La Régate, violence des échanges en milieu familial

10 mars 2010 par Thomas Lapointe  
Classé dans Cinéma, Critiques

Avec La Régate, Bernard Bellefroid réalise un film subtil et touchant sur la relation violente qui unit un père à son fils.


A 15 ans, Alexandre vit seul à Namur avec son père. Un père violent qui le bat à la moindre confrontation. Pour échapper à ce quotidien cruel, Alexandre a l’aviron comme refuge. Et comme seule obsession : gagner les championnats de Belgique.

A travers cette histoire, le réalisateur aborde un sujet difficile, sans pathos et sans mièvrerie. Au contraire, en refusant le romanesque et la psychologie, il s’attache à rendre compte de la relation ambigüe entre ce père et son fils. Une relation faite de violence et de coups, et malgré tout d’amour, d’un amour paternel qui n’arrive pas à s’exprimer ni à se faire comprendre. Une relation où les rôles tendent également à s’inverser : qui est le père ? qui est le fils ?

Un cinéma à fleur de peau où Bernard Bellefroid met en scène des meurtrissures personnelles intensément vécues par ses comédiens (le jeune Joffrey Verbruggen, dont les hésitations du jeu rajoutent à la vérité de son personnage, et Thierry Hancisse, de la Comédie-Française, à l’ambivalence plus que troublante). Un premier long-métrage pudique et bouleversant, dont le ton juste révèle tune profonde maturité. Une belle révélation.


Une cérémonie des Oscars … explosive

C’est emmenée par le charismatique duo Steve Martin / Alec Baldwin, que s’est déroulée hier la 82è cérémonie des Oscars à Hollywood. Et S’il y a bien eu un grand gagnant, il ne s’agit pas de celui que l’on attendait. La grosse machine Avatar, qui avait pourtant raflée la mise aux Golden Globes, s’est fait damer le pion par le petit poucet Démineurs.

Avec six récompenses dont trois majeures (Meilleur Film, Meilleur Scénario et Meilleur Réalisatrice) Démineurs s’offre un grand chelem. Performance que Kathryn Bigelow appréciera d’autant plus qu’elle devance James Cameron … son ex-mari. Mais point de mauvais esprit là-dedans, les deux ex-conjoints s’étant congratulé mutuellement de leurs succès respectifs. N’en reste pas moins que Kathryn Bigelow rentre dans l’histoire en devenant la première femme récompensée de l’Oscar de la réalisation.

Du côté des prix d’interprétations, Christoph Waltz (Inglourious Basterds) et Mo’nique (Precious) respectent leurs rangs de grand favoris aux Oscars des Seconds Rôles, tandis que Jeff Bridges se voit enfin récompensé de la statuette du Meilleur Acteur pour son interprétation de chanteur country aux abois dans Crazy Heart. Sandra Bullock a établi hier un record : recevoir en moins de 24h un Razzie de la pire interprétation et un Oscar de la meilleure actrice (pour deux rôles différents cependant). Chapeau.

Les Studios Pixar repartent la tête haute avec leur habituel Oscar du Meilleur film d’animation mais aussi cette année avec celui de la Meilleure musique originale pour Michael Giacchino. Le cocorico de la soirée aurait pu (dû?) revenir à Jacques Audiard pour Un Prophète Meilleur film étranger, ou bien à Alexandre Desplat et la musique de Fantastic Mr. Fox. Mais non et ce n’est pas à cause du Ruban Blanc. C’est en effet, le challenger Dans ses yeux de l’argentin Juan José Campanella qui remporte la course. Cependant, des petits frenchies ont remporté l’Oscar du meilleur court-métrage avec Logorama. L’honneur est sauf.

Voici donc le palmarès principal de cette riche soirée.

MEILLEUR FILM

  • Avatar de James Cameron
  • The Blind Side de John Lee Hancock
  • District 9 de Neill Blomkamp
  • Une Education de Lone Scherfig
  • Inglourious Basterds de Quentin Tarantino
  • Démineurs de Kathryn Bigelow
  • Là-Haut de Pete Docter & Bob Peterson
  • In The Air de Jason Reitman
  • A Serious Man de Joel & Ethan Coen
  • Precious de Lee Daniels

MEILLEUR REALISATEUR

  • Kathryn Bigelow pour Démineurs
  • James Cameron pour Avatar
  • Quentin Tarantino pour Inglourious Basterds
  • Lee Daniels pour Precious
  • Jason Reitman pour In The Air

