La Régate, violence des échanges en milieu familial

10 mars 2010 par Thomas Lapointe  
Classé dans Cinéma, Critiques

Avec La Régate, Bernard Bellefroid réalise un film subtil et touchant sur la relation violente qui unit un père à son fils.


A 15 ans, Alexandre vit seul à Namur avec son père. Un père violent qui le bat à la moindre confrontation. Pour échapper à ce quotidien cruel, Alexandre a l’aviron comme refuge. Et comme seule obsession : gagner les championnats de Belgique.

A travers cette histoire, le réalisateur aborde un sujet difficile, sans pathos et sans mièvrerie. Au contraire, en refusant le romanesque et la psychologie, il s’attache à rendre compte de la relation ambigüe entre ce père et son fils. Une relation faite de violence et de coups, et malgré tout d’amour, d’un amour paternel qui n’arrive pas à s’exprimer ni à se faire comprendre. Une relation où les rôles tendent également à s’inverser : qui est le père ? qui est le fils ?

Un cinéma à fleur de peau où Bernard Bellefroid met en scène des meurtrissures personnelles intensément vécues par ses comédiens (le jeune Joffrey Verbruggen, dont les hésitations du jeu rajoutent à la vérité de son personnage, et Thierry Hancisse, de la Comédie-Française, à l’ambivalence plus que troublante). Un premier long-métrage pudique et bouleversant, dont le ton juste révèle tune profonde maturité. Une belle révélation.


Lovely Bones, perdu entre deux univers

2 mars 2010 par Thomas Lapointe  
Classé dans Cinéma, Critiques

Retour à un cinéma plus classique pour Peter Jackson qui adapte ici La Nostalgie de l’ange, le best-seller d’Alice Sebold. Résultat plus que mitigé…

lovely bones

Susie Salmon, jeune fille de quatorze ans, mène une vie paisible dans une petite ville des Etats-Unis, entre sa vie familiale et ses amis du collège. Jusqu’au 6 décembre 1973, jour où l’un de ses voisins la tue. Mais pourtant, tout n’est pas fini pour Susie : depuis un entre-deux, lieu de passage entre la mort et l’au-delà, elle observe sa famille sous le choc de sa mort faire son deuil et tenter de recouper les éléments pour retrouver son assassin… Un scénario, qui, une fois mis en boîte, nous fait découvrir une autre facette du réalisateur de la trilogie du Seigneur des Anneaux, plus proche de ses Créatures célestes (1995).

Peter Jackson met en scène deux genres très différents. D’une part, un univers réaliste qui, après la mort de Susie, prend la forme d’un polar tragique assorti d’une réflexion sur le deuil. D’autre part, un entre-deux merveilleux, lieu de tous les possibles, où Susie prend du recul sur sa propre existence. Mais force est de constater que le réalisateur ne réussit pas à insuffler la même force dans ces deux univers. Autant la partie « thriller » fonctionne parfaitement, sa tonalité unique et sa tension constante nous plongent dans une émotion intense, autant la partie « fantastique » est complètement ratée.

Malgré sa grande inventivité visuelle, ce monde imaginaire, sans subtilité pour le coup, découle d’une imagerie totalement kitsch, véritablement naïve et indubitablement ridicule : collines verdoyantes, soleil magnifique, immenses cascades, papillons et fleurs à qui mieux-mieux… En sautant d’un genre à l’autre, le film perd au fur et à mesure de sa puissance. Un retour quelque peu manqué pour Peter Jackson. Toutefois, mention spéciale à l’excellent Stanley Tucci, méconnaissable en voisin serial killer.

Bright Star, romantique et tragique

28 janvier 2010 par Thomas Lapointe  
Classé dans Cinéma, Critiques

Six ans après son dernier film In The Cut, retour en grâce pour la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion avec Bright Star, un film sur les dernières années de la vie du poète romantique anglais John Keats.


Nous sommes près de Londres au début du XIXe siècle. Malgré des premiers contact plutôt froids, le poète John Keats, âgé de 23 ans, s’éprend de sa voisine Fanny Brawne, une jeune femme un rien effrontée et originale. Débute alors une histoire d’amour ravageur que ni leur entourage, ni la maladie ne pourront arrêter.

