Quai d’Orsay, Chroniques Diplomatiques : dans la cour des grands…

6 février 2011 par Eloïse Trouvat  
Classé dans Livres

Vous rêvez de découvrir les coulisses des secrets d’État, des débats qui façonnent le visage du monde de demain ? Quai d’Orsay, Chroniques Diplomatiques vous donne ce privilège. Entrez dans la cour des rois et petits princes du monde actuel, les ministres et leurs fidèles troupes de conseillers. Découvrez cette atmosphère unique et électrique où l’avenir du monde se joue sans cesse. Un voyage offert par l’excellent scénario d’Abel Lanzac et le dessin de Christophe Blain.


« Je vous confie la chose la plus importante : le langage ». C’est sur ces mots très éloquents que Alexandre Taillard de Vorms accueille le tout nouveau tout beau Arthur Vlaminck au sein de son équipe ministérielle. Fraîchement diplômé de l’ENA, Arthur est un homme rêveur et passionné, qui se retrouve propulsé du jour au lendemain dans l’ombre du grand Alexandre, empereur des mots mais surtout ultra-médiatique Ministre des Affaires Étrangères. Un titre qui a la classe pour cet homme politique animé par le langage et l’action, poète à ses heures perdus et… homme insaisissable. Arthur a pour travail l’écriture des discours de l’homme politique le plus charismatique du gouvernement. « Tu vas être le scribe du pharaon » lui demande sa petite amie moqueuse, avant de préciser : « Tu sais que les scribes étaient des esclaves ? ». Une petite précision qui ne sera pas du goût de notre jeune premier : « On est à la veille de la troisième guerre mondiale, et ce mec a un vrai feu, une vraie passion ! ». Un feu, une passion que les belles bulles et les ébouriffants traits de Quai d’Orsay, Chroniques Diplomatiques vont venir éclairer…

Esprit tout puissant d’un célèbre Ministre

Bon inévitablement cet Alexandre Taillard de Vorms vous rappelle vaguement quelqu’un. Petit indice : il a la mèche rebelle et le phrasé éloquent, il doit sa gloire à un discours mythique à l’ONU (celui qui parlait d’un « vieux continent ») et à un procès nettement moins élégant sur le dos. Alors, réfléchissez un peu : un grand, un beau, avec un nom à rallonge… Réponse : Dominique de Villepin, le seul, l’unique croqué à merveille par Blain et Lanzac aussi parfait dans la forme que sur le fond. De case en case, Dominique de Villepin alias Alexandre Taillard de Vorms débarque comme une furie, passant de bureau en bureau, de situation en catastrophe diplomatiques tel un super-héros dont l’action diplomatique est la drogue. Esprit tout puissant, guerrier d’un nouveau temps, ce personnage se construit comme un être insaisissable, comme à vrai dire le reste de ses troupes tapies dans l’ombre toujours sur le qui-vive, prêtes à agir pour éviter à chaque instant « la catastrophe » diplomatique.

Son crédo à Alexandre c’est : légitimité, lucidité, efficacité. La sainte trinité des concepts diplomatiques qu’il tente en vain de faire entrer dans le crâne de ces chers conseillers à grands coups de gestes improbables et de « Tchac ! Tchac ! Tchac ! ». Dans ces Chroniques Diplomatiques, où l’on a aussi bien à affronter les chinois que les russes, en passant par l’inévitable méchant des années 2000 le terrorisme, pas une minute de pause, pas de répit entre chaque vignette. Les portes claquent et les mains se serrent à la va-vite, la montée d’adrénaline se ressent dans chaque dessin. Ces hommes de pouvoir sont sans cesse pressés de résoudre les problèmes du monde… qui sont au final leurs propres problèmes. Car en ces lieux tout n’est question que de réussite personnelle : la belle promesse d’une carrière au sommet si les conflits sont résolus.

Rendez-vous avec l’histoire… ou sa carrière politique

Alexandre Taillard de Vorms est séduisant, charismatique, ironique, mais il n’en reste pas moins grandement énigmatique. Christophe Blain a bâti ce sosie de Dominique de Villepin comme un colosse aux larges épaules, à la mèche rebelle et aux mains imposantes, mais contrairement au reste de son équipe les yeux de l’homme d’État sont dépourvus de toute bille ronde, de ce regard sincère dont est doté le petit nouveau Arthur ou le Prix Nobel de la Paix invité à déjeuner. Non, Alexandre Taillard de Vorms a pour regard ce grand trait, toujours froncé, qui se mélange si bien avec son vaste front, comme s’il était incapable de regarder les autres en face, l’actualité en face, comme s’il fonçait tête baissée coûte que coûte pour sauver l’honneur de la patrie et de ce grand monde à la dérive. « Nous avons rendez-vous avec l’histoire » répète t-il sans cesse, et si au fond cette phrase ne dissimulait pas tout son égoïsme, son désir d’ascension comme tout bon politique qu’il est censé être ?

« Les gens sont cons ils n’ont pas le temps de réfléchir » explique le ministre au petit nouveau. Pas faux. Les cons en question sont ces technocrates en inertie, préférant de loin la logique de la réussite à celle de l’humain. Énervant ou attachant ,il se démène à 100 à l’heure, à mille idées la seconde, mille désirs aussi, c’est cette montée d’adrénaline que dessine le scénario de Lanzac à la perfection. « Un bon discours c’est un discours dont on se souvient, explique le ministre à ses hommes . Vous avez lu Tintin ? Vous vous en souvenez ? Pourquoi vous vous en souvenez à votre avis ? Parce que Tintin ce sont des enjeux énormes. Tintin c’est de la musique. Tintin c’est une symphonie » et bien pour ces Chroniques Diplomatiques en direct du prestigieux Quai d’Orsay c’est la même chose, la même action que celle du plus célèbre des reporters immortalisé par Hergé. Une incroyable symphonie visuelle se dégage de ces chroniques grâce à un rythme bluffant qui marque par son sens de la répartie et sa fureur d’agir. Qui parle aussi aux lecteurs parce que, hélas, comme l’explique Alexandre, ce discours amène inévitablement à la vérité face à laquelle on doit tous ouvrir les yeux : la débâcle du monde moderne et de ses ententes diplomatiques.

Quai d’Orsay, Chroniques Diplomatiques de Blain&Lanzac (Dargaud)

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