MEILLEUR ACTEUR

  • George Clooney dans In The Air
  • Colin Firth dans A Single Man
  • Morgan Freeman dans Invictus
  • Jeremy Renner dans Démineurs
  • Jeff Bridges dans Crazy Heart

MEILLEURE ACTRICE

  • Sandra Bullock dans The Blind Side
  • Helen Mirren dans The Last Station
  • Carey Mulligan dans Une Education
  • Gabourey Sidibe dans Precious
  • Meryl Streep dans Julie & Julia

MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND ROLE

  • Matt Damon dans Invictus
  • Christoph Waltz dans Inglourious Basterds
  • Woody Harrelson dans The Messenger
  • Christopher Plummer dans The Last Station
  • Stanley Tucci dans The Lovely Bones

MEILLEURE ACTRICE DANS UN SECOND ROLE

  • Penélope Cruz dans Nine
  • Vera Farmiga dans In The Air
  • Maggie Gyllenhaal dans Crazy Heart
  • Mo’Nique dans Precious
  • Anna Kendrick dans In The Air

MEILLEUR SCENARIO ORIGINAL

  • Kathryn Bigelow, Mark Boal pour Démineurs
  • Quentin Tarantino pour Inglourious Basterds
  • Alessandro Camon, Oren Moverman pour The Messenger
  • Joel Coel, Ethan Coen pour A Serious Man
  • Pete Docter, Bob Peterson pour Là-Haut

MEILLEURE ADAPTATION

  • Geoffrey Fletcher, Damien Paul pour Precious
  • Neill Blomkamp, Terri Tatchell pour District 9
  • Nick Hornby pour Une Education
  • Armando Iannucci, Jesse Armstrong, Simon Blackwell, Tony Roche, Ian Martin pour In The Loop
  • Jason Reitman, Sheldon Turner pour In The Air

MEILLEUR FILM D’ANIMATION

  • Coraline de Henry Selick
  • Fantastic Mr. Fox de Wes Anderson
  • La Princesse et la Grenouille de Ron Clements & John Musker
  • Brendan et le Secret de Kells de Tomm Moore
  • Là-Haut de Pete Docter & Bob Peterson

MEILLEURE MUSIQUE

  • Michael Giacchino pour Là-Haut
  • James Horner pour Avatar
  • Alexandre Desplat pour Fantastic Mr. Fox
  • Marco Beltrami & Buck Sanders pour Démineurs
  • Hans Zimmer pour Sherlock Holmes

MEILLEUR DOCUMENTAIRE

  • The Cove – La Baie de la Honte réalisé par Louie Psihoyos
  • Burma VJ réalisé par Lise-Lense Moller
  • Food, Inc réalisé par Robert Kenner & Elise Pearlstein
  • The Most Dangerous Man in America : Daniel Ellsberg and the Pentagon Papers réalisé par Judith Ehrlich & Rick Goldsmith
  • Which Way Home réalisé par Rebecca Cammisa

MEILLEUR FILM ETRANGER

  • Ajami réalisé par Scandar Copti & Yaron Shani
  • Dans ses Yeux réalisé par Juan José Campanella
  • Un Prophète réalisé par Jacques Audiard
  • Le Ruban Blanc réalisé par Michael Haneke
  • Fausta réalisé par Claudia Llosa

Marion Cotillard nouvelle égérie Allenienne ?

5 mars 2010 par Marine Bienvenot  
Classé dans Actualités, Cinéma

Tim Burton, Ridley Scott, Jean-Pierre Jeunet, Michael Mann, Christopher Nolan, Rob Marshall… autant de noms qui font sûrement pâlir d’envie tout comédien, qu’il soit apprenti ou confirmé. Mais c’est Marion Cotillard qui est en train de les accrocher, un à un, à son tableau de chasse. En effet, après avoir conquis Hollywood avec La Môme, la petite frenchie n’en finit plus de tourner et de faire tourner la tête aux plus grands. Si son dernier fait d’armes est de chanter, danser et jouer avec rien de moins que Nicole Kidman, Penélope Cruz, Judi Dench, Sofia Loren et le grand Daniel Day-Lewis dans Nine, Marion Cotillard ne s’arrête pas là. Deux des projets les plus excitants de la planète cinéma la compte à leurs génériques.

Tout d’abord Contagion, le nouveau projet de Steven Soderbergh où entourée de Jude Law, Matt Damon et Kate Winslet, elle devra faire face à une épidémie menaçant l’humanité toute entière. Et cet été, elle rejoindra Woody Allen pour son premier tournage en terres françaises. Aux côtés d’Owen Wilson et Rachel McAdams, elle interprétera une comédie romantique encore sans titre où même notre première dame, Carla Bruni-Sarkozy, aura son caméo.

