Bloody Sunday à Carhaix

Moby (© A.Somvang)

Moby (© A.Somvang)

Le voilà ce fameux dernier jour, où le cerveau semble comme embrumé, trop occupé à passer outre la douleur physique et la fatigue (ouais on est vraiment très vieux!). Bizarrement c’est aussi celui dont on se rappelle le plus, celui qui marque la fin de l’aventure et les souvenirs les plus fous. Dans le désordre :  dégagement d’un couloir au milieu des festivaliers en plein concert pour courir un 100 mètres à quatre pattes, terminer son régime kebab-frites à une moyenne d’environ six pour trois jours, vivre les yeux fermés tout le concert de Francis Cabrel et par la même passer pour un aveugle auprès des festivaliers qui viennent proposer leur aide, partir dans un slam non-désiré et atterrir juste à côté d’un camarade, récupérer son crédit à minuit et appeler la terre entière pour faire profiter de Moby, retrouver votre oncle (aveugle et les genoux en sang) alors que vous ne l’avez pas vu depuis la veille au soir … j’en passe et en oublie sûrement. Tout ça pour vous dire que les Charrues ça se termine dignement : bien accompagné, avec le beau temps (enfin), le cerveau plus qu’ouvert à la (bonne) musique et les semelles trouées à force de sauter. Let’s Go!

Moby – Julien Doré – The Ting Tings – The Rakes – Francis Cabrel – Two Many DJ’s – L’Angle Mort

Julien Doré (© M.Bienvenot)

Julien Doré (© M.Bienvenot)

Sorti tout droit de la Nouvelle Star édition 2007 avec les honneurs et une sympathique petite couronne de lauriers tressée sur sa blonde et frisée chevelure, Julien Doré et plus qu’attendu au tournant. Si les reprises faites à Baltard avait lancé le buzz autour de lui et laissé entrevoir un talent certain, restait à savoir si le Doré pouvait aussi faire vivre ses propres chansons. Avec son premier album, Ersatz, il m’avait un peu décontenancé, des petites pépites mais rien de transcendant non plus. Et bien sur scène c’est pareil. Pour ses premières Charrues il a les honneurs de Glenmor en ouverture de la dernière journée, mais durant toute la première partie du spectacle, le jeune homme ne convainc pas : too much dans son personnage (et vas-y que j’escalade le mur d’amplis et que je sais pas redescendre, et vas-y que je me dandine et hurle dans tous les sens…), une musique trop lourde avec son groupe The Bash. Mais le voilà qui mixe les deux chansons qui l’ont lancé (la reprise de « Moi Lolita » d’Alizée et « Les Limites ») et Julien Doré est comme libéré. Le concert prend enfin de l’ampleur et on reconnait volontiers que la nouvelle star n’est pas là par hasard et que sa musique a tout de sincère.

Vient ensuite l’heure de la sieste de Francis Cabrel. Bon autant le dire clairement je ne pense pas être la tranche d’âge touché et visé par l’homme à la moustache, même si je connais tous ces tubes par cœur (la fameuse cassette des vacances 1994). Bon je n’ai pas été jusqu’à vivre le concert les yeux fermés (comme certains), juste assise. Humble et heureux de vivre un concert devant plus de 40 000 spectateurs (et Alain Souchon venu incognito), Francis Cabrel avoue être fier de jouer dans « un festival qui est plus connu que les gens qui y passent » et nous livre ses chansons en toute tranquillité en passant par les tubes, repris en cœur par tous et à tous âges : « Petite Marie », « Je L’aime à Mourir », « Sarbacane », « La Cabane du Pêcheur », « La Corrida », « Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai »

Par pure curiosité, nous avons lâchement abandonné l’ami Francis pour aller jeter un coup d’œil à la nouvelle formation de l’ancien guitariste de Noir Désir, Serge Teyssot-Gay, appelée L’Angle Mort. Et le choc est assez saisissant, certes la puissance de la guitare à la Noir Dez’ est bien présente, la rage des textes et de l’interprétation aussi mais ce n’est pas Bertrand Cantat au micro, ni même du rock. En effet, le guitariste est accompagné de Hamé et Casey qui scandent leurs textes avec fureur et version rap. On comprend alors totalement ce qui a pu séduire Teyssot-Gay dans le projet, tant on a l’impression de retrouver la rage de chanter et la fureur de vivre qui faisait la classe de Noir Désir. Si le côté instrumental très rock fait plutôt plaisir à entendre le rap posé dessus n’a rien d’original, même si l’on ne peut pas lui reprocher un manque de sincérité et d’énergie.

