Comment Le Discours d’un Roi a tué les Oscars

28 février 2011 par Marine Bienvenot  
Classé dans Actualités, Cinéma

PHOTOS © TODD WAWRYCHUK / A.M.P.A.S.

Branchez magnétophones, magnétoscopes, webcams et autres stéthoscopes (ben oui pourquoi pas?) car je m’apprête à faire une déclaration qui, il y a moins de 72h, n’aurait jamais trouvé sa place dans ma bouche : la cérémonie des César fut plus réussie que celle des Oscars. Et ceci autant du point de vue du show que du palmarès trop convenu, là où nous, français, avons enfin fait preuve d’audace. James Franco et Anne Hathaway à la présentation, Le Discours d’un Roi en vainqueur absolu et dans les deux cas des déceptions et des incompréhensions insurmontables. Quel gâchis!

Si Anne Hathaway a fait ce qu’elle a pu pour sauver le spectacle avec deux numéros chantés/dansés et quelques traits d’humour, elle avait fort à faire pour sortir James Franco de sa torpeur. L’acteur, qu’il soit trop stressé par sa propre nomination ou juste désintéressé, n’a mis aucune bonne volonté à faire de cette cérémonie un show à la hauteur de l’évènement. Et c’est sûrement au moment où Billy Crystal, légende de la présentation des Oscars, entre en scène que l’on se dit que oui, définitivement, c’était mieux avant.

Quant au palmarès, avec 4 récompenses majeures, il est mené par le très académique Discours d’un Roi. Si l’on ne peut lui renier l’Oscar du Meilleur Acteur remis à Colin Firth (même si mon choix se serait plutôt porté vers le phénoménal Jesse Eisenberg), le reste de ses récompenses dépasse l’entendement. Comment taxer le film de meilleur scénario original alors qu’il relève à la fois de l’anecdote historique, d’une obscure pièce de théâtre et qu’il a en face de lui le scénario le plus ambitieux de ces 10 dernières années (oui, Inception) ? Comment lui offrir le statut de meilleur film, lui d’un classicisme forcené, face à l’ingéniosité du même Inception, à la poésie de Toy Story 3, au statut de film générationnel de The Social Network ou encore à l’ambition de Black Swan ? Comment permettre à Tom Hooper d’entrer au Panthéon des meilleurs metteurs en scènes lorsque sa réalisation frise l’ennui et qu’un génie tel que David Fincher n’a encore jamais été récompensé malgré des oeuvres telles que Se7en, Zodiac ou L’étrange histoire de Benjamin Button ? A n’en pas douter l’Académie marche sur la tête ou bien s’est gravement pris les pieds dans le tapis.

Malgré tout, on restera particulièrement enthousiastes des prix d’interprétations de l’inoubliable et indiscutable Nina Sayers – Natalie Portman, du charismatique Dicky Eklund – Christian Bale et de l’enthousiaste Alice Ward – Melissa Leo, seuls prix indiscutables de la soirée. On saluera les 4 prix techniques d’Inception et le mérite de Christopher Nolan à assister à la cérémonie alors même qu’on le relègue au fond de la salle. On sourira en se rappelant du numéro de charme et de cabotinage de Kirk Douglas, 95 ans, plus enthousiaste que toute la jeune garde réunie. On essayera d’oublier que les frères Weinstein peuvent faire gagner même la pire des bouses, que l’hommage aux disparus a eu lieu sur du Céline Dion, que Gwyneth Paltrow a tenté de pousser la chansonnette, qu’aucun frenchie n’est monté sur scène cette année, que Banksy n’a pas eu l’occasion de dérider l’assistance et de créer le buzz en dévoilant enfin son identité (même s’il ne l’aurait probablement pas fait), que Matthew McConaughey a forcé sur les U.V, que Robert Downey Jr. est marié … On essayera d’oublier que l’Académie a perdu de sa superbe. Que Le Discours d’un Roi a tué les Oscars.

MEILLEUR FILM

  • 127 Heures de Danny Boyle
  • Black Swan de Darren Aronofsky
  • The Fighter de David O. Russell
  • Inception de Christopher Nolan
  • The Kids Are All Right de Lisa Cholodenko
  • Le discours d’un roi de Tom Hooper
  • The Social Network de David Fincher
  • Toy Story 3 de Lee Unkrich
  • True Grit de Joel & Ethan Coen
  • Winter’s Bone de Debra Granik 

MEILLEUR REALISATEUR

  • Darren Aronofsky pour Black Swan
  • Joel & Ethan Coen pour True Grit
  • David Fincher pour The Social Network
  • Tom Hooper pour Le Discours d’un roi
  • David O. Russell pour The Fighter 

MEILLEUR ACTEUR

  • Javier Bardem dans Biutiful
  • Jeff Bridges dans True Grit
  • Jesse Eisenberg dans The Social Network
  • Colin Firth dans Le Discours d’un Roi
  • James Franco dans 127 Heures 

MEILLEURE ACTRICE

  • Annette Bening dans The Kids Are All Right
  • Nicole Kidman dans Rabbit Hole
  • Jennifer Lawrence dans Winter’s Bone
  • Natalie Portman dans Black Swan
  • Michelle Williams dans Blue Valentine 

MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND ROLE

  • Christian Bale dans The Fighter
  • John Hawkes dans Winter’s Bone
  • Jeremy Renner dans The Town
  • Mark Ruffalo dans The Kids Are All Right
  • Geoffrey Rush dans Le Discours d’un Roi 