Woody Allen pourra ainsi ajouter Marion Cotillard au panthéon de ses égéries (aux côtés de Diane Keaton, Mia Farrow, Scarlett Johansson…) et Marion Cotillard rayer Woody Allen de la liste des réalisateurs avec qui elle n’a pas (encore) travaillé.

Lovely Bones, perdu entre deux univers

2 mars 2010 par Thomas Lapointe  
Classé dans Cinéma, Critiques

Retour à un cinéma plus classique pour Peter Jackson qui adapte ici La Nostalgie de l’ange, le best-seller d’Alice Sebold. Résultat plus que mitigé…

lovely bones

Susie Salmon, jeune fille de quatorze ans, mène une vie paisible dans une petite ville des Etats-Unis, entre sa vie familiale et ses amis du collège. Jusqu’au 6 décembre 1973, jour où l’un de ses voisins la tue. Mais pourtant, tout n’est pas fini pour Susie : depuis un entre-deux, lieu de passage entre la mort et l’au-delà, elle observe sa famille sous le choc de sa mort faire son deuil et tenter de recouper les éléments pour retrouver son assassin… Un scénario, qui, une fois mis en boîte, nous fait découvrir une autre facette du réalisateur de la trilogie du Seigneur des Anneaux, plus proche de ses Créatures célestes (1995).

Peter Jackson met en scène deux genres très différents. D’une part, un univers réaliste qui, après la mort de Susie, prend la forme d’un polar tragique assorti d’une réflexion sur le deuil. D’autre part, un entre-deux merveilleux, lieu de tous les possibles, où Susie prend du recul sur sa propre existence. Mais force est de constater que le réalisateur ne réussit pas à insuffler la même force dans ces deux univers. Autant la partie « thriller » fonctionne parfaitement, sa tonalité unique et sa tension constante nous plongent dans une émotion intense, autant la partie « fantastique » est complètement ratée.

Malgré sa grande inventivité visuelle, ce monde imaginaire, sans subtilité pour le coup, découle d’une imagerie totalement kitsch, véritablement naïve et indubitablement ridicule : collines verdoyantes, soleil magnifique, immenses cascades, papillons et fleurs à qui mieux-mieux… En sautant d’un genre à l’autre, le film perd au fur et à mesure de sa puissance. Un retour quelque peu manqué pour Peter Jackson. Toutefois, mention spéciale à l’excellent Stanley Tucci, méconnaissable en voisin serial killer.

Aux César, Jacques Audiard prophète en son pays

1 mars 2010 par Aurélie Barriat  
Classé dans Actualités, Cinéma

Enfin un bon cru comme on l’aime ! Après un palmarès 2009 plutôt décevant (voire barbant), 2010 nous a ravis. La 35ème cérémonie des César était à la hauteur de nos attentes. Petit bémol tout de même pour le duo Elmameh / Lemercier qui nous promettait beaucoup mais nous a pourtant un peu déçu. L’ambiance surréaliste et décousue choisi par le couple d’humoristes divise. Certains adhèrent complètement et d’autres moins. Peut-être aurait-on voulu un peu plus de franche rigolade, simplement. Malgré cela, il ne fait aucun doute que le duo fonctionne et a su rythmer la soirée avec humour. La présidente incontournable de cette année Marion Cotillard a éclairé cette soirée avec classe et sobriété. Le césar d’honneur fut cette année remis au grand Harrison Ford par une pimpante Sigourney Weaver qui prit plaisir a prononcer son discours dans un français quasi-parfait. Les remettants de cette soirée furent à la hauteur. On retiendra surtout celui de Vanessa Paradis qui a su faire de sa bourde légendaire d’il y a quelques années (elle avait annoncé la mauvaise gagnante), un clin d’oeil plein d’humour.

Comme tous les ans, un grand gagnant. Une tradition qui pourrait énerver. Et pourtant cette année, quel plaisir de voir le dernier Audiard briller. Avec 13 nominations et 9 César, dont celui de meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario original, c’est une triomphe mérité pour Un Prophète. Tahar Rahim, la révélation du film établit un record en remportant à la fois le Prix de la révélation masculine et celui meilleur acteur. Le César de la meilleur actrice revient sans grande surprise (et pour la 5è fois) à Isabelle Adjani pour son rôle dans La Journée de la Jupe qui signe son grand retour. S’il y a un grand gagnant, il y a aussi un grand perdant avec Welcome de Philippe Lioret qui ne transforme aucune de ses 10 nominations en César. Pas même celui du meilleur acteur, très attendu par Vincent Lindon. On retiendra également le couronnement de Mélanie Thierry au titre de meilleur espoir féminin… enfin ! Une reconnaissance un peu tardive pour cette actrice qui n’en est plus à ses débuts. Pour finir, le fils de Clint Eastwood vient récupérer le césar du meilleur film étranger pour son père qui obtient grâce à Gran Torino son 3ème césar et signe dans le même temps un nouveau record.

