Black Swan, ballet vertigineux et violent, intense et bouleversant

8 février 2011 par Marine Bienvenot  
Classé dans Cinéma, Critiques

Un mois et demi. C’est peu ou proue le temps qu’il m’aura fallu avant de pouvoir mettre des mots sur l’expérience qu’aura été la projection de Black Swan de Darren Aronofsky. Et les premiers qui me sont venus à l’esprit sont toujours les mêmes aujourd’hui : sublime, génie, performance. Chef d’oeuvre.

En seulement 5 films, Darren Aronofsky a d’ores et déjà su prouver qu’il avait tout d’un grand. Il compte effectivement à son palmarès rien de moins qu’un film culte générationnel et décadent (Requiem For A Dream), une ode fantastique et romantique (The Fountain) ou bien encore un chemin de croix vers la rédemption (The Wrestler). Et donc la réputation (justifiée) d’être un auteur ambitieux et un réalisateur audacieux. Autant dire que Black Swan, le prochain sur la liste, était fort attendu.

Le New York City Ballet, déjà théâtre de rivalités constantes, voit celles-ci exacerbées par la création d’une relecture du Lac Des Cygnes par son ambigu directeur, Thomas Leroy (Vincent Cassel, presque bon, presque classe, presque intéressant), et la recherche de la ballerine capable de jouer les deux facettes, opposées, du rôle principal. Une scène d’ouverture monumentale de maîtrise, étourdissante de beauté et la question n’est plus à poser : nous allons bel et bien voir l’un des sommets de cinéma de 2011, Black Swan peut commencer.

Avec ce film, Aronofsky poursuit son exploration de la souffrance comme passage obligé pour parvenir au sommet de son art. Là où Randy « The Ram » dans The Wrestler préfère s’auto-détruire physiquement plutôt que de renoncer au catch qui l’a toujours fait vivre, Nina Sayers, la ballerine de Black Swan, va aller jusqu’au bout d’elle même pour incarner, voire devenir ce Cygne Noir qui lui semble inaccessible, si loin de ce qu’elle est vraiment. Terrifiée à l’idée d’échouer, de ne pas réussir à sortir d’un carcan dans lequel l’a enfermé sa mère (Barbara Hershey, étouffante), Nina se doit de sortir ce qu’elle a de plus sensuel, de plus charnel afin d’incarner ce Cygne Noir que la nouvelle et intrigante recrue Lily (Mila Kunis, magnétique) semble plus à même d’interpréter. Entre thriller horrifique et drame intimiste, Aronofsky s’amuse à perdre son spectateur. La jeune femme perd-elle effectivement pied face à la pression? Subit-elle les travers d’un esprit malade ? Cherche-t-on à la rendre folle? Le doute s’installe et Aronofsky de brouiller les pistes, de nous perdre, de nous rattraper, de nous accrocher.

Darren Aronofsky s’inspire entre autres de Cronenberg et des Chaussons Rouges de Michael Powell et rend hommage à deux des plus grands films claustrophobes de tous les temps : Suspiria de Dario Argento et surtout Le Locataire de Roman Polanski. Au travers de nombreux effets de styles (parfois redondants mais toujours justifiés) tels que l’abondance de jeux de miroirs pour marquer la dualité, un son bourdonnant et perturbant, la symbolique du noir et du blanc pour la tentation et la pureté,  il jette un pont entre le cinéma horrifique des années 70 et le sien. Black Swan saura en effet vous étourdir de beauté mais aussi vous faire trembler d’effroi et sursauter de surprise. Quant à la partition de Tchaïkovsky, qui rythme le film d’un bout à l’autre, elle est intensifiée par la relecture du fidèle Clint Mansell de façon à ce qu’à peine sortie de la salle, le thème rejaillisse dans votre tête pour ne plus vous quitter.

De tous les plans, des plus troublants aux plus éprouvants, Natalie Portman donne vie à Nina dans ses souffrances, ses doutes, sa schizophrénie et ses moments de grâce. Black Swan sera sans doute le rôle de sa vie, un rôle taillé sur mesure pour celle qui a sacrifié à la rudesse de la danse ses ambitions de simple actrice en effectuant elle même la grande majorité des chorégraphies. La caméra d’Aronofsky ne la quitte jamais, surplombant toujours les épaules de Nina, nous laissant ainsi suivre ses pas. Si tout au long du film la performance de Portman est hallucinante d’ambivalence, de charme, de perfection, le dernier acte du film la rend carrément ahurissante. Intenses, brillantes, usantes, ces 20 dernières minutes achèveront d’envoyer valser toutes vos certitudes pour ne retenir qu’une chose : ce Black Swan, porté par Darren Aronofksy, Tchaïkovsky et Natalie Portman, est un ballet bipolaire et multisensoriel, vertigineux et violent, intense et bouleversant. Une expérience de tous les instants. Un chef d’oeuvre, définitivement.

Commentaires

6 Réponses pour “Black Swan, ballet vertigineux et violent, intense et bouleversant”
  1. Florence Desprez dit :

    Ce que c’est stupide ce genre de commentaires (Vincent Cassel, presque bon, presque classe, etc.). Que cela vous plaise ou non, c’est l’un des meilleurs acteurs français, et de la classe, il en a à revendre. La rédactrice de cet article est presque intelligente, presque pertinente, presque intéressante.

  2. Marine Bienvenot dit :

    Je ne fais ici qu’énoncer un avis personnel. Je n’ai pas d’affinités particulières avec le jeu d’acteur de Vincent Cassel, cela ne m’empêche pas de l’avoir particulièrement apprécié dans Black Swan. Et si le commentaire que j’ai fait est « stupide », vous le reprenez pourtant à votre sauce pour m’insulter. Classe. Que cela ne vous empêche néanmoins pas d’intervenir dans les pages du site, vos commentaires seront toujours lus et pris en compte. Merci et à bientôt.

  3. Contrairement à ce que certaines mauvaises langues ont pu écrire, par ailleurs 1) en s’arrêtant à un détail 2) en passant à côté de l’essentiel 3) avec un sens de la cohérence personnelle que je n’envie franchement pas, je trouve moi que cette critique est juste exceptionnelle. Chapeau-bas l’amie !

  4. Meryl S. dit :

    effectivement, Vincent Cassel, dans Black Swan, est n’est pas « l’un des meilleurs acteurs français », il est bon, sans être vraiment intéressant… Dommage. Et n’en déplaise à Florence D.

  5. Bill dit :

    Je suis tout à fait d’accord avec cette vision du film qui je le trouve également est un aboutissement de tout le travail d’Aronofsky. 9a donne envie ! y’a pas un tite bande annonce?

  6. Marlène dit :

    Chouette critique, bel article Marine, En effet la musique ne nous quitte plus une fois sorti du ciné. Et les frissons ne me lâche pas à chaque fois que j’y repense. Un film exceptionnel.

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