When You’re Strange : la légende de Big Jim continue

8 juin 2010 par Eloïse Trouvat  
Classé dans Actualités, Cinéma

Il a vécu moins longtemps que le Christ mais plus que James Dean. Idole des seventies, avec son déhanché sulfureux et sa musique psychédélique, il s’est vu sacrifié, lui aussi, sur l’autel de la jeunesse et de ses idées déraisonnables. Il fut très certainement à cette époque la peur de nos grand-parents, l’idole de nos parents et puis il reste sans nul doute un mythe dans nos petits esprits désillusionnés de gosses des nineties. Ce type est une légende comme seul le rock sait nous en servir et que le cinéma aime à sortir de ses cartons de temps en temps. Sur le grand écran mercredi prochain, la légende se nomme Jim Morrison et se donne tout entière une nouvelle fois, pour le plus grand plaisir des passionnés comme des novices des Doors, dans le When You’re Strange de Tom DiCillo.


En 1991, l’acteur Val Kilmer prêtait ses traits au personnage de Jim Morrison dans l’autobiographie psychédélique du groupe phare des années 60 : The Doors. Oliver Stone réalisait alors un biopic tumultueux à l’image du leader du groupe, le mythique Jim Morrison. Une vingtaine d’année plus tard, les chanteurs de rock cultes sont devenus des personnages parfaits pour faire tourner le monde des biopic (et les caisses avec). Pourtant ces artistes, que les mémoires ne sont pas prêtes d’oublier, n’ont point besoin d’un quelconque biopic, où une pâle copie d’acteur s’évertue à les mimer, pour faire survivre leur mythe. Jim Morrison n’a besoin de personne pour exister dans les mémoires, sauf de lui-même…

Dans ses dernières années de vie, le leader des Doors s’est amusé à tourner des images ici et là de sa gloire, de sa déchéance, de sa vie de groupe et de sa solitude. Avec ces images inédites et bien d’autres, Tom DiCillo ouvre la porte sur l’inconnu et le connu. Deux notions chères à Jim Morrison qui baptisa son groupe en hommage à un livre d’Aldous Huxley, Les Portes de la perception. L’artiste justifiant son choix par sa volonté d’être cette porte vers la perception : «Il y a le connu. Il y a l’inconnu. Et entre les deux, il y a la porte, et c’est ça que je veux être» déclarait-il. Ainsi le documentaire slalome entre ces deux endroits que Jim Morrison a côtoyé tour à tour : l’ombre et la lumière, l’intimité et la scène, la poésie et les frasques. Ce When You’re Strange n’échappera certainement pas à la linéarité du documentaire sur l’épopée des Doors. Naissance du mythe, apothéose et déchéances par l’alcool et le sexe viendront certainement alimenter le récit impressionnant de l’histoire du groupe . Destin commun à bien d’autres groupes de rock mythiques…

Les Doors possèdent toutefois ce petit plus indémodable. Petit plus de sexe, de drogues, de légende et de rock’n'roll, ce petit plus d’être coincés dans une époque bien trop étroite pour cette envie soudaine et utopique de liberté absolue qui secoua alors la jeunesse américaine. Aussi, des années plus tard, des années après la disparition de Morrison et de cette soif absolue de liberté, on ne peut être qu’agité à son tour en observant les images d’archives que nous livre la formidable bande-annonce de When You’re Strange de Tom DiCillo. Des premières images digne d’un exaltant road-movie à l’américaine, didactique et poétique, où un Jim Morrison abimé, gras comme son idole (un certain Elvis), le cheveux long et ébouriffé, roulant dans le désert américain, vers un inconnu, pire ou meilleur, nous apprendrait ce que c’est la vraie vie!

Avec la fougue propre à sa jeunesse, il y déclare tel un fantôme à jamais présent : «Si les portes de la perception étaient nettoyées, tout apparaitrait à l’homme tel que c’est : infini». L’infini du mythe qui ne peut mourir dans les oubliettes du star système. L’infini d’une Amérique toute paumée entre le conservatisme de sa guerre du Vietnam et la soif de liberté -sexuelle et idéologique- qui l’anime. Enfin le talent infini d’un mythe nommé Jim Morrison conté ici par la voix d’un fan absolu, un Johnny Depp au rôle de narrateur épatant, qui est fin prêt en ce mercredi 9 juin, à nous faire devenir des «Riders on the storm» («passagers de la tourmente»), le temps d’un documentaire, et de faire résonner en nous une énième fois les préceptes de Big Jim : «The world on you depends. Our life will never end» («Le monde ne dépends que de toi. Jamais notre vie ne finira.»). Message parfaitement reçu, Jimmy

Site Officiel du documentaire When You’re Strange

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