Sans plus attendre, le palmarès :

MEILLEUR FILM

  • A l’Origine de Xavier Giannoli
  • Le Concert de Radu Mihaileanu
  • Les Herbes Folles de Alain Resnais
  • La Journée de la Jupe de Jean-Paul Lilienfeld
  • Rapt de Lucas Belvaux
  • Un Prophète de Jacques Audiard
  • Welcome de Philippe Lioret

MEILLEUR REALISATEUR

  • Jacques Audiard pour Un Prophète
  • Lucas Belvaux pour Rapt
  • Xavier Giannoli pour A l’Origine
  • Philippe Lioret pour Welcome
  • Radu Mihaileanu pour Le Concert

MEILLEUR ACTEUR

  • Yvan Attal dans Rapt
  • François Cluzet dans A l’Origine
  • François Cluzet dans Le Dernier pour la Route
  • Vincent Lindon dans Welcome
  • Tahar Rahim dans Un Prophète

MEILLEURE ACTRICE

  • Isabelle Adjani dans La Journée de la Jupe
  • Dominique Blanc dans L’Autre
  • Sandrine Kiberlain dans Mademoiselle Chambon
  • Kristin Scott-Thomas dans Partir
  • Audrey Tautou dans Coco avant Chanel

MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND ROLE

  • Jean-Hugues Anglade dans Persécution
  • Niels Arestrup dans Un Prophète
  • Joey Starr dans Le Bal des Actrices
  • Benoit Poelvoorde dans Coco avant Chanel
  • Michel Vuillermoz dans Le Dernier pour la Route

MEILLEURE ACTRICE DANS UN SECOND ROLE

  • Aure Atika dans Mademoiselle Chambon
  • Anne Consigny dans Rapt
  • Audrey Dana dans Welcome
  • Emmanuelle Devos dans A l’Origine
  • Noémie Lvovsky dans Les Beaux Gosses

MEILLEUR ESPOIR MASCULIN

  • Firat Ayverdi dans Welcome
  • Adel Bencherif dans Un Prophète
  • Vincent Lacoste dans Les Beaux Gosses
  • Tahar Rahim dans Un Prophète
  • Vincent Rottiers dans Je suis heureux que ma mère soit vivante

MEILLEUR ESPOIR FEMININ

  • Pauline Etienne dans Qu’un seul tienne et les autres suivront
  • Florence Loiret-Caille dans Je l’aimais
  • Soko dans A l’Origine
  • Christa Théret dans LOL
  • Mélanie Thierry dans Le Dernier pour la Route
  • Marilou Berry pour Vilaine

MEILLEUR SCENARIO ORIGINAL

  • Jacques Audiard, Thomas Bidegain, Abdel Raouf Dafri, Nicolas Peufaillit pour Un Prophète
  • Xavier Giannoli pour A l’Origine
  • Jean-Paul Lilienfeld pour La Journée de la Jupe
  • Philippe Lioret, Emmanuel Courcol, Olivier Adam pour Welcome
  • Radu Mihaileanu, Alain-Michel Blanc pour Le Concert

MEILLEURE ADAPTATION

  • Stéphane Brizé, Florence Vignon pour Mademoiselle Chambon
  • Anne Fontaine, Camille Fontaine pour Coco avant Chanel
  • Philippe Godeau, Agnès De Sacy pour Le Dernier pour la Route
  • Laurent Tirard, Grégore Vigneron pour Le Petit Nicolas
  • Alex Réval, Laurent Herbiet pour Les Herbes Folles

MEILLEURE PREMIERE OEUVRE

  • Les Beaux Gosses réalisé par Riad Sattouf
  • Le Dernier pour la Route réalisé par Philippe Godeau
  • Espion(s) réalisé par Nicolas Saada
  • La Première Etoile réalisé par Lucien Jean-Baptiste
  • Qu’un seul tienne et les autres suivront réalisé par Léa Fehner

MEILLEURE MUSIQUE

  • Armand Amar pour Le Concert
  • Alex Beaupain pour Non ma Fille, tu n’iras pas Danser
  • Alexandre Desplat pour Un Prophète
  • Cliff Martinez pour A l’Origine
  • Nicola Piovani pour Welcome

