Hitch, rencontre théâtrale entre deux grands cinéastes
5 février 2011 par Thomas Lapointe
Classé dans Théâtre
Dans une mise en scène toute cinématographique, Sébastien Grall revient sur la rencontre entre Alfred Hitchcock et François Truffaut. Un grand moment de cinéma. Et de théâtre.
Hitchcock (Joe Sheridan) et Truffaut (Mathieu Bisson) © Fabienne Rappeneau
Avec Hitch, les deux journalistes et auteurs de la pièce, Alain Riou et Stéphane Boulan, réalisent le rêve de tout cinéphile : assister à la rencontre au sommet entre deux monstres sacrés du cinéma. D’un côté, le jeune réalisateur français de la Nouvelle Vague et critique aux Cahiers du cinéma, François Truffaut. De l’autre, celui qu’on connait aujourd’hui comme le maître du suspense mais qui à l’époque n’était pas reconnu par ses compatriotes américains, Alfred Hitchcock. Nous sommes en 1962, le premier, trente ans, a déjà trois films à son actif (Les 400 Coups, Tirez sur le pianiste et Jules et Jim) ; le second, soixante-trois ans, met la dernière main à son 48e long-métrage, Les Oiseaux. Dans les bureaux new-yorkais d’Universal doit se tenir le premier des entretiens qui constitueront au final le livre de référence de tout amoureux du cinéma, le Hitchbook.
De ce moment d’anthologie dans l’histoire du septième art, les deux auteurs ne font pas qu’une simple retranscription du dialogue passionné et passionnant qui a eu lieu entre ces deux spécialistes du cinéma, comme cela a pu être le cas, l’année dernière, de la rencontre radiophonique entre Ferré, Brel et Brassens, mise en scène au Café de la Gare. Ils nous font, au contraire, entrer dans les coulisses de cette première conversation, et lui inventent une sorte de préambule, au moment où les deux hommes se rencontrent et cherchent à s’apprivoiser, sous la forme d’un amusant thriller tout ce qu’il y a de plus hitchcockien.
Car là est tout l’intérêt de la pièce : la confrontation bornée et la fascination réciproque entre deux caractères, magnifiquement (ré)incarnés, jusque dans la (troublante) ressemblance physique. Mathieu Bisson joue un Truffaut fougueux et maladroit, plein d’admiration et d’appréhension, qui connait son Petit Hitchcock sur le bout des doigts, comme un enfant qui cherche à tout bien faire pour plaire à son « idole ». Face à lui, Joe Sheridan campe un Hitchcock plus débonnaire et désinvolte que jamais, qui se dérobe aux questions, reste silencieux devant les analyses, et préfère dévier sur une bonne blague plutôt que de jouer le jeu de l’entretien, donnant au passage quelques sueurs froides au jeune Truffaut. Entre les deux personnages s’installe une étrange relation faite de répliques acérées et de chausse-trappes auxquels le personnage d’Alma Hitchcock (excellente Patty Hannock) vient apporter du relief. Malicieuse et manipulatrice, madame Hitchcock n’a aucune gêne à intervenir dans la conversation à la place de son mari, nous donnant quelques idées sur la place qu’elle a pu tenir dans la carrière du réalisateur.
Pour mettre en scène ce dialogue truffé d’anecdotes réelles et parfaitement documenté (mais nul besoin d’être un spécialiste pour l’apprécier !), Sébastien Grall, réalisateur et scénariste qui fait ici ses débuts au théâtre, fait le choix de la sobriété, laissant la part belle au texte et au jeu des acteurs, avec tout de même quelques jeux de lumière et décors presque cinématographiques.
Entre la comédie et la leçon de cinéma, Hitch ressuscite une rencontre captivante. A poursuivre par la lecture des entretiens Hitchcock/Truffaut !
Hitch d’Alain Riou et Stéphane Boulan – Mise en scène de Sébastien Grall
Avec Joe Sheridan, Mathieu Bisson, Patty Hannock et les voix de Féodor Atkine et Thomas Chabrol. Théâtre du Lucernaire – Jusqu’au 10 avril