Avec Bright Star, Jane Campion ose le sentimentalisme profond en s’emparant avec la plus grande sincérité des clichés poétiques, mais réussit à éviter – exercice ô combien délicat – toute sensiblerie niaise. Sous les apparences élégantes et raffinées du film à costume, les cœurs et les esprits se consument sans retenue. Un tumulte des sentiments auquel répondent la beauté visuelle et la lumière exaltante des images, grâce au travail du directeur de la photographie Greig Fraser.

Mais cette idylle romantique et tragique ne serait rien sans l’éclat de l’œuvre de Keats, sublimé par l’interprétation magistrale de Ben Whishaw (le Jean-Baptiste Grenouille du Parfum de Tom Tykwer). Son délicieux accent britannique et son phrasé restituent à merveille la beauté de la langue de Shakespeare et illuminent les sonorités des vers du poète. A ses côtés, la jeune australienne Abbie Cornish, pleine de fureur d’aimer, se languit devant la sensualité prononcée de Keats et de ses lettres passionnées. Une exaltation du verbe et du sentiment qui donne envie d’aimer.

Le Père de mes Enfants, une juste mélancolie

23 janvier 2010 par Thomas Lapointe  
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Nouvelle figure du cinéma d’auteur français, Mia Hansen-Love trace son chemin avec un deuxième film marqué par la figure du producteur Humbert Balsan.

Grégoire Canvel est un producteur de films passionné qui porte à bout de bras des projets difficiles et un père de famille trop souvent absent, mais comblé par l’amour de sa famille. Pourtant, le trop grand nombre de risques pris, les dettes qui s’accumulent font émerger en lui une mélancolie et un désespoir qui le mèneront jusqu’au suicide…

Evidemment plane sur cette histoire la silhouette du producteur français Humbert Balsan, qui s’est donné la mort en 2005. Mais loin d’une hagiographie complaisante, Mia Hansen-Love réalise avec Le père de mes enfants une œuvre personnelle, en s’appropriant véritablement cette histoire. Grâce à une réalisation fluide, elle nous parle des coulisses du cinéma, mais aussi de transmission.

Car il y a l’avant et l’après-suicide : le deuil, la reconstruction, apprendre à vivre sans le mari, sans le père, mais avec son souvenir, avec ce qu’il a laissé derrière lui. Jamais le film ne tombe dans le pathos. Au contraire, la réalisatrice s’attache à tenir le pari de la simplicité, sans jamais tricher. Car c’est en l’homme qu’elle croit, en sa sagesse, en sa vérité, desquelles naissent les émotions. Un film subtil et bouleversant, dur et pourtant toujours très lumineux. Comme dans son précédent film Tout est Pardonné, la réalisatrice et son directeur de la photographie Pascal Auffray réussissent à capter toute la fraîcheur de la lumière d’été comme personne.

Outre son talent pour la réalisation, Mia Hansen-Love est également une excellente directrice d’acteurs, tous inconnus, avec à leur tête Louis-Do de Lencquesaing, d’un naturel étonnant, mais également la touchante Chiara Caselli et la lumineuse Alice de Lencquesaing, sa femme et sa fille qui portent le deuil avec humilité, force et fierté. Un film qui respire la douceur, et dont la mélancolie étreint longtemps.

Les Chats Persans, une ode à la liberté

21 janvier 2010 par Thomas Lapointe  
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Téhéran, aujourd’hui. A peine sortis de prison, Negar et Ashkan, un jeune homme et une jeune fille passionnés de musique, cherchent à monter un groupe de rock et à fuir le pays pour se produire à l’étranger. Pour se faire, ils parcourent la capitale iranienne à la rencontre de musiciens underground qui répètent dans des caves ou sur les toits des immeubles.

Car là est toute l’ironie de l’histoire : en Iran, la musique dite « occidentale » est prohibée… Comme les chats et les chiens, que la loi islamique interdit de sortir des foyers, ils sont obligés de se cacher pour vivre leur passion. Filmés clandestinement en seulement dix-sept jours, les dix clips qui composent le film sont liés par un fil directeur, cette course folle des deux personnages principaux à travers le Téhéran contemporain, avec au bout comme seule issue l’exil.

