Le Spleen de Dame Camélia
8 avril 2010 par Eloïse Trouvat
Classé dans Critiques, Musique
Personne n’a pu oublier la petite Camélia Jordana, jeune fille de 17 ans, au style ravissant et vintage, qui enflamma le pavillon Baltard à chacune de ses prestations lors de l’édition 2009 de La Nouvelle Star. Hélas, il arrive parfois que les petites perles découvertes par les télé-crochets échouent à quelques mètres seulement du podium. Ce fut notamment le cas de la douce Camélia à la voix rocailleuse, éliminée en demi-finale. Elle aurait pu être zappée, comme la majorité des candidats issus de cette télévision à la recherche de soi-disant chanteurs, mais le destin en a décidé autrement. Alors que le printemps pointe son nez, Camélia Jordana émerge avec fracas dans la presse (qui se l’arrache) et tourne en boucle sur nos tourne-disques (qui l’adorent). Il faut dire que le spleen n’a pas de saison attitrée…
Les histoires d’amours finissent mal en générale
Premières impressions : la pochette du premier album de Camélia Jordana semble issue d’un autre siècle. Décor automnale déprimant, petite fille assise en marge du monde cultivant des maux communs à tous les êtres de passage sur cette maudite planète depuis des siècles… Dame Camélia n’a point l’air très joyeuse, c’est une évidence vu sous cet angle. Il faut dire qu’à son âge, on ne peut chanter que des histoires de garçons et de filles. Or, tout le monde est censé savoir que les histoires d’amour finissent mal en général, et font souvent de très jolies chansons dont l’oreille a beaucoup de mal à se lasser.
Drôle d’adolescente au look old-school (ce qui lui avait valu bien des comparaisons, peu élégantes, avec l’héroïne Ugly Betty), Camélia Jordana profite de ce premier opus pour esquisser son personnage de fille, gentiment en marge, avec des titres évoquant sa solitude voulue (Non Non Non) et son côté antipathique mais attachant (J’étais une fille). Telle une Françoise Hardy des années 2000, elle baigne dans l’ivresse d’un spleen incandescent et parle de tous les garçons et les filles de son âge. Les paroles frôlent parfois la mièvrerie, mais l’interprétation sauve la mise en rappelant avec tact que quand il s’agit de parler de Cupidon, et des tourments qu’il inflige, il est bien rare de ne pas évoquer quelques banales stupidités. Parmi elle, Lettera. Son piano lancinant et son incessant « mon amour tu me manques » laisse présager le pir
e. Mais c’est mal connaître la demoiselle qui n’est jamais celle que l’on croit et déjoue avec malice les pièges de la fille un peu bidon. Magnifique complainte tragédienne, Lettera s’avère au final l’un des plus touchant instant de l’album. Une émouvante plainte de cœur où l’ex-candidate de La Nouvelle Star interpelle son amour perdu : « Regarde-moi en saltimbanque, en putain de la télé ». Les mots sont crus, modernes et crachés avec le cœur et les tripes d’une jeune fille abîmée.
On est pas sérieux quand on a 17 ans
Entre douceur et spleen, kleenex épuisé et mascara qui coule, Camélia Jordana livre une quinzaine de titres démontrant l’éclectisme de ses goûts musicaux et offre, une nouvelle fois, une palette complète de son savoir-faire chanté. Sur la scène du pavillon Baltard, elle avait fait chavirer les cœurs sur des titres divers et variés de Bonnie Tyler à Carla Bruni en passant par Britney Spears ou Amy Winehouse. Ici, elle fait de même en mariant à merveille des airs jazzy, twist ou french touch avec les signatures haut de gamme de Mathieu Boogaerts ou Babx. Imprévisible et impossible à caser, la belle brouille les pistes des genres musicaux avec talent.
Cette ado branchée et à contre-sens ouvre son album éponyme avec un tube potentiel. Un Non Non Non, commun à toutes les filles de sa génération. Marre d’être in et trendy, des sorties au Baron et des verres qui s’enchainent. Camélia ne veut pas prendre l’air et ne veut surtout pas l’oublier. Elle préfère aller mal, trainer, manger que dalle et surtout écouter Barbara (ce qui est quand même à la fois super classieux et super cliché pour la fille sortie k.o du ring sentimental). D’une sincérité amusante, ce premier titre en touchera plus d’une. La novice prodige produit ainsi avec ce titre une petite bulle ultra-vitaminée, déprimée dans ses mots mais débordante de vitalité par ses sonorités très yéyé, digne d’un classique de Salut les copains. Le reste de l’album sera à l’image de cette jeune fille en fleur, voix lasse des choses de la vie, tantôt blessée d’être Tombée de haut ou tantôt amusée des affres de l’adolescence. Une Camélia Jordana aux airs de diva moderne, qui à peine majeure, rêve de la vie d’avant, des temps des soupirs et des soupirants. Une jolie adolescente donc, qu’il faudra impérativement suivre à l’avenir!
Clip du premier extrait de l’album de Camélia Jordana : Non Non Non (Ecouter Barbara)









