The Ghost Writer, thriller politique hitchcockien

30 mars 2010 par Thomas Lapointe  
Classé dans Cinéma, Critiques

Roman Polanski revient sur le devant de la scène, cette fois-ci pour des raisons cinématographiques, avec The Ghost-Writer, un thriller politique contemporain adapté du roman de Robert Harris. Une vraie réussite.

Ghost-writer. Littéralement « écrivain fantôme », ce qui, traduit en français, donne « nègre littéraire ». Et signifie tellement moins que l’expression anglaise. Car dans le film de Polanski, Ewan McGregor, qui endosse ce rôle de double invisible, tient plus du fantôme que du nègre. Engagé pour terminer d’écrire les mémoires d’un ancien Premier ministre britannique, Adam Lang, il remplace son prédécesseur, retrouvé noyé. Pour se faire, il se rend sur une île soumise aux quatre vents, au large de la côte Est des Etats-Unis, dans une villa-bunker en bord de mer. De quoi trouver le temps et le calme nécessaire pour s’entretenir avec l’ancien ministre et s’atteler au travail de réécriture. Mais c’est sans compter sur les révélations portées devant la Cour Pénale Internationale par un ancien collègue de Lang qui l’accuse d’avoir aidé les Etats-Unis à perpétrer des actes de torture au nom de la lutte contre le terrorisme. L’occasion rêvée pour lui de se lancer, grâce aux quelques documents laissés par son prédécesseur, dans une enquête sur le passé trouble de l’ancien ministre, et la mort mystérieuse du précédent ghost-writer. S’ensuit une plongée dans les secrets et les hypocrisies des arcanes de la politique.

Grâce à un scénario brillant, une mise en scène élégante et des acteurs impeccables, Polanski réalise un thriller parfait, terriblement hitchcockien. La sobriété de la réalisation et la froideur de métal de l’image renforcent l’efficacité de la narration et font de ce enquête psychologique ambigüe un suspens magistralement orchestré. Polanski renoue ici avec ses angoisses et ses thèmes de prédilection et livre un récit aux résonnances troublantes. En raison des accusations portées devant la Cour pénale internationale, Adam Lang ne peut quitter le sol américain pour se rendre dans un pays qui reconnaitrait cette juridiction. Tout l’inverse du réalisateur qui ne peut plus remettre les pieds aux Etats-Unis en raison des accusations que l’on connait à son encontre. De même, les similitudes entre Adam Lang et Tony Blair sont troublantes, à l’heure ou l’ancien résident de 10 Downing Street doit se justifier devant la commission Chilcot sur son intervention en Irak aux côtés des Etats-Unis.

Pour incarner cette inquiétante mécanique, Polanski a fait appel à un quatuor d’acteurs talentueux : Ewan Mc Gregor en nègre littéraire plus nerveux que jamais, Pierce Brosnan en homme politique à la classe irréprochable mais aux angoisses bien réelles, Olivia Williams en épouse au double jeu troublant, et Kim Cattrall en assistante à la position inconfortable. Avec The Ghost-Writer, Polanski réussit un coup de maître et redonne ses lettres de noblesses au thriller politique. Une vraie leçon de cinéma.

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