Car le propos du film est aussi politique. Avec une véritable audace, Ghobadi remet en question toutes les astreintes à la liberté imposées par le régime islamique. Dans une mise en scène pleine de rage et de ferveur, il dévoile l’énergie folle d’une jeunesse qui aspire à la liberté créatrice (rappelons que plus de 55% de la population a moins de 24 ans). Et nous fait découvrir de vrais talents musicaux, parmi lesquels le duo pop Take It Easy Hospital ou le groupe Yellow Dogs, dont la vitalité fait immédiatement penser à la nouvelle scène rock anglaise.

Sans concessions, mais avec humour, le film rend hommage à cette nouvelle génération qui voit nombre de ses rêves et de ses espoirs brisés, mais qui n’a pas pour autant dit son dernier mot. Les récentes manifestations dans le pays qui ont suivi la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en sont comme l’écho révélateur. Avec Les Chats persans, le cinéaste iranien Bahman Ghobadi, aujourd’hui en exil, réalise une ode à la création. Un film qui respire la liberté à tous les étages et dont le bouillonnement intérieur n’a pas fini de nous épater.

A Very Bad Trip so funny

24 juin 2009 par Aurélie Barriat  
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Voilà un film comme qui dirait… très attendu. Very Bad Trip connait un joli succès outre-atlantique avec un total de 100 millions de dollars de recettes sur deux semaines consécutives au top du classement. Une surprise pour un film qui n’a aucune grosse tête d’affiche, et on s’en réjouit. Au lendemain d’un enterrement de vie de garçon made in Las Vegas, une bande de trois amis se rend compte que le fiancé a disparu alors que le mariage est prévu dans moins de deux jours. Il va donc falloir le retrouver, malgré une gueule de bois  telle qu’ils n’ont aucun souvenir de la veille…

La force de ce road-trip à l’américaine réside sans nul doute dans le jeu sans reproches de ses acteurs principaux. Vous reconnaîtrez sûrement Bradley Cooper (Phil), le beau gosse de la bande, qui jouait le rôle de Will Tippin dans la cultissime Alias au côté de Jennifer Garner, et en ce moment même celui d’un acteur prétentieux complètement hilarant dans la saison 5 de Nip/Tuck. Sa carrière semble donc bien lancée. Zach Galifianakis (Alan) avait quant à lui un rôle récurrent dans la série Tru Calling.

Quant à Ed Helms (Stu), il interprète le rôle d’Andy Bernard dans la série The Office et vous le reconnaitrez également pour l’avoir aperçu dans La Nuit au Musée. Si le film n’a rien d’original en soi et utilise la recette infatigable du trio beau-gosse/boulet/comique, ces trois acteurs ont su trouver leur place aisément, donnant ainsi au film toute sa dimension comique un peu osée… qui peut plaire autant qu’elle peut énerver. Attention donc à ne pas tout prendre au premier degré.

Les situations aussi hilarantes que politiquement incorrectes se succèdent à un rythme effréné. Avec un scénario bien ficelé mais qui aurait pu devenir incohérent à un rythme aussi soutenu, le réalisateur Todd Philips garde le cap, dépasse les bornes, et ça marche! Le public suit, je dirais même court et bizarrement, ce sont surtout les hommes qui ont ri à en pleurer durant la projection presse, les femmes se contentant, elles, d’esquisser des rires amusés et polis. Very Bad Trip un film de mecs? Peut-être, parce qu’il n’y a qu’eux qui peuvent se fourrer dans de telles situations et se reconnaître dans cette histoire!

Very Bad Trip n’est sûrement pas un grand film, mais bourré d’humour potache il vous offrira un bon moment de franche rigolade. A découvrir entre amis. Un p’tit tuyau : restez jusqu’à la fin du générique ;-)

Wolverine, le blockbuster tranquille

13 mai 2009 par John  
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Après la trilogie X-Men, due à Bryan Singer pour les deux premiers et à Brett Ratner pour le dernier (celui que j’ai préféré, à titre purement personnel), voici donc Gavin « Mon Nom est Tsotsi » Hood qui s’y colle avec ce préquel narrant l’histoire de M. Griffounettes en adamantium (ouais on est aussi intimes). Et franchement 1) Hood n’a pas à rougir comparé à ses illustres prédécesseurs et 2) il est clairement meilleur réalisateur de blockbuster que de film pseudo-intelligents sensés saisir la misère du monde en 1h30 (parce que si vous avez précisément 1h30 à perdre regardez Mon Nom est Tsotsi, vous serez servis comme au Fouquet’s…).

