Elizabeth Taylor, disparition d’une légende

23 mars 2011 par Marine Bienvenot  
Classé dans Actualités, Cinéma

On le connait tous cet âge d’or hollywoodien. Cette période bénie où les acteurs imprégnaient la pellicule plus qu’à n’importe quelle autre, car ils vivaient plus qu’ils ne jouaient. Qu’ils n’interprétaient pas mais incarnaient. Qu’ils souffraient plus que de raisons et nous apparaissaient ainsi intouchables, mythiques. Légendaires. Ils s’appelaient James Dean, Marilyn Monroe, Paul Newman, Montgomery Clift, Audrey Hepburn, Marlon Brando… Et au firmament des icônes, la dernière des étoiles vient de les rejoindre, Dame Elizabeth Taylor.

C’est d’abord à ses yeux, d’un violet presque surnaturel que sa pudeur s’obstinait à décrire comme bleus, que la plupart d’entre nous doivent leur premier souvenir de Liz Taylor. Mais ne l’appelez pas Liz, ceux qui l’apprécient savent qu’elle préfère Elizabeth. Femme pressée, cette enfant star n’attend qu’une chose : des rôles où son « regard d’adulte » ne paraîtra plus déplacé. Il y eut bien sûr Fidèle Lassie (1943), Le Grand National (1946), Les Quatre Filles du Dr March (1949) ou bien encore Le Père de la Mariée de Vincente Minelli (1950), mais ces interprétations de femmes qu’elle attend depuis toujours n’arrivent que lorsqu’elle atteint l’âge de 17 ans. Il suffit alors de deux films pour la consacrer comme la nouvelle icône d’Hollywood : Une Place au Soleil (1951), sur le tournage duquel elle rencontre Monty Clift (leur amitié amoureuse, contrariée par l’homosexualité du jeune homme, durera toute leurs vies) et Géant (1956), grande saga pétrolière dont elle partage l’affiche avec le solaire James Dean.

Mais c’est à Tennessee Williams qu’elle doit d’être entrée au panthéon des plus grandes actrices du monde. C’est en effet dans des adaptations tirées de ses pièces qu’Elizabeth Taylor trouve deux de ses plus grands rôles : Soudain l’été dernier et surtout La Chatte sur un toit brûlant dans lequel elle incarne une femme délaissée par son mari (Paul Newman). Une passionnée qui aime même si c’est pour souffrir. Comme dans sa vie ? Certainement, car cette réputation de croqueuse d’hommes, l’actrice l’assume et va même jusqu’à en rire lorsque, alors même qu’elle a été mariée huit fois, elle déclare : «Le mariage, c’est comme le menu des restaurants : il faut attendre la digestion pour savoir si on a fait le bon choix.»

Mais l’amour, le vrai, celui qu’elle recherche depuis toujours, elle le trouvera auprès de son partenaire dans le mythique Cléopâtre de Joseph L. Mankievicz, Richard Burton. Ils vivent une passion dévorante, destructrice, salvatrice, qui les lient pendant près de 15 ans, de séparations en réconciliations, se refusant à se quitter, ne cessant de s’aimer. Jusqu’à ce que, fatigués… Mais ne retenons pas de ces amants terribles uniquement d’avoir défrayé la chronique. Si Cléopâtre s’est avéré un four commercial au moment de sa sortie, il permet à Burton d’entrer dans le carré d’or d’Hollywood même si la profession refuse par 7 fois de le récompenser de l’Oscar du meilleur acteur. Quant à Liz Taylor, ce rôle lui restera chevillé au corps à jamais, d’une intensité sans égal.

Ensemble, ils se retrouveront encore pour deux sommets d’interprétation : La Mégère Apprivoisée, adapté de Shakespeare, et surtout Qui a peur de Virginia Woolf?, drame déchirant de la mésentente conjugale poussé à son paroxysme que le couple, entre réalité et fiction, vit probablement comme s’il était le sien. Elizabeth Taylor, y gagne un Oscar, le deuxième après La Vénus au vison. Par la suite l’actrice se perd, sa vie privée finissant par prendre le pas sur sa carrière. Elle sombre dans l’alcool, prend de l’embonpoint, se marie dès qu’elle le peut, dépense à outrance et souffre atrocement physiquement. Si elle ne tournait plus, elle avait su rester une star dans ce que cela signifie de plus absolu.
Après avoir défié la mort plus de fois qu’à son tour (cancer, pneumonies, fractures du dos, ostéoporose, tumeur au cerveau), c’est finalement une insuffisance cardiaque qui l’emporte aujourd’hui, à 79 ans.

Elle qui semblait immortelle entre aujourd’hui dans la légende et signe la fin d’une ère. Nous voilà orphelins de celle que l’on peut, sans doute aucun, décrire comme la dernière étoile de l’âge d’or Hollywoodien, Dame Elizabeth Taylor.

« I feel very adventurous. There are so many doors to be open, and I’m not afraid to look behind them. »

Elizabeth Taylor, partie voir ce qui se cachait derrière une dernière porte …

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