MEILLEUR DOCUMENTAIRE

  • L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot réalisé par Serge Bromberg et Ruxandra Medrea
  • La Danse, le Ballet de l’Opéra de Paris réalisé par Frederick Wiseman
  • Himalaya, le Chemin du Ciel réalisé par Marianne Chaud
  • Home réalisé par Yann-Arthus Bertrand
  • Ne me libérez pas je m’en charge réalisé par Fabienne Godet

MEILLEUR FILM ETRANGER

  • Avatar réalisé par James Cameron
  • Gran Torino réalisé par Clint Eastwood
  • Harvey Milk réalisé par Gus Van Sant
  • J’ai Tué Ma Mère réalisé par Xavier Dolan
  • Panique au Village réalisé par Stéphane Aubier et Vincent Patar
  • Le Ruban Blanc réalisé par Michael Haneke
  • Slumdog Millionaire réalisé par Danny Boyle

Filmer pour ne pas oublier

22 février 2010 par Eloïse Trouvat  
Classé dans Actus, Cinéma, Films à venir

Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac préside la cérémonie commémorant le 53ème anniversaire de la rafle du Vél d’Hiv. Face à un public composé d’anciens résistants et de survivants de la Shoah, il reconnait la responsabilité de l’État français dans la déportation du peuple juif. C’est la première fois qu’un Président de la république parle ouvertement de ce crime commis par les nazis et secondé par des français. Regarder l’histoire droit dans les yeux pour ne pas l’oublier et pour ne pas la répéter tel était l’écho du discours de Jacques Chirac ce jour-là. Ce discours sera de nouveau sous nos yeux dans quelques jours avec la sortie en salle, le 10 mars prochain, de La Rafle. Un film important sur «ces heures noires qui souillent à jamais notre histoire».

Alors qu’il existe de nombreux très bons films sur la Shoah (notamment La Liste de Schindler, Le Pianiste, Nuit et Brouillard), l’événement tragique de la rafle du Vél d’Hiv’ trouve, quant à lui, très peu d’écho au cinéma. Seul Joseph Losey avec son Monsieur Klein, en 1967, s’était risqué à filmer l’inimaginable : la police française séparant les mères juives de leurs enfants dans le sombre décor du Vélodrome d’Hiver où des centaines de juifs étaient parqués avec pour destination finale les camps de la mort. Parce que relater l’histoire des 16 et 17 juillet 1942 revient certainement à pointer du doigt une certaine partie du peuple français, peu de cinéastes se sont confrontés à cette délicate mission. Il aura fallu 68 ans pour voir éclore sur grand écran un film ayant pour sujet même la rafle du Vélodrome d’Hiver.

Jo, ses copains juifs comme lui et leurs familles, apprennent à vivre dans un Paris occupé, celui de la Butte Montmartre, où ils ont trouvé refuge. Du moins le croient-ils, jusqu’à ce matin du 16 Juillet 1942, ou tout bascule… Du Vélodrome D’Hiver, au camp de Beaune-La-Rolande, de Vichy à la terrasse du Berghof, La Rafle suit les destins des victimes et des bourreaux. Cela fait maintenant quelques semaines que la bande-annonce circule sur la toile. Premiers plans sur le Montmartre des années 40, sa communauté juive, le tout sur une musique d’époque très vite détruite par l’arrivée fracassante de la police française dans la vie de ces français à l’étoile jaune. Certains ne désireront pas voir La Rafle parce que soi-disant c’est le genre de film vu et revu, schéma toujours identique et têtes d’affiches bien trop « stars à la française » (Jean Reno, Gad Elmaleh, Mélanie Laurent). Mais est-il possible de se lasser de cette histoire effroyablement honteuse? L’Holocauste a une résonance universelle, ce n’est pas seulement l’histoire d’un crime contre l’humanité, l’Holocauste est aussi l’histoire de toute l’humanité, de toutes ces persécutions de tous temps qui sévissent partout dans le monde.

Avec La Rafle, la réalisatrice Rose Bosch, ancienne journaliste, a entrepris un véritable travail d’investigation. Sous ses airs de film à devoir de mémoire, La Rafle dissimule trois longues années de documentation, de recherches intenses sur des témoignages de survivants de la Rafle du Vél d’Hiv’ et des camps de concentration. Avec l’aide de Serge Klarsfeld, célèbre avocat surnommé «le chasseur de nazi» pour avoir amené devant les tribunaux Klaus Barbie, Rose Bosch a constitué une multitude de témoignages et d’anecdotes sur le sujet. Ainsi, La Rafle retrace le parcours funèbre de la communauté juive de France à partir de personnages ayant tous réellement existés et d’événements étant tous issus de cette période trouble. Parmi cette réalité redessinée pour les besoins du film : le regard du petit Joseph Weismann, 11 ans, condamné à porter une infâme étoile jaune sur la poitrine. L’histoire contée par les yeux d’un enfant soumis aux erreurs et monstruosités des adultes a souvent, hélas, beaucoup plus de poids dans l’émotion suscitée par les images.