Sarcasmes mis à part, Wolverine se propose de narrer la genèse de… Wolverine (surprenant non ?). Hugh Jackman rempile, et c’est tant mieux parce que même si jouer Wolverine ne demande pas nécessairement une forte implication émotionnelle c’est toujours plus agréable quand c’est joué avec sérieux et surtout, avec talent. Et plus généralement le casting est plutôt solide, dans l’ensemble, de même que la direction d’acteur. De ce point de vue là, Hood marque donc des points.

Ensuite concernant l’action, alors là mes chers amis pas de soucis, vous serez servis ! Les scènes sont vraiment très intenses, et le final est carrément dantesque. Si vous voulez débrancher votre cerveau pendant 1h30 et voir tout péter dans l’écran du cinéma alors allez voir Wolvie, croyez moi cette fois-ci vous ne vouez ennuierez pas ! Donc là second bon point pour Hood : ce n’est certes pas Michael Bay mais sa direction des scènes d’action est franchement impressionnante. Et ce d’autant plus que c’est seulement son premier gros film d’action (j’admets que ça laisse rêveur pour la suite de sa carrière…).

Dernier point, celui sur lequel les préquels achoppent souvent : le scénario. J’ignore s’il respecte la mythologie des comics, mais pour le coup, sans non plus proposer un compétiteur sérieux pour le prochain Oscar du meilleur scénario, dans l’ensemble ça tient plutôt la route. On est loin de certaines bouses insipides à l’histoire carrément invraisemblable (je pense à Prédictions, d’Alex Proyas, où tout le film tend vers un fin certes carrément spectaculaire à tous points de vue, mais laisse la rigueur sur le côté de la route un peu trop souvent… Pas de ça dans Wolverine, ou alors pas plus que ce qui est humainement tolérable). Donc côté scénario, ça tient aussi la route.

Dernier petit point : la musique de Harry Gregson-Williams, un compositeur que j’aime beaucoup. Ça faisait longtemps que je n’avais pas entendu sa musique dans un film, et ce fut un réel plaisir que de retrouver sa patte si caractéristique. J’aurais même tendance à penser que va éclore d’ici peu l’un des compositeurs majeurs de la nouvelle génération, mais enfin comme pour la finale de la Coupe de France gardons-nous de tout pronostic hasardeux !

Pour résumer, sur ce Wolverine on a donc : un casting et une direction d’acteur franchement pas mauvais, des scènes d’action vraiment intenses, et un scénario plutôt potable. Pour un film de ce genre, et contrairement à ce qu’en disent les critiques que j’ai pu lire, je trouve donc que c’est plutôt pas mal. Le contrat tacite du pur divertissement hollywoodien est plus que bien rempli ! En tout cas je n’en suis pas déçu. Pour conclure cette seconde critique en à peine 3 jours (quelle productivité…) je vous quitterais avec : vivement le prochain blockbuster de Gavin Hood. Car si Wolverine n’est pas une « erreur inversée de parcours », un grand filmaker semble être né avec ce film… Rendez-vous je ne sais donc pas quand pour son prochain film !

LE PETIT MOT DE MARINE : Juste pour te contredire très fortement sur le X-Men de Brett Ratner qui est le plus nul tu veux dire !! Alors que les deux de Singer avaient réussi à instaurer une véritable mythologie des personnages, celui de Ratner s’est contenté d’aligner les explosions et les effets spéciaux. En ressort certes un bon film d’action, mais sans scénario digne de ce nom derrière. A part ça j’ai été plutôt déçu de ce Wolverine, que je trouve du même acabit que le troisième opus des X-Men. Mais je voulais ABSOLUMENT dire un petit mot du casting, notamment de Liev Schreiber colossal en psychopathe incontrôlable mais surtout de mon petit chouchou Taylor Kitsch / Gambit qui fait ses premiers (petits) pas avec talent sur grand écran.

| Publié par John
| 13 Mai 2009  19:57

Star Trek, le retour d’un truc trop vieux que nous les jeunes on connait pas (ou peu)

11 mai 2009 par John  
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La critique du nouveau Star Trek par J.J. Abrams est dithyrambique. Je plussoie : le film est un pur moment de divertissement. Voyez donc pourquoi. Tout le monde connait Star Trek, le « V » de la main et les super oreilles de Spock dont je suis sûr que vous avez secrètement désiré avoir les mêmes ! Allez avouez je vous ai vu !

