Les Héroïnes de l’étrange Monsieur Besson

21 avril 2010 par Eloïse Trouvat  
Classé dans Actualités, Cinéma

Ces dernières années, son nom était souvent associé à ses activités de producteur. Des activités controversées par la critique de cinéma mais incontestablement saluées dans les salles par le grand public. Aujourd’hui, Luc Besson réendosse son premier costume, celui qui l’a consacré dans les années 80. Réalisateur des très attendues Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec, adaptées de la célèbre bande dessinée de Tardi, il revient sur le grand écran ce mois-ci pour le plus grand plaisir des amateurs de sa griffe visuelle et si personnelle. Une véritable marque de fabrique créé par un jeune homme ambitieux et désireux de voir les femmes prendre le pouvoir dans des films d’action réservés à la très stéréotypée gente masculine. De Subway, son premier succès, aux Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec, le maître des superproductions à la française a esquissé son idéal féminin. Des héroïnes en marge d’un cinéma d’hommes qui se débattent, avec leur force physique et de caractère, dans un monde néfaste et dominé par les mâles.

SUBWAY (1985)

L’Histoire : Après avoir dérobé des documents compromettants, Fred (Christophe Lambert) se réfugie dans les entrailles d’un monde fascinant et agité, celui du métro parisien. Excentrique et hirsute, le jeune homme, maître chanteur talentueux, tombe fou amoureux de la belle Héléna (Isabelle Adjani) qui n’est autre que sa victime…


L’Héroïne : Deuxième long-métrage et premier succès, Subway instaure de suite la passion de Luc Besson pour les êtres en marge de la société. Dans les bas-fonds de la capitale, il offre à Isabelle Adjani, alors star confirmé du cinéma français, un rôle à part dans sa filmographie grandiloquente. Jeune femme richissime éprise d’un voyou qui se moque des convenances, elle apparaît dans cet univers, flirtant autant avec la SF que le polar, comme un être hautement mystérieux et au charme déluré. Prise de risques majeures donc pour Besson qui fait de l’actrice une héroïne complexe grâce à laquelle il dessine une première esquisse de son idéal féminin cinématographique : être doux et frêle en apparence et d’une force de caractère incroyable.

NIKITA (1990)

L’Histoire : Droguée, délinquante et responsable d’une fusillade sanglante, la jeune Nikita (Anne Parillaud) est condamnée à la perpétuité. En prison, elle fait la rencontre d’un mystérieux Bob (Tchéky Karyo), qui la contraint à travailler secrètement pour le gouvernement. Après quelques rébellions et plusieurs années d’entraînement intensif, Nikita devient un agent hautement qualifié des services secrets, capable de tuer de sang froid ses cibles…

L’Héroïne : Important succès en salle, Nikita glane 9 nominations aux Césars en 1991. Le seul César remporté sera celui de la meilleure actrice pour Anne Parillaud, alors compagne de Luc Besson. C’est en pleurs qu’elle le remerciera pour le rôle fabuleux de Nikita, meilleure rôle de toute sa carrière et le plus éprouvant certainement. Dans un univers « clipesque », sur la musique du fidèle Eric Serra, l’actrice se donna entièrement à l’univers ultra-violent et stylisé de Besson. Entre hystérie et paranoïa captivante, Nikita crache sa haine des autres et d’elle-même à chaque plan notamment lors de la scène inaugurale. Le spectateur se trouve alors captivé par cette héroïne d’un temps nouveau, indéniablement meurtrière mais attachante. Chaque séquence provoque l’angoisse soudaine de voir ce corps dépourvu de toute féminité sombrer à jamais. Animée par une marginalité et une instabilité incandescente, elle se positionne à l’opposé des héroïnes traditionnelles : elle ne joue pas de sa beauté pour y arriver mais au contraire de sa force physique et de sa hargne à l’égard du monde.

