Drive, fou(s) du volant

5 octobre 2011 par Marine Bienvenot  
Classé dans Cinéma, Critiques

Un conducteur et héros anonyme, The Driver. Un acteur dont le charisme atteint son apogée, Ryan Gosling. Un réalisateur qui prouve ici que son talent prend toutes les formes, Nicolas Winding Refn. Et un film puissant et esthétique, hommage aux séries B et aux années 80, Drive. Un sommet.

Un homme, blouson en cuir avec un scorpion doré dans le dos, est accoudé à la fenêtre de sa chambre et regarde une ville, la nuit. Au téléphone, il énonce ses propres règles de conduite (dans tous les sens du terme) : 5 minutes pour vous laisser faire un casse, pas une de plus. Si vous dépassez, vous ne le reverrez plus. Si vous êtes dans les temps, sa mestria au volant vous sortira de toutes les situations. A prendre ou à laisser. Le tic-tac du chrono qui résonne, les gants de cuir qui se tendent, les battements du coeur en sourdine, le Driver mâchonne son cure-dent et attend. Les cinq minutes écoulées, branché sur la fréquence de la police il slalome, virtuose, entre autoroutes, ponts et signalisation, jouant à cache-cache avec les girophares au son d’une électro eighties entêtante. Adrénaline. Et Nicolas Winding Refn de commencer son Drive par un pré-générique de 10 minutes à la réalisation absolument ébouriffante.


Nicolas Winding Refn
, c’est en effet par lui que le miracle arrive. Passé maître ès noirceur et violence spectaculaire avec la trilogie Pusher, Bronson ou bien encore l’hypnotique Guerrier Silencieux, il construit avec une logique implacable une filmographie exigente. Choisi par Ryan Gosling himself pour adapter le roman de James Sallis, il prouve (s’il le fallait encore) que son cinéma a ce qu’il faut d’immédiat, de maîtrisé, d’esthétique et de référencé pour en faire le digne héritier d’un Scorsese ou d’un Mann. L’association avec le premier semble logique après la vision de Drive : Mafia, malfrats, et ultra-violence, l’entourage du héros a tout pour le faire basculer. La filiation avec le cinéma de Michael Mann se fait, elle, plutôt du côté esthétique. En effet, Refn magnifie Los Angeles, de nuit comme de jour, comme seul le réalisateur de Collateral avait su le faire.

Si Drive porte le titre d’un film de bagnoles, il est pourtant tout sauf cela. A mi-chemin entre la romance contrariée et le revenge movie, la réalisation oscille entre grâce éthérée et accélération trash. Contre-plongées glorifiantes, couleurs mordorées et lumineuses et ralentis frissonnants ne sont que quelques-uns des outils qui ont permis à Refn de remporter un Prix de la Mise en Scène plus que mérité lors du dernier Festival de Cannes.

Mais si Drive s’avère être l’un des films les plus puissants, les plus charismatiques de cette année, il le doit notamment à son interprète principal, l’omniprésent Ryan Gosling. Nouveau chouchou du cinéma international, le garçon nous a gratifié d’une année 2011 tout bonnement exceptionnelle. Avec quatre (bons) films à l’affiche il a su démontrer toute l’étendue de son talent passant du drame indé (Blue Valentine), à la comédie romantique (Crazy Stupid Love) pour terminer par le thriller politique (Les Marches du Pouvoir), prouvant qu’il pouvait tout jouer. Et plus que bien en plus. Mais avec Drive c’est un tour de force qu’il réussit : rendre attachant, puis héroïque un personnage mutique et mystérieux de prime abord. Tout en regards en coins et en sourires esquissés, il n’y a pas qu’Irene (sa voisine incarnée avec délicatesse mais peut-être un peu trop de distance par Carey Mulligan) pour succomber à son charme. Relation en devenir magnifiée par des scènes au charme suranné, la presque romance entre le Driver et sa voisine se voit anéantie par la sortie de prison d’un mari et l’exécution d’un plan foireux. Nicolas Winding Refn, comme à son habitude, laisse alors le vernis craquer et son héros se repaître dans un abîme de violence. Héros au code de la route de conduite irréprochable, Ryan Gosling rend le real hero charismatique au point de rendre sa violence justifiable face à des mafieux quelque peu clichés (malgré les gueules exceptionnelles de Ron Perlman et Albert Brooks). Un coup de maître.

Pieds au plancher, Nicolas Winding Refn et Ryan Gosling vous entraîneront loin sur la route, soleil couchant dans le dos et les morceaux entêtants de Kavinsky, Desire et College dans les oreilles (comme dans cet article). Film d’une grâce absolue, traversé çà et là par des éclairs de violence fascinants, porté par un justicier solitaire et un acteur spectaculaire, Drive est un sommet de cinéma, un film précieux et rare qui nous rappelle que le 7è art a encore de quoi réjouir.

 

Commentaires

3 Réponses pour “Drive, fou(s) du volant”
  1. FredMJG dit :

    Les mafieux sont toujours cliché, c’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnait :)

  2. Marine Bienvenot dit :

    C’est un peu foufou ça ! Heureusement que c’est Ron Perlman et Albert Brooks cela dit, sinon on aurait même pas peur ;)

  3. Marlène dit :

    Toujours chouette de pouvoir lire vos critiques après avoir vu un film.
    Merci pour cette analyse, la musique. Ce film est vraiment un bon moment de cinéma, j’aurais aimé qu’il dure encore un peu…

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