Entre pédagogie et émotion, La Rafle s’avère d’utilité publique. Une piqûre de rappel pour tous ceux qui ont entendu parlé un jour de ces 13 000 raflés du Vélodrome d’Hiver. Une autocritique nécessaire de notre nation dont les erreurs peuvent être à la fois universelles et intemporelles. « Qui ne connait pas cette histoire est condamné à la répéter » se plait à citer la réalisatrice dans ses interviews et il est vrai que derrière ces décors d’un passé indigne résonnent un appel à la vigilance contemporaine. Face à tout ordre immoral, il est toujours possible de faire le choix de désobéir.

Bande-annonce La Rafle

Site Officiel du film La Rafle

Bright Star, romantique et tragique

28 janvier 2010 par Thomas Lapointe  
Classé dans Cinéma, Critiques

Six ans après son dernier film In The Cut, retour en grâce pour la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion avec Bright Star, un film sur les dernières années de la vie du poète romantique anglais John Keats.


Nous sommes près de Londres au début du XIXe siècle. Malgré des premiers contact plutôt froids, le poète John Keats, âgé de 23 ans, s’éprend de sa voisine Fanny Brawne, une jeune femme un rien effrontée et originale. Débute alors une histoire d’amour ravageur que ni leur entourage, ni la maladie ne pourront arrêter.

Avec Bright Star, Jane Campion ose le sentimentalisme profond en s’emparant avec la plus grande sincérité des clichés poétiques, mais réussit à éviter – exercice ô combien délicat – toute sensiblerie niaise. Sous les apparences élégantes et raffinées du film à costume, les cœurs et les esprits se consument sans retenue. Un tumulte des sentiments auquel répondent la beauté visuelle et la lumière exaltante des images, grâce au travail du directeur de la photographie Greig Fraser.

Mais cette idylle romantique et tragique ne serait rien sans l’éclat de l’œuvre de Keats, sublimé par l’interprétation magistrale de Ben Whishaw (le Jean-Baptiste Grenouille du Parfum de Tom Tykwer). Son délicieux accent britannique et son phrasé restituent à merveille la beauté de la langue de Shakespeare et illuminent les sonorités des vers du poète. A ses côtés, la jeune australienne Abbie Cornish, pleine de fureur d’aimer, se languit devant la sensualité prononcée de Keats et de ses lettres passionnées. Une exaltation du verbe et du sentiment qui donne envie d’aimer.

Tim Burton aux commandes de Cannes

©Nicolas Guérin

Nous l’apprenions hier, Gilles Jacob a posé cette année son doigt magique sur l’inestimable Tim Burton. Et quelle bonne nouvelle ! C’est à lui que reviendra un des jobs en intérim les plus enviés au monde, celui de président du jury du 63ème Festival de Cannes, qui se déroulera du 12 au 23 mai prochain. Le reste du jury ne sera dévoilé qu’à la mi-avril.

Le réalisateur américain ne s’est pas fait prier et n’a pas tarder à réagir : « Après avoir passé mes jeunes années à voir des triples programmes et à faire des marathons de 48 heures de films d’horreur, je me sens prêt pour Cannes », « Quand on pense à Cannes, on pense cinéma du monde. Et puisque j’ai toujours vécu les films comme des rêves, je vais vivre un rêve devenu réalité ».

A 51 ans, Tim Burton qui était présent à Cannes en 1995 en compétition pour Ed Wood et en tant que simple membre du jury deux ans plus tard sous la présidence d’Isabelle Adjani est fin prêt pour ce rôle qu’il endossera juste après la sortie mondiale de son très attendu Alice au Pays des Merveilles revisité, qui sortira sur les écrans français le 7 avril. A noter que c’est la première fois qu’un artiste de l’animation présidera ce jury. Le musée d’art moderne de New York rend actuellement hommage à ce génie de l’animation en proposant une rétrospective de son travail de peintre et de photographe.

Gilles Jacob lui-même en est déjà impatient et a déclaré hier : « Que sa douce folie et son humour gothique envahissent la Croisette et ce sera Noël pour tout le monde« . Une belle cuvée s’annonce.