LEON (1994)

L’Histoire : Un tueur à gages répondant au nom de Léon (Jean Reno) prend sous son aile Mathilda (Natalie Portman), une petite fille de douze ans, seule rescapée du massacre de sa famille. Bientôt, Léon va faire de Mathilda une « nettoyeuse », comme lui. Et Mathilda pourra venger sa famille…


L’Héroïne : Avec son look à la Jodie Foster dans Taxi Driver, la petite Mathilda aura marqué les esprits du grand public et des cinéphiles avertis. Accompagné de son très fidèle Léon, la fillette déambule dans Big Apple et utilise les leçons du «nettoyeur» pour venger sa famille. La plus jeune des héroïnes de Luc Besson puise dans les classiques du cinéaste à savoir la personnalité perturbée d’une Nikita et le charme naturel d’une Leeloo (Le Cinquième Élément). Forte, intelligente et précoce, la gamine, interprétée alors par la très prometteuse Natalie Portman, offre au cinéma de Luc Besson l’émotion pure qui lui manquait.

LE CINQUIEME ELEMENT (1996)

L’Histoire : Au XXIIIeme siècle, dans un univers étonnant et ultra-moderne où tout espoir de survie est impossible sans la découverte du cinquième élément, un héros peu ordinaire (Bruce Willis) affronte le mal aux côtés d’une jeune femme dotée d’étranges facultés baptisée Leeloo (Milla Jovovich). Leur but ultime? Sauver l’humanité.

L’Héroïne : Film incontournable dans la filmographie du réalisateur, Le Cinquième Élément, film de SF à la sauce Besson est devenu cultissime, tout comme son héroïne : la douce Leelou. Dans un univers cyber-punk à la modernité extravagante et aux faux-airs de Métal Hurlant, Leeloo tombe du ciel et échoue dans le mythique taxi jaune de Korben Dallas (Bruce Willis). Marginale car considérée comme l’être suprême, Leeloo s’inscrit dans la continuité des héroïnes captée par la caméra de Besson. Le cinéaste la filme dans une humanité déshumanisée tel un ange lâché dans un monde de brutes aux physiques monstrueux. Avec ses cheveux rouges qui viennent subtilement pimentés son doux visage, Leeloo se ballade en tenue (presque) d’Ève (conçue par Jean-Paul Gauthier) dans les artères d’un monde voué au Mal, comme le montre cette scène d’une rare intensité où elle tente de rattraper 3000 ans d’histoire. Une histoire mondiale faites de haines, de guerres et de génocides qu’elle observe le visage en larmes. Le visage de l’être parfait, la gardienne de la vie venue pour sauver l’humanité. Le visage d’un idéal féminin sauvage et sauveur érigé par un Besson au sommet de son art.

JEANNE D’ARC (1998)

L’Histoire : L’épopée de Jeanne d’Arc (Milla Jovovich) qui assista, petite fille, au pillage de son village Domremy par l’armée anglaise. On la suit de sa jeunesse pieuse où des voix l’engagent à délivrer la France de la domination anglaise à sa victoire à Orléans, jusqu’à son procès final et sa mort sur le bûcher, le 30 mai 1431.

L’Héroïne : Deux ans après Le cinquième Élément, Luc Besson s’attaque à une héroïne mythique. Un personnage historique aux étrange points communs avec les héroïnes du cinéaste. Qui l’aurait imaginé : Jeanne D’Arc chez Besson? Personne et pourtant il l’a fait. Avec stupéfaction, le spectateur découvre une Jeanne d’Arc ancêtre de la petite Mathilda de Léon. La filiation des deux jeunes femmes s’élabore par un choc lié à l’enfance. Impuissante face à l’assassinat de toute sa famille, Mathilda se réfugie auprès de Léon. Impuissante face à la mort, puis au viol de sa sœur, Jeanne d’Arc, elle, se réfugie auprès de Dieu. De ces deux traumatismes de l’enfance, les deux héroïnes ressortent avec une hargne sans faille. Une combativité démesurée qui les façonne à devenir des héroïnes. Besson façonne sa Jeanne d’Arc comme un personnage en marge, pucelle et guerrière, qui soudainement fait figure de manifeste contre la guerre. Comment Dieu aurait pu mener au combat cette femme alors qu’il l’avait prévenu de son « Tu ne tueras point ». Telle est la question posée par Besson à travers le charisme impressionnant de cette héroïne d’un autre temps. Une héroïne seule contre tous encore une fois.