Bon à cette heure-ci le père Francis nous a quand même bien bercé, c’était sans compter sur les Ting Tings

The Ting Tings (© A. Somvang)

The Ting Tings (© A. Somvang)

pour remettre tout ce beau monde dans le droit chemin de la fête! Un concert d’anthologie où Katie White et Jules de Martino ont soulevé la foule (très dense) à coup de « That’s Not My Name », « Great DJ », « We Started Nothing », « We Walk », et l’imparable « Shut Up & Let Me Go » en fin de set pour nous achever. Katie, dont le charisme sur scène est indéniable, s’autorise même quelques mots en français : « Mon français est merdique mais tout ce que nous voulons faire, c’est vous faire danser comme des oufs !! ». Contrat plus que rempli. Et Jules l’homme-orchestre, de se faire plaisir avec des bootlegs, « Ghostbusters » par exemple. Seul petit regret, que ces grands fous aient du se contenter de Kerouac, la grande scène leur aurait été comme un gant.

Après avoir profité du coucher de soleil (et oui on y a eu droit) et d’une petite pause bien mérité après les Ting Tings, 23h sonne au clocher du coin et un duo de DJ belge arrive en lieu et place de la petite anglaise Lily Allen, qui a annulé sa venue à quelques jours du grand rush sans explication valable (autant vous dire que dans la bouche du programmateur ça signifie plus jamais de Lily Allen aux Charrues. Fuck you very much!). Bref, sur Glenmor se sont donc finalement les 2 Many DJ’s qui ont la lourde tâche de nous faire bouger au son de leurs platines. Bon pour tout vous dire, moi j’ai plutôt bu la tasse : quand ils entament avec leur propres compos ça devient très vitre lassant, mais quand par la suite ils mixent celles des autres (de Gossip à un hommage au feu Roi de la Pop), ça ressemble vite à un cour accéléré de rattrapage « les tubes musicaux des 20 dernières années à la sauce électro pour les nuls ». Barbant.

Mais alors la grosse déception de ce festival en ce qui me concerne, est arrivé juste après … à 00h sur la scène Kerouac. Les cinq dandys londoniens de The Rakes ont été loin d’être la hauteur, et pourtant j’adore ce qu’ils font (sauf le dernier album Klang) donc j’aurais plutôt eu une tendance exacerbée à l’indulgence. Loupé : les morceaux sont bâclés en moins de 3min, Alan Donohoe dont la nonchalance est la marque de fabrique semble complètement halluciné et attendre que ça se finisse (si possible sans lui), il chante faux et pas dans le rythme de son groupe qui fait pourtant tout ce qu’il peut pour rattraper le massacre, très peu d’interactions avec le public même quand résonnent « Open Book » ou « 22 Grand Job ». Bref, pour tout vous dire on est même parti avant la fin. Ça ne méritait pas plus.

Et quel final ! Vous vous dites déjà « quoi c’est la fin? l’heure du dernier concert a déjà sonné? ». Et bien oui et si la tradition est de finir (un peu comme en colo) par un temps calme, je m’attendais donc à voir arriver Moby tranquillement, un petit coucou à la foule avant de sa caler derrière ses platines et de nous faire planer avec son électro-pop. Et bien que nenni point du tout, j’irais même jusqu’à dire que je me suis mis le doigt dans l’œil et bien profond. Le divin chauve déboule à toute bringue sur la scène, guitare hurlante en bandoulière et tubes à gogo. On était d’ailleurs à chaque fois surpris de voir à chaque début de chanson un souffle venu des quatre coins de la Prairie et semblant dire : « Bon sang mais c’est bien sûr, ça aussi c’est Moby« . Se sont donc succédés « Porcelain », « Why Does My Heart Feel So Bad »Moby fait la part belle à son incroyable choriste, « Natural Blues », « We Are All Made Of Stars », « In This World », « Extreme Ways », « Lift Me Up » qui déclenche un jump ahurissant et le nouveau et calme « Mistake ». A chaque fois de grands moments de folie, d’émotion et de maîtrise par ce petit bonhomme très simple, concluant chacune des chansons par un « Merci beaucoup, merci beaucoup » en français. Je retiendrais particulièrement sa reprise de « Walk on The Wild Side » de Lou Reed où il nous fait part de son amour pour New-York et où tout le public reprend de concert les fameux « Tou tou dou tou dou… ». Un concert à la fois explosif tant le bonhomme ne se ménage pas côté chant et instruments (guitare, percus, platines pour un hommage à la French Touch), mais aussi plein de charme et de poésie. En réussissant à garder ses 50 000 spectateurs jusqu’à 2h du matin, ce dernier concert des 18è Vieilles Charrues est un succès!

