Une mégère survoltée !
30 novembre 2009 par Aurélie Barriat
Classé dans Théâtre

S’il existe encore une pièce de théâtre cachée dans les petites salles de Paris à ne suuuurtout pas manquer, mais alors… surtout pas, c’est bien celle-ci. Le jeune metteur en scène Alexis Michalik et sa troupe Los Figaros ont osés adapter cette pièce de théâtre de Shakespeare, « La mégère apprivoisée », à l’intrigue des plus simples basée sur des jeux de mots et des situations cocasses et renommée par prudence et par humour « La mégère a peu prés apprivoisée« . Car c’est bien d’une adaptation « à peu prés » dont il s’agit, et en jean et en musique s’il vous plait ! L’histoire : A padoue en Italie, le riche Battista veut trouver un mari à sa chère fille Bianca, douce, belle, brillante et légèrement godiche qui rêve de fonder son foyer, mais pas avant d’avoir caser son aînée Katarina ou « Katie la furie », râleuse et violente pour ne pas dire chiante qui refuse de se soumettre aux hommes. C’est alors que débarque Petruccio, tombeur de ses dames et macho jusqu’au bout des ongles…
Pitié ! Avant tout, ne vous fiez pas à l’affiche un peu (beaucoup ?) bâclée qui ne reflète pas du tout l’esprit générale de la pièce. Car elle mériterait certainement un peu plus d’esthétisme. D’autant plus que ce dernier est largement au rendez-vous avec des acteurs aussi talentueux que séduisants. Partie un peu hésitante, j’arrive tout de même en avance pour être bien placée, et je ne le regretterai pas, autant pour avoir une vue imprenable que pour ne pas me faire enrôler sur scène par les acteurs qui n’hésitent pas à faire participer quelques secondes des spectateurs assis sur les côtés ! La salle n’est pas grande et des plus sobres. Mais à l’instant où un air de guitare se fait entendre et que les rideaux s’ouvrent, les bavards s’arrêtent net et on découvre un décor central en un seul ensemble : une petite scène de bois agrémentée d’un arrière plan très kitsch fait d’un bord de mer ensoleillé et deux portes, le tout illuminé par de petites spots dans un style cabaret. Les acteurs sont déjà sur scène pieds nus en tenue décontractés et fredonnent un air tandis que l’un d’eux frotte sa guitare. Là, on hésite entre un sentiment de peur ou de ravissement.
La pièce est rythmée par des alternances entre jeux et sessions musicales, chaque personnage ayant droit à sa chanson comme toute comédie musicale qui se respecte. Les acteurs endossent plusieurs rôles en changeant de costumes et de voix et pas un ne reste dans l’ombre. Les dialogues et le jeu des acteurs sont hilarants et les petites références à l’actualité sont bien placées. La scène de l’arrivée de Petruccio (interprété par Michalik) de V-E-R-O-N-E et ses petrucciettes est carrément tordante ! Un petit bémol à la deuxième moitié de la pièce un peu décousue où on s’y perd légèrement nottament une scène où l’intrigue et résumée trés rapidement et à laquelle on ne comprend pas grand chose. Heureusement, c’est sans nul doute voulu et ça n’empêche pas la pièce de fonctionner. Jamais de pause, jamais d’essoufflement, les yeux roulent sans arrêt d’un bout à l’autre du décor tellement ça bouge de partout, et pas seulement sur la scène ! On se demande comment les acteurs font pour tenir le coup et trouver le souffle pour chanter. Pour vous donner une idée, cette soirée m’a largement rappelée la scène « Spectacular, spectacular » du Moulin Rouge de Baz Lurhmann lorsque Nicole Kidman et Ewan McGregor accompagnés de leur acolytes chantent et dansent jusqu’à n’en plus pouvoir pour convaincre le duc de monter le spectacle. Et pour ne rien gâcher, ils chantent, jouent de la guitare et du piano et font des claquettes comme des pros. Bref, 1h35 de fous rire et d’enchantement. Créé à Avignon en 2006 et primée au Festival d’Anjou, cette pièce musicale complètement déjantée est surtout complètement incontournable.

AUTEUR : D’à peu prés William Shakspeare (Adaptation d’Alexis Michalik)
METTEUR EN SCENE : Alexis Michalik
DISTRIBUTION : Fanny Aubin, Louis Caratini, Olivier Dote Doevi, Leilani Lemmet, Dan Menasche / Grégory Juppin (en alternance), Alexis Michalik et Régis Vallée.
Au Vingtième Théâtre (Métro Ménilmontant), du mercredi au samedi à 21h30 et le dimanche à 17h30.
Pas de panique au ministère!
Pas de panique en effet, car la pièce est un succès ! Jouée depuis le 3 mars au Théâtre de la Porte St Martin (Paris X), elle a été classée 2ème dans la vente de places la semaine du 30 mars. Le public est donc bien présent et pour cette diffusion ce 18 avril sur France 4 c’est une salle comble, sans surprise.
Gabrielle (Natacha Amal) la quarantaine, chef de cabinet du ministère de l’Education Nationale, voit sa vie chamboulée (comme si elle ne l’était déjà pas assez entre sa mère hyperactive, sa fille en quête d’indépendance, et son ami et ministre de l’éducation complètement largué) par l’arrivée d’un jeune homme de 20 ans son cadet employé comme homme de ménage au cabinet…
Jean Franco et Guillaume Mélanie, les deux jeunes auteurs ont réussi une pièce boulevard aux quelques effets audacieux sous couvert de la comédie. On rit beaucoup : des situations, des personnages, des sous-entendus, des références, des personnages implicites…
Mais ce n’est pas du goût de tout le monde, beaucoup critiquent des situations convenues, un texte faible, allant même jusqu’à qualifier Panique au Ministère d’insipide et de commerciale, sans jeu d’acteur intéressant… Or, sur scène c’est un défilé : Amanda Lear, Natacha Amal, Edouard Collin, Raymond Acquaviva, Camille Hugues … il est vrai certains débutent sur les planches mais ils se défendent très bien.
C’est en effet une première pour Camille Hugues (dans une pièce d’envergure selon ses dires) et pour Amanda Lear! Et il se trouve que cette dernière emporte un peu la pièce : extravagante, hilarante… A la limite du surjeu peut-être, mais elle n’en serait pas la seule fautive. Car après tout, le public vient pour rire et il se trouve que les acteurs font rire, les situations font rire, les dialogues font rire, on peut donc parler de franc succès pour cette pièce dont les auteurs voulaient qu’elle fasse rire justement! N’en dép
laise à certains « intellectuels » qui venaient dans l’optique de voir un truc un peu prise de tête.
La pièce ne se déroule d’ailleurs pas sans soulever quelques point politiques et socioculturels, et se révèle parfois légèrement politiquement incorrecte. On aborde donc la question des jeunes en politique, le couple politique / communication, les manifestations, le caractère de certains hommes politiques, le fossé générationnel et les questions qu’il engendre : carrière, éducation, vie sentimentale…
Vous voulez vous moquez (un peu), réfléchir (parfois, mais pas trop quand même) et rire (souvent) ? Cette pièce est faite pour vous.
Profitez-en,la pièce joue les prolongations jusqu’en juin au Théâtre de la porte St Martin












