Alice au Pays du sommeil
On connait tous l’histoire d’Alice au Pays des Merveilles, conte complètement délirant écrit par Lewis Carroll (Charles Lutwidge Dodgson de son vrai nom) et publié en 1865. De l’ouvrage initial, à la saveur gentiment barrée (encore que…), on peut attendre plus que des étincelles de sa rencontre avec l’univers si particulier de Tim Burton. Pari réussi ?
Autant le dire clairement : la réponse est non, le pari est totalement raté.
Alice est un blockbuster bas de plafond où ne brillent que quelques réussites un peu secondaires : une Helena Bonham Carter complètement folle et un choix plutôt avisé dans les textures. Pour le reste, Burton nous ressort les poncifs traditionnels de la 3D (avec parfois même un manque de visibilité flagrant : dans certaines séquences l’oeil a clairement du mal à suivre), fait des choix qui rappellent outrageusement ceux de Cameron sur Avatar (notamment l’arrivée Alice arrive au Pays des Merveilles). Hors Burton le scénario est proche de l’indigence (elle vient, n’y croit pas, y croit, gagne parce qu’elle y a cru, repart, et applique les leçons apprises dans « la vraie vie »), réussissant le formidable contre-exploit à rendre cette histoire ennuyeuse, et les personnages sont trop convenus pour que l’on s’y attache (y compris la Reine de Coeur, incroyablement prévisible dans les erreurs qui vont conduire à sa chute). Comble du comble, l’interprétation de Johnny Depp (quoique réussie) manque d’originalité et rappelle furieusement son Jack Sparrow de Pirates des Caraïbes. Un peu comme si le dernier représentant de « l’esprit burtonien » quittait lui aussi le navire (si vous me permettez…).
De cet Alice se dégage une impression assez nette de faire face au produit d’une équipe en complet pilote automatique : Burton semble continuer à se complaire dans tous les projets « faciles » auxquels il s’attache depuis déjà trop longtemps, la partition d’Elfman se limite, comme à son habitude, à son traditionnel (bien que grandiose) main title, et comme dit plus haut même Depp semble ailleurs. Or, même si les compositeurs 3D de Sony Pictures Imageworks ont clairement du talent, on sort de la salle avec l’impression décevante, frustrante et récurrente que Burton leur a laissé les clés de son projet, sans trop se soucier du reste.
Ne soyons cependant pas trop durs : Alice est un divertissement correct. Mais est-ce vraiment ça, le cinéma de Tim Burton ?