A l'année prochaine (© J.Ledoux)

A l'année prochaine(© J. Ledoux)

Et bien voilà, le dernier concert achevé on écoute avec attention les directeurs et le programmateur dresser un petit bilan (positif) de cette édition où plus de 230 000 personnes se sont croisés au bar 8, au camping 10, aux toilettes sèches 4, voire même aux abords de Glenmor, Kerouac et Grall attirés par de la bonne musique. Et bien entendu, comme une tradition qu’il faut à tout prix respecter, nous applaudissons tout ensemble les 6000 bénévoles qui font des Vieilles Charrues, le plus grand festival de France, un putain de festival même! Alors voilà, tout le monde trainasse un peu, le site se vide lentement et la nostalgie gagne déjà tout le monde. Pour dire, on commence même à compter les gobelets écrasés laissés par terre afin de retarder la terrible échéance, celle du départ. Et puis voilà, on finit par se diriger vers le camping pour un dernier verre plutôt calme aux allures de bilan où ceux que nous avons rencontré ici se joignent à ceux avec qui nous sommes venus. La nuit aussi est plus calme, l’euphorie retombée (et la fatigue accumulée aidant) le réveil est plus doux, plus tard aussi. Le démontage des tentes se fait au ralenti mais il a quand même fallu qu’Eric oublie son portable dans la poche de la tente … redémontage. Après un petit pèlerinage et une minute de silence sur le lieu du GADIN (voir samedi), on remonte jusqu’à la voiture et les mouchoirs blancs s’agitent à chaque carrefours tout comme les promesses de se revoir l’an prochain et de se payer la première bière au bar 4. Et bien vous me croirez où non, mais dès qu’on a mis le contact il s’est mis à pleuvoir à torrent et ce jusqu’à Brest et jusqu’au lendemain. De là à se dire qu’il y a un Dieu des festivaliers il n’y a qu’un pas que je franchis aisément! Je finirai par vous dire que les Charrues 2009 c’était hyper top, qu’il y a eu beaucoup de surprises, de révélations et de confirmations et quelques déceptions. Que l’on repart avec l’idée d’y revenir le plus vite possible car on sait qu’on sera toujours bien reçu dans ce putain de festival! Un petit top pour terminer :

1. Izia

2. Moby

3. Charlie Winston / Ghinzu

4. Lenny Kravitz

5. The Ting Tings / Joseph Arthur & The Lonely Astronauts

Saturday night fever à Kerampuilh

Izia (© F.Villemin)

Izia (© F.Villemin)

Samedi matin (enfin plutôt midi), les paupières sont lourdes, les cervicales douloureuses, les voutes plantaires endolories, les oreilles sifflantes (ouais nous sommes déjà vieux) … ça y est on y est : le 2è jour de festival peut commencer ! Alors que petit déjeuner rime avec humidité, la promenade digestive dans les rues de Carhaix devient carrément synonyme d’inauguration des ponchos jaunes poussins pour certains (pas pour moi, je garde bien entendu intact mon sens inné de la mode). L’apéro se fait donc (c’est un comble) dans la voiture, les yeux rivés sur le pare-brise espérant voir les gouttes s’estomper et disparaitre avant le début des concerts. St Jack Daniel’s des causes perdues exauce nos prières en éclaircissant le ciel aux environs de 15h30, direction la Prairie mais il est déjà trop tard pour les minots de Coming Soon, dommage.