ANGEL-A (2005)

L’Histoire : André (Jamel Debbouze) a emprunté de l’argent aux mauvaises personnes et ne peut les rembourser. Au bout du rouleau, il s’apprête à se jeter dans la Seine quand il rencontre une jeune fille blonde prête à commettre le même geste : Angela (Rie Rasmussen). Elle lui dit qu’elle va l’aider…

L’Héroïne : Comme le titre l’indique, Angel-A est un ange «tombé du ciel» comme elle aime à le rappeler. Comme Leeloo dans Le Cinquième Élément, elle est venue sur terre pour faire le bien. Le bien ici doit se gagner par André (Jamel Debbouze). Angel-A a pour but de lui ouvrir les yeux sur la vie et sur ce qu’il est réellement. En attendant que le petit malfrat change, elle hante la pellicule accompagnée d’une autre héroïne magnifiquement capté par l’œil de Besson : une ville, une capitale, Paris en noir et blanc, belle comme jamais. Ces deux héroïnes à la beauté étonnante, Paris plus belle ville du monde et Rie Rasmussen mannequin au charme troublant déjà remarqué chez De Palma, confèrent à la filmographie de Besson une insouciance inconnue jusqu’ici. Le spectateur se plait ainsi à suivre les déambulations insouciantes d’un duo improbable dans un Paris propice à l’imagination et savoure cette pause paisible dans le cinéma d’action de Besson. Angel-A malgré sa plénitude, se rapproche des héroïnes du réalisateur. Comme Leeloo, derrière sa beauté angélique se dissimule habilement une aptitude au combat, un combat où elle se doit de sauver l’Homme.

LES AVENTURES EXTRAORDINAIRES D’ADELE BLANC-SEC (2010)

L’Histoire : En cette année 1912, Adèle Blanc-Sec (Louise Bourgoin), jeune journaliste intrépide, est prête à tout pour arriver à ses fins, y compris débarquer en Égypte et se retrouver aux prises avec des momies en tous genres. Au même moment à Paris, un œuf de ptérodactyle a mystérieusement éclos sur une étagère du Jardin des Plantes, et l’oiseau sème la terreur dans le ciel de la capitale. Pas de quoi déstabiliser Adèle Blanc-Sec, dont les aventures révèlent bien d’autres surprises extraordinaires…


L’Héroïne : Adèle Blanc-Sec, la dernière héroïne de Luc Besson, est issue de l’univers de la bande dessinée. Rendue célèbre par le coup de crayon de Tardi dans les années 70, elle semble ici parfaitement à son aise dans un univers sombre et pétillant du Paris de la Belle Époque. En digne héritière de ses consœurs bessonnienne, Adèle possède la rage de vaincre dans un monde tenu par des hommes à la stupidité affligeante. Besson l’a conçu comme une femme de son temps. Nous sommes en 1912, les corsets, les robes et les froufrous sont encore de rigueur, Adèle les utilise mais préfère de toute évidence son arrogance délicieuse, son sens exquis de la répartie et son panache hors du commun pour se tirer des situations les plus rocambolesques. Elle est de loin, la plus forte des héroïnes créé par le cinéaste : elle dompte un ptérodactyle, sauve un Président et se débat dans un univers d’hommes, le tout en jupon! Loin de la noirceur ambiante et violente, d’un Léon ou d’une Nikita, cette Adèle Blanc-Sec ne cherche aucunement la vengeance mais la découverte miracle (ici pour sauver sa sœur d’une maladie incurable). Entre un Tintin en quête d’aventures et un Indiana Jones à la recherche d’objets précieux, cette Adèle s’observe avec les yeux ébahis de l’enfance. Ceux où l’on reste à jamais séduit par les exploits extraordinaires d’une héroïne.

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