Bon, plaisanteries mises à part ce nouveau Star Trek est le point de départ de la saga, ou comment Spock rencontre le Capitaine Kirk. Ça sent la réécriture « Abramsienne » du mythe à plein nez ça, et très franchement, on adore !

Autant être honnête : je suis trop jeune pour avoir connu l’original. Du film je ne suis donc pas en mesure de percevoir les éventuels clins d’œil à la série initiale. Cependant, dans le domaine du pur spectacle, comme je vous le disait en préambule J.J. (ouais on est intimes) a réussi là un sacré défi : jouer la carte du spectaculaire ET du scénario intelligent, qui tire le spectateur de sa torpeur estivale (enfin je dis ça parce que je suis dans le Sud et que donc forcément il y fait plus chaud qu’à Paris…).

A ce titre la scène d’ouverture est proprement grandiose, car entre deux explosions elle parvient à arracher des larmes au spectateur tant sa charge émotionnelle est intense. Oui, des larmes 1) dans un film de SF 2) dans Star Trek, qui représente peut-être tous les poncifs les plus éculés du genre. Comme quoi faire du bon cinéma n’est une question ni de genre ni de références, mais bien de talent. Et j’ose le dire : je soupçonne J.J. Abrams d’en avoir une sacré dose. Un talent de filmaker intelligent (un peu comme Tony Scott mais en version SF). Il n’aura certes jamais d’Oscar, ne faisons pas de Star Trek un film qu’il n’est pas, mais parvenir à remplir le cahier des charges du studio ET à divertir les spectateurs sans les prendre pour des porte-monnaies ambulants, franchement, c’est suffisamment peu fréquent pour être souligné !

Bref, cette critique est courte, on dira même que c’est une micro-critique. Mais je pense avoir fait le tour de la question : ce nouveau Star Trek est une refonte fort intelligente pour ceux qui découvrent la saga, et celle-ci ne sacrifie ni le spectaculaire, ni les spectateurs ne connaissant pas la série originale, ni le scénario qui demeure à chaque instant intelligent et fouillé. Tout le monde semble donc y trouver son compte. Alors, à ce compte là si vous me permettez ce jeu de mot inutile, que demander de plus ?

Je concluerais avec la question du casting : Chris Pine en Kirk ravira les demoiselles (et certains messieurs), de même que Zachary « Sylar de Heroes » Quinto, très convaincant en Spock engoncé dans sa logique implacable et son absence de sentiments (du moins au départ), et enfin Eric Bana est méconnaissable en psychopathe-pas-gentil-qui-veut-détruire-l’univers (d’ailleurs à quand un Morphing Marine ? Entre Star Trek, Hulk et Troie il semble prometteur le Ericounet !). Et c’est un plaisir de retrouver Simon Pegg (Hot Fuzz, Shaun of the Dead), Karl Urban (Le Seigneur des Anneaux, Les Chroniques de Riddick) et Bruce Greenwood (I, Robot, Capote) dans des seconds rôles certes secondaires mais tous aussi savoureux les uns que les autres.

Alors croyez si je vous le dis, ce Star Trek est une pure réussite de divertissement intelligent !

PS : un clin d’oeil sans rapport à ma petite Marine, car ce soir la Bretagne a été à l’honneur au Stade de France ! Même si comme elle j’imagine, j’avais une petite (en fait non énorme) préférence pour Rennes ! Bravo à Guingamp pour sa victoire méritée !

| Publié par John
| 11 Mai 2009  12:27

OSS 117 : Rio ne répond plus

29 avril 2009 par Marine Bienvenot  
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Hubert Bonisseur de la Bath, alias OSS 117, est de retour avec peut-être moins de Sean, mais toujours autant de Connery! Trois ans après ses aventures débridés au Caire (véritable nid d’espions), l’agent secret le plus débile de France (mais paradoxalement désigné comme le meilleur) repart en mission. Il est en effet envoyé au Brésil afin de récupérer auprès d’un nazi en fuite des micro-films compromettant de hauts dignitaires français ayant collaboré avec les allemands lors de la 2è Guerre Mondiale.