Charlie Winston – Izia – Ghinzu – Cocoon – Renan Luce – La Rue Kétanou – Les Frères Morvan et les Tambours du Bronx – Surkin

Coincés dans ce labyrinthe de barrières qu’est le passage sécurité, on trépigne d’impatience en entendant Cocoon commencer son set et en voyant notre voisin de devant vomir sur les chaussures du mec de la sécurité (intoxication alimentaire j’imagine…). On arrive juste à temps à Glenmor pour voir un jeune homme montrer ses fesses à la douce Morgane. Choquée ? Que nenni, c’est quand même elle qui a lancé le défi. Pour les avoir vus en concerts plus de fois que ma main (la gauche ou la droite à vous de choisir) ne compte de doigts, la grande scène les impressionne et le public, entièrement acquis à leur cause de petit groupe frais parfait pour une ouverture d’après-midi, les émeut. Toute cette vague de ballades folk au ukulélé ponctuée de reprises bien choisies (Outkast, Amy Winehouse, Carl Douglas) et d’inédits plus qu’intéressant, se termine par une petite séance photo souvenir. Chupee.

En venant aux Vieilles Charrues on sait qu’on aura droit à un concert hors-normes, un concert organisé spécialement pour le festival, un concert groupant généralement deux influences n’ayant de prime abord aucun rapport l’une avec l’autre. Et cette année on peut dire que le contraste est plus que saisissant. En invitant les Tambours du Bronx, groupe de percussions urbaines, à partager la scène avec les Frères Morvan, duo mythique de folklore breton totalisant 153 ans à eux deux, les programmateurs tentent un gros coup en forme d’hommage. En voyant arriver ces deux petits papys pantalons en velours côtelé nettement au-dessus du nombril, chemises a carreaux bien entendu rentrées dans le-dit pantalon et bérets à l’ancienne, on se dit que cette scène semble bien grande pour eux. Et puis ils se mettent à chanter, en solo sur cinq morceaux pour commencer et ils envoient du bois ! Les quelques 35 000 personnes présentes ont  juste l’impression de se retrouver en plein fest-noz sur la place de Plouaret-Tregor un 14 juillet, le verre de cidre à la main. Dommage que leur prestation solo devienne vite redondante et que la monotonie du rythme de leurs chants bride quelque peu les Tambours venus les rejoindre pour le final. Atypique, cette rencontre n’a peut-être pas trouvé son public mais fera du moins date pour le festival.

Ghinzu (© M.Monteils)

Ghinzu (© M.Monteils)

Après avoir repéré Marine Blue (étant moi-même Marine Red) et passé un petit moment avec elle, La Marche Impériale de Star Wars retentit et John Stargasm et ses acolytes de Ghinzu rentrent en scène en remplacement de NTM (un direct de la prison ça aurait pu être inédit… à méditer pour l’an prochain). Leur dernier album « Mirror, Mirror » hante régulièrement mes cages à miel depuis sa sortie sans les lasser et  ce soir la question ne se pose absolument pas : miroir, miroir ce sont bien les Ghinzu les plus beaux. Lunettes de soleil noires vissés sur les yeux, costards classes, guitares débridées, bains de foule, émeute sur « Do You Read Me », larmes sur « The Dragster Wave », évanouissements sur « Take It Easy », escalade de clavier et rappel en portant le masque de Dark Vador.  Bref, Ghinzu c’est de la cold-wave ultra chaude!

Après le show titanesque des belges de Ghinzu, on se retourne vers Glenmor pour Renan Luce, le régional de l’étape. Élevé à Morlaix, il était tout ému de venir en voisin dans un festival qui le faisait rêver depuis tout jeune. Nettement plus humble et sympathique que Bénabar hier, ses petites ritournelles ciselées aux textes attachants et filmiques, connues de tous font mouche. Le public reprend en cœur « Monsieur Marcel », « Les Voisines », « Le Lacrymal Circus » et bien entendu « La Lettre ». Et puis quand il nous fait l’honneur de quelques extraits de son prochain album Le Clan des Miros, on ne boude pas son plaisir, d’autant plus que le titre de l’un d’entre eux (intitulé « Nantes ») lui permet de réactualiser avec humour la vieille querelle entre Nantais et Bretons. Ajouté à cela un hommage à Michael Jackson et le tour est joué, Renan Luce a charmé Kerampuilh.