MEILLEURE ACTRICE DANS UN SECOND ROLE

  • Amy Adams dans The Fighter
  • Helena Bonham-Carter dans Le Discours d’un Roi
  • Melissa Leo dans The Fighter
  • Hailee Steinfeld dans True Grit
  • Jacki Weaver dans Animal Kingdom 

MEILLEUR SCENARIO ORIGINAL

  • Another Year de Mike Leigh
  • The Fighter de David O. Russell
  • Inception de Christopher Nolan
  • The Kids Are All Right de Lisa Cholodenko
  • Le Discours d’un Roi de Tom Hooper

MEILLEURE ADAPTATION

  • 127 Heures de Danny Boyle
  • The Social Network de David Fincher
  • Toy Story 3 de Lee Unkrich
  • True Grit de Joel & Ethan Coen
  • Winter’s Bone de Debra Granik

MEILLEURE MUSIQUE

  • John Powell pour Dragons
  • Hans Zimmer pour Inception
  • Alexandre Desplat pour Le Discours d’un Roi
  • A.R Rahman pour 127 Heures
  • Trent Reznor & Atticus Ross pour The Social Network

MEILLEUR FILM ETRANGER

  • Biutiful réalisé par Alejandro Gonzalez Inarritu
  • Canine réalisé par Yorgos Lanthimos
  • Hors-La-Loi réalisé par Rachid Bouchareb
  • Incendies réalisé par Denis Villeneuve
  • Revenge réalisé par Susanne Bier

MEILLEUR FILM D’ANIMATION

  • Dragons de Chris Sanders
  • L’Illusionniste de Sylvain Chomet
  • Toy Story 3 de Lee Unkrich

MEILLEUR FILM DOCUMENTAIRE

  • Faites le mur ! réalisé par Banksy
  • GasLand réalisé par Josh Fox
  • Inside Job réalisé par Charles Ferguson
  • Restrepo réalisé par Tim Hetherington et Sebastian Junger
  • Waste Land réalisé par Lucy Walker

MEILLEUR COURT METRAGE

  • The Crush de Michael Creagh
  • The Confession de Tanel Toom
  • God Of Love de Luke Matheny
  • Na Wewe de Ivan Goldschmidt
  • Wish 143 de Ian Barnes

MEILLEUR SON

  • Lora Hirschberg, Gary Rizzo et Ed Novick pour Inception
  • Paul Hamblin, Martin Jensen et John Midgley pour Le Discours d’un Roi
  • Jeffrey J. Haboush, William Sarokin, Scott Millan et Greg P. Russell pour Salt
  • Ren Klyce, David Parker, Michael Semanick et Mark Weingarten pour The Social Network
  • Skip Lievsay, Craig Berkley, Greg Orloff et Peter F. Kurland pour True Grit

MEILLEURE PHOTO

  • Matthew Libatique pour Black Swan
  • Wally Pfister pour Inception
  • Danny Cohen pour Le Discours d’un Roi
  • Jeff Cronenweth pour The Social Network
  • Roger Deakins pour True Grit

MEILLEUR MONTAGE

  • Jon Harris pour 127 Heures
  • Andrew Weisblum pour Black Swan
  • Pamela Martin pour The Fighter
  • Tariq Anwar pour Le Discours d’un Roi
  • Kirk Baxter et Angus Wall pour The Social Network

MEILLEURS COSTUMES

  • Colleen Atwood pour Alice aux Pays des Merveilles
  • Antonella Cannarozzi pour Amore
  • Jenny Beavan pour Le Discours d’un Roi
  • Sandy Powell pour La Tempête
  • Mary Zophres pour True Grit

MEILLEURS DECORS

  • Robert Stromberg et Karen O’Hara pour Alice aux Pays des Merveilles
  • Stuart Craig et Stephenie McMillan pour Harry Potter et les reliques de la mort – Part 1
  • Guy Hendrix Dyas, Larry Dias et Douglas A. Mowat pour Inception
  • Eve Stewart et Judy Farr pour Le Discours d’un Roi
  • Jess Gonchor et Nancy Haigh pour True Grit

MEILLEURS EFFETS VISUELS

  • Ken Ralston, David Schaub, Carey Villegas et Sean Phillips pour Alice aux Pays des Merveilles
  • Tim Burke, John Richardson, Christian Manz et Nicolas Aithadi pour Harry Potter et les reliques de la mort – Part 1
  • Michael Owens, Bryan Grill, Stephan Trojansky et Joe Farrell pour Au-Delà
  • Chris Corbould, Andrew Lockley et Peter Bebb pour Inception

Commentaires

Une Réponse pour “Comment Le Discours d’un Roi a tué les Oscars”
  1. tomtom dit :

    S’il fallait tenter de trouver une explication, peut^-être faudrait-il voir du côté de la « leçon d’histoire » que donne le film, qui fait d’un personnage inconnu une sorte de héros, alors que sa place réelle dans l’histoire est minime. Mais bon, un roi anglais face à Hitler, qui tente de surmonter ses difficultés pour le bien du pays. C’est typiquement une histoire pleine de valeurs très américaines. et une façon pour les Américains de se trouver des racines chez les cousins british
    et tout ça quitte à falsifier totalement l’histoire (le frère du roi et même Churchill étaient amis d’Hitler…) comme l’explique un très bon article du Guardian (qui n’est plus en ligne)
    c’est vrai que ce n’est pas vraiment le propos du film, mais sachant que le film se nourrit d’histoire, difficile de passer à côté…

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