Si seulement trois ans séparent les deux films de Michel Hazanavicius, douze ans se sont écoulés entre les intrigues du Caire nid d’espions et de Rio ne répond plus. En 1955, OSS était raciste, macho et un peu limité intellectuellement il faut bien l’avouer, et bien en 1967 il l’est toujours autant, et c’est tout le problème. En plein mouvement contestataire sixties le monde démarre une révolution des mœurs mais Hubert n’a pas évolué d’un pouce. Au cours de son investigation, il se verra contraint de collaborer avec le Mossad (services secrets israéliens) et aussi surprenant que cela lui paraisse, c’est une femme qui devient son alter-ego dans l’enquête, qui plus est une femme en pleine émancipation qui le confronte à ses valeurs démodées et qui (c’est un comble) refuse de céder à ses avances. Perdant en estime de soi, Hubert devient touchant et laisse entrevoir une certaine fragilité. En 1955, il était un modèle de masculinité, aujourd’hui il est has been. Il ne comprend absolument pas pourquoi les jeunes hippies veulent changer ce monde qu’il trouve parfait, même si ces derniers l’initient au plaisir du « faites l’amour pas la guerre », reposant les questions quant à l’homosexualité refoulée de l’agent.

Si Jean Dujardin est toujours au sommet de son art avec un jeu tout en sourcils à se tordre de rire, son OSS Girl à bien du mal à le suivre. Même si on sait que la partenaire féminine du héros sert souvent de faire-valoir (comme c’est aussi le cas pour son collègue James Bond), Dolorès manque un peu d’auto-dérision, nous apparait un peu trop maussade (maussade=Mossad … rooooooh c’est bon je sors!) mais nous permet tout de même d’entrevoir le gros potentiel de Louise Monot. Le reste du casting est rempli (comme pour le premier épisode) de « gueules » inoubliables et ayant toutes des interactions inoubliables avec notre héros.

Sur le fond, on savoure ce petit bijou d’insolence et d’impertinence car Michel Hazanavicius et Jean-François Halin ont réussi à éviter les écueils d’un numéro 2. Rio ne répond plus n’étant pas à proprement parler la suite du Caire nid d’espions, l’évolution d’OSS permet des dialogues plus fins  et transcendés de répliques savoureuses déjà promises à devenir cultes. Le comique de situation est également un ressort très utilisé par nos compères et qui atteint son apogée dans une scène comme celle de la course-poursuite au ralenti à l’hôpital, un sommet du genre!

Sur la forme, Michel Hazanavicius est bourré de références cinéphiles et ce maître de la parodie (on lui doit le cultissime et génial Grand Détournement) en fait partager quelques-unes dans son film (entre autres Vertigo, Dr. No, Sueurs Froides, La Mort aux Trousses …). Du côté de la mise en scène un travail hallucinant a été fait pour recréer toute l’esthétique sixties : les vêtements, les coiffures, les décors, la musique et même les effets spéciaux old school ont tout du kitsch qui symbolise cette époque.  Et la ville de Rio de Janeiro s’intègre complètement dans cette optique grâce à l’architecture d’Oscar Niemeyer et à des lieux cultes tels que le Christ du Corcovado ou la plage de Copacabana. La réalisation s’attarde aussi sur l’ambiance particulière de cette époque et des films qui y ont été produit, Michel Hazanavicius introduit donc un soupçon de psychédélisme dans ses images et abuse du split-screen pour un effet plus que réussi.