Le Père de mes Enfants, une juste mélancolie

23 janvier 2010 par Thomas Lapointe  
Classé dans Cinéma, Critiques

Nouvelle figure du cinéma d’auteur français, Mia Hansen-Love trace son chemin avec un deuxième film marqué par la figure du producteur Humbert Balsan.

Grégoire Canvel est un producteur de films passionné qui porte à bout de bras des projets difficiles et un père de famille trop souvent absent, mais comblé par l’amour de sa famille. Pourtant, le trop grand nombre de risques pris, les dettes qui s’accumulent font émerger en lui une mélancolie et un désespoir qui le mèneront jusqu’au suicide…

Evidemment plane sur cette histoire la silhouette du producteur français Humbert Balsan, qui s’est donné la mort en 2005. Mais loin d’une hagiographie complaisante, Mia Hansen-Love réalise avec Le père de mes enfants une œuvre personnelle, en s’appropriant véritablement cette histoire. Grâce à une réalisation fluide, elle nous parle des coulisses du cinéma, mais aussi de transmission.

Car il y a l’avant et l’après-suicide : le deuil, la reconstruction, apprendre à vivre sans le mari, sans le père, mais avec son souvenir, avec ce qu’il a laissé derrière lui. Jamais le film ne tombe dans le pathos. Au contraire, la réalisatrice s’attache à tenir le pari de la simplicité, sans jamais tricher. Car c’est en l’homme qu’elle croit, en sa sagesse, en sa vérité, desquelles naissent les émotions. Un film subtil et bouleversant, dur et pourtant toujours très lumineux. Comme dans son précédent film Tout est Pardonné, la réalisatrice et son directeur de la photographie Pascal Auffray réussissent à capter toute la fraîcheur de la lumière d’été comme personne.

Outre son talent pour la réalisation, Mia Hansen-Love est également une excellente directrice d’acteurs, tous inconnus, avec à leur tête Louis-Do de Lencquesaing, d’un naturel étonnant, mais également la touchante Chiara Caselli et la lumineuse Alice de Lencquesaing, sa femme et sa fille qui portent le deuil avec humilité, force et fierté. Un film qui respire la douceur, et dont la mélancolie étreint longtemps.

César 2010, les nominations

22 janvier 2010 par Marine Bienvenot  
Classé dans Actualités, Cinéma

Les 35è nominations aux César viennent d’être annoncées et c’est sans surprises qu’Un Prophète décroche la place de grand favori avec pas moins de 13 citations, y compris dans toutes les catégories majeures (réalisation, film, scénario, acteur). A sa suite A l’Origine (11 nominations), Welcome (10 nominations) et Le Concert (6 nominations) auront fort à faire pour lui barrer la route.

A noter la présence un peu surprise d’Isabelle Adjani dans la catégorie Meilleure Actrice pour La Journée de la Jupe et celle, inattendue, de Joey Starr pour Le meilleur second rôle masculin du Bal des Actrices. Tahar Rahim, la révélation du Prophète et de l’année, pourrait créer la surprise en remportant le trophée du Meilleur espoir masculin mais aussi celui du Meilleur acteur. Pour se faire, il devra notamment batailler avec François Cluzet, nommé dans cette catégorie pour deux films : A l’Origine et Le Dernier pour la Route. Petit regret, l’absence du magnifique film de Mia Hansen-Love, Le Père de mes Enfants dans ces nominations. Quant aux comédies poids lourds du box office tels que Le Petit Nicolas, LOL ou OSS 117 : Rio ne répond plus, ils devront se contenter, comme toujours, des catégories mineurs.

Si l’on savait qu’Harrison Ford recevrait un César d’honneur, on sait désormais que Sigourney Weaver, avec laquelle il a partagé l’affiche de Working Girl en 1988, le lui remettra. Eric Rohmer, disparu il y a quelques jours, recevrai également un grand hommage. Quant à la présidence de la cérémonie, elle revient à Marion Cotillard et la présentation à Valérie Lemercier et Gad Elmaleh.

Avec, toujours en rouge, nos petits préférés (mais pas nos pronostics).

