Copie conforme, un troublant jeu de miroirs
29 mai 2010 par Thomas Lapointe
Classé dans Cinéma, Critiques
En mettant en scène une rencontre entre un homme et une femme sous le soleil de Toscane, le cinéaste iranien Abbas Kiarostami quitte, avec Copie Conforme, sa terre natale et nous offre une troublante comédie de faux-semblants pour laquelle Juliette Binoche a reçu un prix d’interprétation à Cannes cette année.
Lui, britannique, est un brillant essayiste. Elle, française, tient une galerie d’art. Il est invité à parler de son dernier ouvrage. Elle vient l’écouter et le rencontrer. Le temps d’une journée, leur rencontre dans cette Toscane illuminée semble être une nouvelle version du Voyage en Italie de Rossellini, où l’on parle aussi bien français, anglais qu’italien. Un postulat universel dont Kiarostami se sert pour réaliser une réflexion inspirée sur l’art et le cinéma, sur les relations entre l’original et la copie, entre la réalité et la fiction.
Car c’est d’abord à deux inconnus qui se rencontrent pour la première fois qu’on semble avoir à faire. Puis, lorsqu’une femme les prend pour mari et femme, les voilà qui jouent le couple marié depuis 15 ans. Ou peut-être est-ce bien un couple marié depuis 15 ans qui auparavant rejouait leur première rencontre… Nul ne sait, et à la limite peu importe. Ce doute vertigineux introduit par Kiarostami n’en rend que son film plus intéressant et désarmant à la fois. Car le cinéma du maître iranien est bien un monde d’illusions, un jeu sur les apparences, qui mêle intelligemment légèreté et drame.
Pour se faire, sa mise en scène fluide et délicate entretient un mystère grâce à de longs plans-séquences qui se concentrent sur le parcours sentimental de ses personnages, dans la lumière de Toscane sublimée par le directeur de la photographie Luca Bigazzi (Il Divo).
Pour incarner ce duo amoureux, le baryton William Shimmel, brillant débutant au cinéma, que Kiarostami avait déjà mis en scène dans l’opéra de Mozart Cosi Fan Tutte au festival d’Aix-en-Provence. Mais surtout Juliette Binoche, auréolée du prix d’interprétation à Cannes, magnifique de justesse et de luminosité, d’étonnement et de sensualité, qui s’investit entièrement dans ce personnage et dans ce film et dont le talent sans limite traduit avec subtilité l’évolution des sentiments. C’est à un fascinant jeu de masques que Kiarostami nous invite.











Je l’ai vu y’a 2 jours et je reste partagée :
- troublée, effectivement, par ce revirement de situation à la moitié du film, que l’on ne comprend pas vraiment.
- touchée par le jeu de Juliette Binoche, l’universalité de ces situations (début et fin d’une histoire) et par la dureté et le cynisme des relations humaines mises en scène.
Moi, je trouve justement que c’est ce revirement le plus intéressant dans le film (qui en plus semble lui redonner de l’intérêt à un moment où ça s’essouflait un peu). J’aime cette idée que Kiarostami, en tant que maître à bord, instille ce grand doute sur ce qu’est la réalité et la fiction… A mon avis, il y a derrière cela une vraie réflexion (presque philosophique) sur le pouvoir des images. Comme disait la critique du Monde : Kiarostami nous rappelle que nous sommes face à du cinéma et nous amène à voir au-delà des images