire engagée dans les mouvements pro-noirs et pro-LGBT, Lee Daniels livre avec Precious le récit bouleversant d’une jeune américaine de 16 ans accablée de malheurs.

C’est comme si les sept plaies de l’Amérique (ou ce que certains considèrent comme telles) s’abattaient sur la pauvre Precious : noire, pauvre, obèse, illettrée, maltraitée par sa mère, violée par son père qui lui a donné deux gosses, et séropositive. A 16 ans. On ne peut pas dire que la jeune fille part avec beaucoup d’avantages dans la vie… Virée de son lycée, la voilà qui se retrouve dans une école alternative, où, aux côtés de jeunes filles de son âge aux histoires tout aussi compliquées, elle va littéralement s’ouvrir au monde.

Precious a évidemment tout du film phénomène pleins de bons sentiments, du mélo à l’américaine au dénouement heureux qui attire les foules. Lee Daniels ne le nie pas. Cependant, si l’on pouvait s’attendre à un tire-larmes grossier et victimisant, il n’en est rien. Le film, au contraire, évite tout misérabilisme, et ce grâce à l’interprétation délicate de sa jeune comédienne, Gabourey Sidibe (nommée à l’Oscar de la meilleure actrice). Avec un naturel ingénu et une candeur stupéfiante, elle incarne cette Precious, timide et renfermée, qui se relève tant bien que mal des humiliations subies, et donne ainsi au destin de l’héroïne qu’elle incarne force et légèreté. Une interprétation d’autant plus bluffante que, dans la vraie vie, Gabourey est tout l’inverse de son personnage : une jeune fille enjouée et sans complexe qui profite de la vie.

A ses côtés, Mo’Nique, célèbre aux Etats-Unis pour ses one-woman shows et son émission télévisée The Mo’Nique Show sur la chaîne BET (Black Entertainment Television), étonne par sa prestation digne de tous les éloges (et de tous les prix : Oscar, BAFTA et Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rôle) : tour à tour enragée ou blessée, elle est incroyable dans ce rôle de mère violente persuadée que sa fille est responsable des malheurs qui lui arrive et qu’elle mérite sa colère. Quant à Mariah Carey, embauchée deux jours avant le tournage pour remplacer au pied levée Helen Mirren, elle est méconnaissable et touchante dans ce rôle d’assistante sociale dépassée par ce qu’elle entend.

Si la réalisation parfois racoleuse qui hésite entre une forme de réalisme social et des échappées oniriques n’est pas une réussite, il n’en reste pas moins une ode à la vie éprouvante mais sensible, qui vaut avant tout pour le talent de ses actrices plus que pour ses qualités cinématographiques. N’est pas non plus Spike Lee qui veut.

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