MEILLEUR FILM

  • A l’Origine de Xavier Giannoli
  • Le Concert de Radu Mihaileanu
  • Les Herbes Folles de Alain Resnais
  • La Journée de la Jupe de Jean-Paul Lilienfeld
  • Rapt de Lucas Belvaux
  • Un Prophète de Jacques Audiard
  • Welcome de Philippe Lioret

MEILLEUR REALISATEUR

  • Jacques Audiard pour Un Prophète
  • Lucas Belvaux pour Rapt
  • Xavier Giannoli pour A l’Origine
  • Philippe Lioret pour Welcome
  • Radu Mihaileanu pour Le Concert

MEILLEUR ACTEUR

  • Yvan Attal dans Rapt
  • François Cluzet dans A l’Origine
  • François Cluzet dans Le Dernier pour la Route
  • Vincent Lindon dans Welcome
  • Tahar Rahim dans Un Prophète

MEILLEURE ACTRICE

  • Isabelle Adjani dans La Journée de la Jupe
  • Dominique Blanc dans L’Autre
  • Sandrine Kiberlain dans Mademoiselle Chambon
  • Kristin Scott-Thomas dans Partir
  • Audrey Tautou dans Coco avant Chanel

MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND ROLE

  • Jean-Hugues Anglade dans Persécution
  • Niels Arestrup dans Un Prophète
  • Joey Starr dans Le Bal des Actrices
  • Benoit Poelvoorde dans Coco avant Chanel
  • Michel Vuillermoz dans Le Dernier pour la Route

MEILLEURE ACTRICE DANS UN SECOND ROLE

  • Aure Atika dans Mademoiselle Chambon
  • Anne Consigny dans Rapt
  • Audrey Dana dans Welcome
  • Emmanuelle Devos dans A l’Origine
  • Noémie Lvovsky dans Les Beaux Gosses

MEILLEUR ESPOIR MASCULIN

  • Firat Ayverdi dans Welcome
  • Adel Bencherif dans Un Prophète
  • Vincent Lacoste dans Les Beaux Gosses
  • Tahar Rahim dans Un Prophète
  • Vincent Rottiers dans Je suis heureux que ma mère soit vivante

MEILLEUR ESPOIR FEMININ

  • Pauline Etienne dans Qu’un seul tienne et les autres suivront
  • Florence Loiret-Caille dans Je l’aimais
  • Soko dans A l’Origine
  • Christa Théret dans LOL
  • Mélanie Thierry dans Le Dernier pour la Route

MEILLEUR SCENARIO ORIGINAL

  • Jacques Audiard, Thomas Bidegain, Abdel Raouf Dafri, Nicolas Peufaillit pour Un Prophète
  • Xavier Giannoli pour A l’Origine
  • Jean-Paul Lilienfeld pour La Journée de la Jupe
  • Philippe Lioret, Emmanuel Courcol, Olivier Adam pour Welcome
  • Radu Mihaileanu, Alain-Michel Blanc pour Le Concert

MEILLEURE ADAPTATION

  • Stéphane Brizé, Florence Vignon pour Mademoiselle Chambon
  • Anne Fontaine, Camille Fontaine pour Coco avant Chanel
  • Philippe Godeau, Agnès De Sacy pour Le Dernier pour la Route
  • Laurent Tirard, Grégore Vigneron pour Le Petit Nicolas
  • Alex Réval, Laurent Herbiet pour Les Herbes Folles

MEILLEURE PREMIERE OEUVRE

  • Les Beaux Gosses réalisé par Riad Sattouf
  • Le Dernier pour la Route réalisé par Philippe Godeau
  • Espion(s) réalisé par Nicolas Saada
  • La Première Etoile réalisé par Lucien Jean-Baptiste
  • Qu’un seul tienne et les autres suivront réalisé par Léa Fehner

MEILLEURE MUSIQUE

  • Armand Amar pour Le Concert
  • Alex Beaupain pour Non ma Fille, tu n’iras pas Danser
  • Alexandre Desplat pour Un Prophète
  • Cliff Martinez pour A l’Origine
  • Nicola Piovani pour Welcome

MEILLEUR FILM ETRANGER

  • Avatar réalisé par James Cameron
  • Gran Torino réalisé par Clint Eastwood
  • Harvey Milk réalisé par Gus Van Sant
  • J’ai Tué Ma Mère réalisé par Xavier Dolan
  • Panique au Village réalisé par Stéphane Aubier et Vincent Patar
  • Le Ruban Blanc réalisé par Michael Haneke
  • Slumdog Millionaire réalisé par Danny Boyle

MEILLEUR FILM DOCUMENTAIRE

  • L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot réalisé par Serge Bromberg et Ruxandra Medrea
  • La Danse, le Ballet de l’Opéra de Paris réalisé par Frederick Wiseman
  • Himalaya, le Chemin du Ciel réalisé par Marianne Chaud
  • Home réalisé par Yann-Arthus Bertrand
  • Ne me libérez pas je m’en charge réalisé par Fabienne Godet

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