127 heures, tape-à-l’oeil et énervant
3 mars 2011 par Thomas Lapointe
Classé dans Cinéma, Critiques
Un peu plus de deux ans après Slumdog Millionaire et ses huit Oscars, Danny Boyle revient avec 127 heures, un soi-disant « leçon de survie » qui a de quoi énerver.
Adapté du récit autobiographique d’Aaron Ralston, 127 heures met en scène l’excursion dans les gorges de l’Utah d’un amoureux des grands espaces, qui se transforme en virée cauchemardesque quand son bras se retrouve pris au piège d’un rocher qui vient de s’écrouler. Oui, oui, 127 heures, c’est bien le temps que le jeune homme a du passer coincé à cause du maudit caillou (rassurez-vous, le film ne dure que 90 minutes), avant de prendre la décision de… ah non, pardon, parait qu’il faut pas spoiler…
Pour mettre en scène ce fait divers qui se veut une « leçon de survie » (bon, là, déjà, il y a de quoi discuter), Danny Boyle ressort son costume de réalisateur-clipper au style inventif et halluciné qui ont fait les beaux jours de Trainspotting ou de Slumdog Millionaire. Mais si dans ce dernier cas, cette boulimie visuelle avait pour but de retranscrire la frénésie des mégalopoles indiennes (quoique, là encore, Boyle a le don de transformer en conte de fées une réalité bien plus sordide), celle-ci s’avère ici complètement hors de propos. Incapable de se concentrer sur son sujet, sans doute par une peur démesurée d’ennuyer son spectateur (après tout, voir un mec coincé par un rocher pendant 127 heures, ça n’est pas passionnant), Danny Boyle déploie toute une panoplie de tics saisissants, parfois virtuoses, mais totalement tocs pour mettre en image, les sensations, souvenirs, tourments et hallucinations de son personnage. Et cela, comme à son habitude, à grands renforts d’images clinquantes, d’un montage épileptique et d’une musique un rien tonitruante signée A.R. Rahman. Certains y verront sans doute des trésors d’inventivité visuelle à l’efficacité saisissante, pourtant Boyle ne fait qu’aligner une esthétique publicitaire bling-bling complètement déplacée par rapport à son sujet, le tout n’ayant pour but que de bluffer le spectateur (même s’il est vrai qu’il y a du culot de sa part d’avoir réussi à imposer aux producteurs hollywoodiens une fin d’une si extrême violence). Mais au final, on est bien loin du huis clos claustrophobe qu’aurait pu être ce film, qui frise le ridicule avec cette façon de filmer terriblement énervante.
En comparaison, Buried, de Rodrigo Cortes, qui traite exactement du même sujet (un homme, coincé, qui tente de s’en sortir), semble réussi : pendant une heure et demie, Cortes parvenait à maintenir une tension palpable sans jamais sortir sa caméra du cercueil dans lequel était enfermé son personnage. On est bien loin de l’hyperactivité tape-à-l’oeil de Boyle.
S’il ne fallait retenir qu’une chose de ces 127 heures, c’est bel et bien la prestation prodigieuse de James Franco, qui, en portant tout le film sur ses épaules, montre peut-être pour la première fois qu’il n’est pas qu’une belle gueule hollywoodienne, mais un vrai acteur de talent (Gus Van Sant l’avait déjà pressenti avec Harvey Milk). Pour le coup, en plus d’une nomination aux Oscars cette année, ce film marquera sans doute un tournant dans sa carrière. Tant mieux pour lui.











Je trouve cette critique pas du tout assumée. pourquoi mettre deux sur quatre à un film qui apparemment n’a pas du tout plu au rédacteur. Ca voudrait dire : » on n’aime pas mais on met deux parce que c’est Boyle »…
Tant qu’à écrire et dire qu’on n’a pas aimé autant assumer la note en mettant 0 ou 1, ou alors soulever plus efficacement les point positifs qui justifient cette note.
Et pour ma part, j’ai largement préféré 127 heures à Slumdog. Mais je vais pas m’étendre le débats n’est pas sur ce sujet.
Hormis tout ça, le site est génial
Sillia, tu n’a pas entièrement tort, j’ai moi-même hésité à mettre 1 plutôt que 2. Seulement, voilà, au fond je ne pense pas que 127 heures soit un mauvais film en soi, je pense surtout que sa réalisation est terriblement agaçante et souvent hors-de-propos et qu’elle a malheureusement tendance à occulter ce qu’il peut y avoir de bon.
En tout cas, nulle envie de ma part de mettre 2 uniquement parce que « c’est Boyle ». Je préférerai te dire que j’ai mis 2 parce que c’est James Franco ! Car c’est bien lui le vrai point positif du film, qui joue énormément à son efficacité !
Alors il faut mieux le dire dans l’article qu’en réponse de commentaire, parce que du coup, le 2 n’en est un qu’avec votre intervention. Et je suis d’accord pour Franco.
Pour prendre la « défense » de mon collègue Thomas, j’ajouterais que la note ne doit pas être prise « telle quelle » : en tant que rédacteur, et je pense que Thomas sera de mon avis, il est parfois (pour ne pas dire souvent) problématique de fixer une note, surtout pour des œuvres aussi ambivalentes (excellentes à certains égards, franchement médiocres à d’autres). De fait l’important n’est pas cette donnée arithmétique, qui peut (dans mon cas) être très fluctuante d’un moment à l’autre, mais bien le contenu textuel de la critique. C’est ce qui demande le plus d’effort, et ce qui apporte la plus-value la plus essentielle. C’est en tout cas mon (modeste) avis sur la question.
À bientôt sur Mediacult !