Rango, western animé survolté

28 mars 2011 par Marine Bienvenot  
Classé dans Cinéma, Critiques

Dans un monde de l’animation dominé (avec talent) par l’ogre Pixar, un irréductible réalisateur, décidé à se faire plaisir aidé d’un caméléon mythomane et d’un acteur protéiforme, tient tête à l’envahisseur. Son nom ? Gore Verbinski. Et oui!

Dans son vivarium, un caméléon à chemise hawaïenne se lance dans un monologue digne des plus grandes interprétations issues de l’Actors Studio et au non-sens typiquement allenien. Si le poisson en plastique à qui il s’adresse n’en a cure, Rango (c’est son petit nom) en est certain, son public l’attend, là quelque part, dans l’immensité d’un monde dont il n’a qu’une très vague connaissance derrière sa vitre en plexi. Jusqu’au jour où celle-ci vole en éclat et qu’il se retrouve errant dans le désert, jusqu’à arriver dans la ville de Poussière (ça ne s’invente pas) où il peut enfin être qui il veut. Ou le faire croire.

Il y a deux choses qui surprennent chez Rango : la maturité du propos couplée à son sens de l’absurde (le film n’est clairement pas réservé aux petits) et la beauté visuelle de l’animation, bluffante.
Si Gore Verbinski a attendu d’avoir mis en boîte la trilogie Pirates des Caraïbes avant de se lancer dans la grande aventure de l’animation, l’idée de ce caméléon mégalo à la découverte de l’Ouest sauvage avait germé dans son esprit bien avant. Et même si l’on peut se demander pourquoi avoir mis tant de temps avant de se lancer, on ne pourra que s’en féliciter tant l’expérience acquise par le réalisateur sur son blockbuster flibustier sert positivement Rango. Réalisation maîtrisée, débridée et enlevée, le film trouve un souffle épique dans de l’action tous azimuts. Mais ce qui frappe sans doute le plus c’est la beauté des images et la pureté des couleurs. Si les décors (presque) naturels du grand Ouest donnent l’occasion de sublimer déserts, canyons et bourgades dépeuplées, la société d’effets spéciaux ILM, pour sa première incursion dans le monde de l’animation (hormis quelques broutilles sur Wall.E ou Chicken Little), réalise un coup de maître. Rango s’avère être d’une beauté à couper le souffle. Et le tout sans 3D Mesdames, Messieurs ! Ce n’est pas moi qui m’en plaindrait…

Le film frappe également très fort dans son écriture : inventif, ultra-référencé, intelligent et drôlissime, Rango peut également dérouter par son extravagance, son côté barré et bavard. Critique de la sur-industrialisation, fable écologique et quête de soi, le film reste avant tout un hommage appuyé et intelligent au genre du western, vénéré par Verbinski. Tous les ingrédients qui ont fait du western un des genres les plus populaires au cinéma se retrouvent aujourd’hui digérés de la plus belle des manières, sous forme de références.
Gore Verbinski multiplie les clins d’oeil pour notre plus grand plaisir de cinéphile : Las Vegas Parano quand le film reçoit rien de moins que la visite de Raoul Duke et Dr Gonzo (sans compter la chemise hawaïenne de Rango, qui relève du mimétisme), Les 7 Mercenaires lorsque le lézard-shérif chevauche à la recherche des voleurs d’eau accompagné de septs de ces concitoyens aux mines plus patibulaires les unes que les autres, Star Wars qui s’avère un modèle incontestable durant la course-poursuite hallucinante de la mine, Spiderman en entendant « A grand pouvoir, grande responsabilité », ou bien encore Arizona Dream lors d’un délire hallucinatoire dans le désert. Et, évidemment, Il était une fois dans l’Ouest pour quasiment chaque plan. Mais l’apparition la plus jouissive reste celle d’un Clint Eastwood (vampé par Timothy Olyphant) personnifiant, logiquement, L’Esprit de l’Ouest. Mythique.

Si le casting de voix est admirable, Johnny Depp donne carrément vie à Rango. Personnage hautement azimuté, le caméléon mythomane rejoint la longue liste des incarnations inoubliables de Depp. Lorsque l’on croit croiser au détour d’une intonation un certain Jack Sparrow, le travail de l’acteur ne laisse à aucun moment penser à une redite. Rango reste unique.
Ajoutez à cela la partition hyperactive et « mariachisée » sous forme de running-gag d’un Hans Zimmer à son meilleur, et je pense pouvoir dire que Rango est LE rendez-vous à ne pas manquer actuellement dans les salles de cinéma. Il ne vous reste plus qu’à aller voir over the Rango … pour vous rendre compte que le western n’est pas mort et qu’il retrouve ses lettres de noblesse grâce à un film d’animation et à un lézard pas tout à fait comme les autres.

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