Bref, en évitant de resservir les mêmes ingrédients que pour le premier opus mais fourmillant de références intelligentes, Michel Hazanavicius a réussi à donner une ampleure comique rare à ce que l’on peut désormais appeler la saga OSS 117. La maîtrise du scénario et de la mise en scène lui permet d’aller très loin dans le politiquement incorrect sans que cela lui soit reproché, ce qui est aujourd’hui plus que rare dans les comédies françaises. OSS 117, Rio ne répond plus est un vrai bol d’air frais, intelligent qui plus est, et offrant à Jean Dujardin le rôle d’une icône du burlesque amené à traverser les années telle une référence en la matière. Il ne nous reste plus qu’à attendre le troisième volume des aventures d’Hubert Bonisseur de la Bath, que l’on murmure se situant en Afrique à l’aube des années 80… Je languis !

Publié par Marine Bienvenot
|28 Avril 2009 22:01

Rachel se marie … mais Kym n’est pas à la noce

22 avril 2009 par Marine Bienvenot  
Classé dans Cinéma, Critiques

Ne nous méprenons pas, il y a certes mariage, mais Rachel se marie n’est pas une comédie romantique, loin de là. Ne nous méprenons toujours pas, le prénom dans le titre est bien Rachel mais la vraie héroïne se nomme Kym. Quant à l’homme derrière la caméra, pas de méprise possible il s’agit bien de Jonathan Demme, Mr Le Silence des Agneaux, Mr Philadelphia, Mr Un Crime dans la Tête … bref, quelqu’un dont on avait très envie de découvrir le nouveau film, d’autant plus quand on sait qu’il a été écrit par la fille de Sidney Lumet (Douze Hommes en Colère, Serpico et récemment 7h58 ce Samedi là) Jenny, qui en a fait son tout premier scénario.

Rachel (Rosemarie DeWitt) se marie donc et sa sœur cadette, Kym (Anne Hathaway), en profite pour quitter une énième fois sa cure de désintoxication et revenir sur les lieux de son enfance, retrouvant au passage sa famille (ce qui engendrera crises et conflits) et des souvenirs parfois douloureux. On peut de prime abord être désarçonné par la mise en scène, Demme ayant décidé de garder certains automatismes de la réalisation de documentaires pour sa fiction (caméra à l’épaule, gros plan sur le visage des personnages, musique omniprésente, long plans fixes, lumière blafarde). Mais on se rend vite compte que ce parti pris permet de mieux rendre compte de chacun des membres de cette famille, éclatée par un drame mais paradoxalement toujours unie. De nous les rendre plus proches et plus compréhensibles.

Le mariage n’est pas le sujet principal mais il n’en reste pas moins l’occasion d’aborder des thèmes sensibles et forts pour cette famille tels que l’addiction, la compétition au sein d’une fratrie, comment un drame peut faire imploser une cellule familiale ou bien encore le couple inter-racial.  Si certaines longueurs peuvent se faire sentir dans les préparatifs du mariage, cela ne devient jamais rébarbatif grâce au jeu irréprochable d’un casting non loin du sans faute. Anne Hathaway prouve ici (même si on s‘en doutait après ses nominations aux Golden Globes et Oscars 2009) qu’elle est capable d’une performance inoubliable entre émotion, rébellion et rédemption. Bien loin de ce qu’on l’on a pu découvrir d’elle dans Princesse Malgré Elle, Max la Menace, Meilleures Ennemies et dans une moindre mesure Le Diable s’habille en Prada, elle crève l’écran alors qu’elle n’est pourtant pas à son avantage physiquement parlant. A ses côtés Rosemarie DeWitt tente de garder son sang-froid face à une soeur qu’elle aimerait pouvoir détester, Tunde Adebimpe interprète le futur mari calme et compréhensif, Debra Winger campe une mère dont la relation avec ses filles est rongée par les non-dits et Bill Irwin joue un père pétri de remords qui fait tout pour garder sa famille à flot, quitte à en être étouffant.

Le cinéma regorge de portraits de famille, mais Rachel se marie réussit le tour de force de nous dépeindre l’une d’entre elle, loin de la perfection et dont les membres ont tous leur part d’ombre. Kym est seulement celle chez qui elle est la plus visible et donc peut-être celle qui souffre le plus. Constamment à fleur de peau, ce personnage offre à Anne Hathaway un rôle que l’on n’oubliera pas pour un film à la fois passionnant, drôle et extrêmement émouvant.

Publié par Marine Bienvenot
|22 Avril 2009 22:14

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