Séries noires

12 septembre 2010 par Marine Bienvenot  
Classé dans Actualités, Cinéma

Il est de ces périodes où le sort s’acharne. On dit le sort, mais il ne s’agit en fait que d’une succession de coïncidences, l’ordre des choses reprenant les affaires en main en quelque sorte. J’aurais pu appeler cet article L’été meurtrier car après Bernard Giraudeau, Bruno Cremer et Alain Corneau, c’est aujourd’hui le grand Claude Chabrol qui nous quitte.

Le Beau Serge, La Femme Infidèle, Le Boucher, Violette Nozière, La Cérémonie et plus récemment La Fleur du Mal, L’ivresse du pouvoir ou bien encore La Fille coupée en deux. Autant de films qui ont fait de Claude Chabrol, ancien critique aux Cahiers du Cinéma et précurseur avec Truffaut et Rivette de La Nouvelle Vague, un maître du cinéma français.

Véritable portraitiste des vicissitudes de la bourgeoisie, qu’elle soit parisienne ou provinciale, Chabrol séduisait le grand public grâce à ses polars extrêmement bien ficelés (Les Fantômes du Chapelier, Poulet au Vinaigre), à ses portraits de femmes de caractère (Betty, le plus beau rôle de Marie Trintignant, Une affaire de femmes, Merci pour le chocolat) mais aussi, et peut-être surtout, grâce à sa propre personnalité. Bon vivant, épicurien, facétieux et fidèle dans le travail, Claude Chabrol avait su créer sa propre famille de cinéma. On y retrouvait bien entendu Jean-Claude Brialy (ils avaient débuté ensemble avec Le Beau Serge), Stéphane Audran dont il a partagé la vie pendant de nombreuses années, Jean Poiret, Michel Bouquet, François Berléand ou bien Benoît Magimel. Mais on retient surtout sa relation filmique avec Isabelle Huppert qu’il avait révélé dans Violette Nozière en 1978 et qu’il retrouvait régulièrement pour des sommets de cinéma.

Réalisateur prolixe, on lui doit plus de 60 films, souvent proches d’une véritable étude sociale. Et dire que l’on parle aujourd’hui d’un cinéma, d’une ambiance chabrolienne. Le voilà déjà entré dans le langage courant.

Après Giraudeau, Corneau et beaucoup d’autres, c’est au tour de Chabrol de tirer sa révérence. Le cinéma français perd encore une de ses étoiles, un de ses monstres sacrés, un de ses admirateurs les plus fervents, un de ses plus fidèles contributeurs. C’est la loi des séries. Des séries noires.

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