Après Renan Luce, certains voulait profiter d’une pause avant Charlie Winston mais c’est là que je me lève et que dis « nooooon les gars vous allez passer à côté de quelque chose d’énorme! » « Quoi ça? » me répondent-ils. « Iziaaaa! » hurle-je. Si la possibilité qu’une gamine de 18 ans retourne complètement la scène Kerouac les laisse dubitatifs, les garçons me suivent quand même. La fille de Jacques Higelin débarque toute seule sur scène avec sa guitare sur « Life is Going Down » et il lui faut moins de deux minutes pour tout faire exploser. J’ai entendu parler d’un manque de finesse et d’expérience à propos la jeune fille mais fuck, cela faisait bien longtemps qu’on avait pas vu et entendu du vrai rock, un rock gueulé du fond des tripes en France, qui plus est par une femme. De sa voix rauque, qui n’est pas sans rappeler la grande Janis Joplin, Izia électrise la foule à coup de dialogues à légère connotations sexuelles avec son public. Elle finira même par faire tomber le haut en demandant pardon à sa mère de s’être mise à poil devant 40 000 personnes. Qui a dit provocation ? Et puis côté musique elle assure avec un son caverneux et brut où elle mélange rock (« Let Me Alone »), blues (« Back In Town »), parfois pop (« Sugar Cane ») et même disco (« Disco Ball »). Procurez-vous d’ailleurs très vite son album éponyme qui fourmille de tubes! J’ai bien fait d’insister parce que pour tous les présents Izia a réussi le pari fou, à 18 ans et pour une première participation, à faire de son show le meilleur de cette édition et de générer un gros buzz sur son nom, certains la voyant déjà sur la grande scène dès .

Charlie Winston (© J. Ledoux)

Charlie Winston (© J. Ledoux)

Aaah Charlie Winston… Pour tout vous dire après la brûlante Izia, on se dit que le charmant Hobo aura bien du mal à tenir son rang de tête d’affiche (il a été déplacé sur la grande scène à 23h suite à la déprogrammation d’NTM, alors qu’il devait passer à la place de Ghinzu). Et bien on s’est mis le doigt dans l’œil car c’est un véritable show que nous offre le britannique. « Il chante bien, il est riche, beau comme un Dieu et si ça trouve il est même sympa. Énervant. » Voilà ce qu’avait titré le journal local le matin même et cela résume complètement le bonhomme (chapeau et chaussures bi-colores au rendez-vous) : une vraie pile de bonne humeur, une voix à vous filer des frissons, des tubes entonnés en cœur par toute la prairie :« Like A Hobo » of course, « Boxes » pour les petites larmichettes, « Kick the Bucket » pour nous montrer ses talents de beat-boxer et « In Your Hands » pour se renverser une bouteille d’eau sur le corps et danser entouré de gouttelettes. Comme me l’a soufflé Aurélie Blondie : quand Charlie a chaud, il met le feu!

Tous les ans, un gros « SURPRISE » est marqué en toutes lettres sur le programme du festival, attisant la curiosité de tous et amenant les suppositions les plus folles sur des artistes ayant caché leur venue. Chez nous, Eric est persuadé (mais persuadé hein) que l’anniversaire des premiers pas de l’homme sur la Lune est un très bon prétexte à un spectacle. On a beau s’être bien moqué, il n’en reste pas moins qu’il n’est pas tombé très loin. Le thème de cette année étant les extraterrestres, nous avons droit à un magnifique feu d’artifice ponctué de musiques et d’extraits de films tels que Star Wars, E.T, Les Envahisseurs… Un des plus beaux, voire le plus beau feu d’artifice que la plupart d’entre nous avait jamais vu. Un spectacle pyrotechnique hallucinant.

La première erreur de programmation intervient avec la venue de La Rue Kétanou. Si le groupe a parfaitement sa place et fourni un set enjoué, l’horaire de 2h du matin n’est pas le plus approprié à la chanson festive du groupe, que l’on aurait plutôt vu à l’heure de l’apéro (lequel? me direz-vous, il y en a tellement. Et bien plutôt celui de 18-19h). N’en reste que j’ai été plus que surprise de l’engouement déclenché par La Rue Kétanou auprès du public, notamment après deux ans d’absence pour cause de pouponnage. Il semble que de nombreux aficionados avaient fait le déplacement spécialement pour eux et ça, c’est beau pour un groupe. Ils peuvent dire merci à leur public, belle ambiance!

