Juste entre nous, ôde à l’infidélité?

11 mai 2011 par Pierre Rabotin  
Classé dans Cinéma, Critiques

Juste entre nous est une plongée dans les plaisirs de l’infidélité. S’il se cache longtemps derrière son sujet, le film parvient in extremis à le transcender.

Juste entre nous, film du réalisateur Croate Rajko Grlić, c’est l’histoire située à Zagreb de deux couples, deux frères et leurs femmes. Quatre protagonistes aux frontières maritales aussi imperméables que celles de l’Italie (faut-il y voir un message politique??). Comprendre, les uns ont, à un moment, couché avec les autres ce qui fait qu’on ne sait plus vraiment qui est la femme de qui ou qui est le père de qui… A cela s’ajoute les maîtresses et les amants qui ne font pas partie du cercle et Juste entre nous devient alors « juste avec plein d’autres gens ».

Un pitch des plus aguicheurs et une relative bonne surprise pour ce film dynamique, parfois déjanté qui a le mérite d’avoir une vision décalée de la question. Par le biais d’un découpage en quatre parties, une pour chacun des « héros », le film fait des bonds dans le temps pour enlacer, au fil de l’histoire, les quatre points de vue qui participent au même récit, pour mieux en faire comprendre toutes les ramifications, et autres enjeux. Le film dégage une ambiance particulière de folie douce avec ces personnages gentiment givrés auxquels on s’attache facilement : Nicolas (Miki Manojlović) l’aîné à la vie professionnelle et sentimentalo-sexuelle réussie et Braco (Bolan Navojec) professeur fauché et un peu loser qui ne donne pourtant pas sa part au chien question activités extra conjugales.

Alors on baise joyeusement, ça bouffe, ça picole, bref ça vit. L’infidélité n’est pas vue ici comme un acte source de culpabilité mais comme une quête de la passion, un acte de transgression presque rebelle face à un quotidien où règne la solitude, la maladie, la tristesse. Le réalisateur n’hésite pas pour appuyer son propos à faire dans la symbolique parfois un peu lourde. Ainsi, la couleur rouge revient tout au long du film au cas où on aurait pas compris que la passion joue un rôle primordial dans tout ça (voir la rose rouge qui circule aux funérailles du père des garçons, un sacré coquin lui aussi). On nous avait déjà fait le coup avec American Beauty. Mais il est vrai que c’est plutôt réussi.

Les acteurs livrent une interprétation impeccable, sans jamais tomber dans la caricature et parviennent derrière tout ce cirque à montrer les failles de leurs personnages et les vraies répercussions de leurs décisions. Car en toile de fonds se dessine un enjeu plus grand. Sans jamais en faire le centre de son histoire, le réalisateur vient par petite touche rappeler l’Histoire, celle de l’après Yougoslavie par le biais d’astucieux sous entendus (l’un des frères a fui le pays quand l’autre prenait part au combat). Il replace alors ces quelques portraits dans une peinture plus grande et donne un sens moins futile à leur volonté d’émancipation.
Car c’est véritablement lorsqu’il aborde les cicatrices de chacun que le film prend une tout autre dimension et gagne une distance nécessaire pour aborder son sujet. Dire que l’infidélité c’est rigolo, nous sommes d’accord, mais ça ne marche pas pendant 1h30. Le film devient alors plus sincère, plus profond et se conclut joliment, sans bruit ni fracas, sur sa vérité.

Derrière son côté déjanté et accrocheur, Juste Entre Nous cache une dimension plus profonde qu’il peine un peu à nous montrer et qui se révèle pourtant tout l’intérêt du film.


 

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