Voilà une deuxième journée s’achève, retour au camping sous une bruine humide  et soudain … au détour d’un chemin … c’est le drame ! Dans un élan de bravoure je suis mes camarades garçons qui sautent un ravin, un canyon, qui dis-je une crevasse (vous l’aurez compris une simple dénivellation) sauf que je n’avais pas pris en compte mes 15 cm de moins et mon dos en plastique : GADIIIN ! Nous irons déposer une fleur sur les lieux de cette mémorable chute tous les jours jusqu’à la fin du festival. Retour au camping sur fond d’antiseptique, désinfectant, pansement, de moqueries complètement injustifiées et de « non mais Izia la vaaaaache! ». A demain !

Un Vendredi aux Vieilles Charrues

Lenny Kravitz (©P. Iglésias)

Après le montage des tentes, la distribution des « chambres », l’apéro traditionnel et une grosse frayeur au barrage (« Billet annulé, liste noire entrée refusé » … mais comment ont-ils su que j’étais traquée par Interpol?) nous voici enfin mes camarades et moi-même dans le saint des saints avec un magnifique bracelet recouvert de petits extraterrestres verts au poignet (sauf pour le chanceux qui a décroché le V.I.P tsss) en ayant toutefois loupé Nneka et Montgomery. Moyen bof pour l’une, ultra-prometteur pour les autres qui m’avait déjà fortement marqué il y a 4 ans au même endroit.

Lenny Kravitz – Bénabar – TV On The Radio – Birdy Nam Nam – Alela Diane – Joseph Arthur & The Lonely Astronauts

Le festival commence plus que doucement pour moi avec Bénabar. On s’est même dit « Allez on s’en fout, on

TV On The Radio (© Marine Bienvenot)

TV On The Radio (© Marine Bienvenot)

n’y va pas » mais bon il pouvait y avoir miracle … ou pas! Moqueur, frimeur, provocateur, rivé à son prompteur, il succède au Boss sur la scène Glenmor mais ses petites ritournelles ne sont pas de taille à soulever un public de festival, d’autant plus celui particulièrement rock des Charrues.

Les new-yorkais de TV On The Radio, qui m’avait déjà mis une claque il y a 2 ans à la Route du Rock, nous servent sur la scène Kerouac un mélange explosif de rock et de new-wave teinté de free-jazz magnifié par la barbe improbable de Kyp Malone. Sous un ciel menaçant mais un horizon ensoleillé, le déhanché de Tunde Adembipe me fait penser que cette édition démarre enfin sous d’excellentes auspices.

Je profite d’un interlude pour filer sur la petite scène Xavier Grall qui, avec une soirée carte blanche au label Fargo, promets une soirée folk des plus appréciables. Pour l’heure, c’est Alela Diane qui captive le public de sa voix intemporelle, seule derrière sa guitare. Un vrai moment de grâce.

Retour au pas de course à Glenmor pour LE concert de cette première soirée, le grand Lenny Kravitz. Et le contrat est plus que rempli. Si l’on a pu entendre ici et là que le set manquait d’un grain de folie, le chanteur et son groupe enchaine les tubes avec une efficacité et une énergie impressionnantes. Tous y passent : « I Belong To You », « Fly Away », « It Ain’t Over ‘Til It’s Over », « Always On The Run », « Let Love Rule » et les récents « Bring It On » et « I’ll Be Waiting », on a même droit à un petit hommage à Michael Jackson (ce ne sera pas le dernier du week-end). Et c’est d’autant plus appréciable que, dégoulinant de sensualité, Lenny aimante tous les regards (principalement féminins avouons-le) jusqu’au final dantesque sur « Are You Gonna Go My Way ».

Joseph Arthur (© Marine Bienvenot)

Joseph Arthur (© Marine Bienvenot)

Je persuade ensuite mes petits camarades d’aller jeter un coup d’œil sur Joseph Arthur & The Lonely Astronauts, ils ne le regretteraient pas. Connaissant et admirant le bonhomme j’avais surtout hâte moi-même de le retrouver dans ses œuvres, et bien nous en a pris. Entre rock débridé et ballades éthérées, cet écorché vif suspend le temps et le public le remercie en reprenant un de ses refrains, forçant Joseph et ses musiciens à les suivre en rappel. Définitivement l’un des grands rendez-vous du festival.

Encore frais et dispos (ce n’est que le premier jour nous ferons moins les fanfarons dès le lendemain), l’horaire tardif des Birdy Nam Nam ne nous effraie pas. Retour donc sur la scène Glenmor pour le dernier concert de la nuit mais malheureusement le quatuor électro ne casse pas trois pattes à un canard et peut même s’avérer désagréable dans ces propos. On n’essayera donc de se contenter de la musique mais celle-ci tourne vite en rond. On se décide alors de migrer vers le concert d’Alamo Race Track sauf que … celui-ci n’a pas eu lieu! Raison invoquée, le chanteur se serait fait piquer et cela aurait entrainé une réaction allergique de grande envergure. Dommage, mais cette première soirée gardera son statut d’inauguration réussie.

Voilà la première soirée s’achève, Lenny Kravitz et Joseph Arthur remportent tous les suffrages et nous regagnons le camping 10 pour un débriefing autour d’un verre (d’eau…). 1er jour : DONE !

Vieilles Charrues, on y était (et pas qu’un peu!)

Et bien voilà, une semaine après avoir quitté la prairie de Kerampuilh sous la pluie (qui nous avait épargné pendant les concerts durant quatre jours : un miracle), je n’ai plus les oreilles qui bourdonnent, les Converses grises (achevées) ont été enterrées auprès des bleues (édition 2005) et des bordeaux (édition 2007) là où aucune herbe ne pousse depuis… mais par-dessus tout, les images enchantées et les sons enchanteurs de ces quatre jours sont toujours imprimés sur mes rétines et dans mes tympans. Il est donc grand temps de dresser un bilan de ce 18è Festival des Vieilles Charrues.

Priscilla Ahn – Fiction Plane – The Killers – Bruce Springsteen & The E Street Band

Seulement détentrice d’un Pass 3 jours, j’ai vécu ce jeudi par procuration grâce à mon infiltré à l’intérieur et

Priscilla Ahn (© F.Villemin)

Priscilla Ahn (© F.Villemin)

les échos qui en ressortent sont assez colossaux sur la venue du Boss. Car il faut bien l’avouer, c’est un réel tour de force pour l’association des Vieilles Charrues d’avoir réussi à faire venir Springsteen en ouverture de cette édition. Un de ceux qui accroissent encore plus la réputation du festival et qui (on l’espère) réussira à faire venir Radiohead ou bien encore les Red Hot Chili Peppers, harcelés depuis des années par les programmateurs et réticents jusqu’à maintenant parfois tout simplement à défaut d’un emploi du temps compatible.

Nous voici donc en ce traditionnel 3è week-end de juillet et c’est la douce Priscilla Ahn qui inaugure le festival de sa pop tranquille. Une charmante entrée en matière à découvrir pour ceux qui ne connaitrait pas ses paisibles ballades.

On monte la sono d’un cran avec l’arrivée sur scène de Joe Sumner (fils de Sting) et de son groupe Fiction Plane. Très énergique, leur rock est entrainant mais n’a rien de très original d’autant plus lorsque les quelques 45 000 spectateurs n’en peuvent plus d’attendre le Boss et sa clique.

Bruce Springsteen (© D.Vincent)

Bruce Springsteen (© D.Vincent)

Le premier couac de ces trois jours est intervenu avec la venue des Killers. En effet, le groupe de Las Vegas a trainé une réputation des plus antipathiques en coulisses couplé à un conflit avec les médias dû à leur refus d’autoriser les photographes de shooter leur concert. Le concert en lui-même s’est avéré lisse et pompeux, dommage d’avoir laissé la musique se faire polluer par les considérations extérieures.

Et le voici enfin celui que tout le monde attend, celui pour qui la plupart d’entre nous on fait le déplacement jusqu’au fin fond de la Bretagne : le grand, l’unique, le Boss … Bruce Springsteen! Et là on y va pas par quatre chemins : IN-FA-TI-GUABLE. Après quelques mots d’introduction en breton comme il se doit, Bruce lance ses « One, two, three four » et c’est parti pour 2h30 d’un show quasi-continu et survitaminé, seulement interrompu lorsqu’il fait monter une petite fan française sur scène pour une danse et une promenade dans ses bras. Seule (petite) ombre au tableau, l’absence de tous ses classiques dans la tracklist : pas de « Born in the USA », ni de « Streets of Philadelphia », mais cela n’a rien gâché à l’énergie incroyable déployée par le Boss et son groupe pour ce concert qui restera sans aucun doute dans les anales.